Alors que les députés voteront ce mardi matin sur le projet de loi de programmation militaire, Bercy est contraint de freiner les ardeurs des armées, en raison de la situation budgétaire tendue et de la hausse inexorable de la charge d’intérêts.
Les députés ont repris ce lundi l’examen du projet de loi de programmation militaire , qui vise à actualiser la trajectoire du budget des armées jusqu’en 2030. Un vote sur l’ensemble du texte doit se tenir ce mardi matin. Il doit permettre de porter l’effort militaire à 2,5 % du PIB, avec notamment des commandes importantes de missiles ou de drones, dans le contexte des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. De quoi donner des sueurs froides à Bercy tant les marges de manœuvre budgétaires manquent . En particulier la progression inexorable de la charge de la dette publique, qui rend l’équation presque insoluble.
Selon le ministère, le coût des intérêts des emprunts français atteindrait 64 milliards d’euros en 2026, soit douze milliards de plus qu’en 2025. Un niveau comparable au budget des armées (pensions incluses), qui a déjà pourtant été largement renforcé sous Emmanuel Macron. Il faut dire que tous les voyants sont au rouge. Le déficit public reste supérieur à 5 % du PIB et ne permet pas de réduire le ratio de la dette, qui atteint 115,6 %. Surtout, les taux des emprunts à dix ans ne cessent d’augmenter et frôlent désormais les 4 %, au plus haut depuis 2009. Les prêteurs anticipent, en effet, un resserrement de la politique monétaire, sur fonds de guerre au Moyen-Orient et de tensions sur les prix du pétrole.
L’inflation fait aussi immédiatement grimper le coût des obligations d’Etat indexées sur les prix. A plus long terme, la charge de la dette pourrait presque doubler et atteindre 120 milliards en 2030, selon l’institut Rexecode . Soit bien au-delà du budget des armées : le projet de loi d’actualisation de la programmation militaire, actuellement discuté au Parlement, prévoit de le porter autour des 90 milliards (76 milliards hors pensions). C’est pourquoi Bercy a quand même mis le holà sur les desiderata des armées.
Comme l’a déjà expliqué Challenges , la « massification » tant espérée, c’est-à-dire l’augmentation des cibles d’acquisition des équipements, s’est heurtée au mur des limites budgétaires françaises. Le projet de loi ne prévoit ainsi aucune commande supplémentaire majeure en la matière, notamment pour les avions Rafale et les frégates de défense et d’intervention. Une fois adopté à l’Assemblée, le texte partira au Sénat où il devrait être examiné en séance publique début juin .
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