C’est sa solution. Depuis que la mort de Lyhanna , et les failles judiciaires qui entourent cette affaire, occupe le débat médiatique, Bruno Retailleau remet sur la table l’idée d’une castration chimique obligatoire pour les pédocriminels . Une piste évoquée de longue date par les dirigeants de droite, dont il a de nouveau parlé mercredi soir sur BFMTV, lors d’une émission dédiée aux suites de cette tragédie.
« On ne peut pas laisser nos enfants comme une proie vis-à-vis de ces criminels » , a ainsi expliqué le candidat des Républicains à l’élection présidentielle, réaffirmant son souhait de rendre « la castration chimique obligatoire pour les individus les plus dangereux, qui ont les plus grands risques de récidive. » « C’est un élément pratiqué dans d’autres pays » , a-t-il ajouté, qui permettrait de faire en sorte qu’ « aucun pédocriminel ne se sente en sécurité en France. »
Pour l’instant, une mesure de castration chimique ne peut être appliquée par un juge qu’avec l’accord de la personne mise en cause. Les Républicains, qui ressortent l’idée à chaque fait divers de cette nature, veulent la rendre obligatoire. Mais est-ce aussi simple ?
Notons tout d’abord que la castration chimique, certes pratiquée dans plusieurs pays européens comme l’Allemagne ou l’Espagne, est presque toujours subordonnée à l’accord du mis en cause. Comme en France, où un traitement médicamenteux visant à réduire la production de testostérone peut être proposé par un médecin (et non un juge). Dans certains cas, chez nos voisins, cette procédure peut même se substituer aux peines de prison, comme une alternative. Ce n’est pas la voie suivie par Bruno Retailleau.
L’ancien ministre de l’Intérieur se place plutôt dans le sillage de la Californie, de la Floride ou de la Pologne, des rares Etats à imposer la castration chimique aux pédocriminels récidivistes - parfois comme une peine à part entière. Dès lors, la question de l’efficacité se pose.
Outre le gouvernement et les dirigeants de gauche, manifestement sceptiques, l’idée ne plaît pas franchement au monde médical et judiciaire, en ce qu’elle donne l’impression d’une solution presque miracle. Ce qu’elle n’est pas. « La castration chimique c’est un des outils que les médecins utilisent aujourd’hui, mais ce n’est pas la panacée », assurait ainsi Walter Albardier, psychiatre et spécialiste de ces questions, mardi 9 juin, sur franceinfo, soulignant par ailleurs que des patients peuvent demander eux-mêmes ce genre d’« inhibiteur de libido », en dehors du cadre judiciaire.
« La très grande majorité des actes pédocriminels n’ont pas grand-chose à voir avec la question de la sexualité, mais avec la question de la violence, de la destructivité. Et là-dessus, ces traitements-là n’ont aucune efficacité » , ajoutait le médecin, par ailleurs président du Centre Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles , en critiquant les « raccourcis » et autres « solutions magiques qui ne le sont pas sur la majorité des gens . »
Cet avis est largement partagé. « Chez l’être humain, la sexualité est avant tout cérébrale », confirme Guillaume Callery, psychiatre au Service médico-psychologique régional (SMPR, dans les colonnes de Ouest France . En d’autres termes, « couper la testostérone n’enlève pas la libido. Il n’y aura plus d’érection mais il y aura toujours des possibilités d’attouchements, de pensées et d’obsessions sexuelles. » D’autant plus chez les individus qui n’étaient pas volontaires, de base, pour suivre le traitement de castration.
Autant de réserves qui ne datent pas d’hier. Elles ont par exemple été écrites noir sur blanc par l’Académie de médecine, dès 2010. Dans un rapport , les spécialistes assuraient que les « méthodes médicales (chimie et psychologie) ont un effet certain mais limité » , sur la prévention des récidives. Surtout, la seule castration chimique « n’est absolument pas une solution magique », expliquait l’endocrinologue Philippe Bouchard, un des coraporteurs du texte, en ce qu ’« elle n’a qu’un effet suspenseur et ne prévient que des actes sexuels ou pulsions sexuelles, mais pas les violences. » Les médecins plaidaient alors pour davantage de prévention et de recherche, loin de solutions toutes faites et propices à masquer les vrais enjeux de société. Seize ans plus tard, même débat.
