L’ancienne Première ministre s’est exprimée sur les femmes et le pouvoir lors d’une rencontre organisée à l’Assemblée nationale par la députée Marie-Pierre Rixain. Quelques jours plus tôt, elle avait créé son mouvement, Bâtissons Ensemble, et publié un livre de réflexions, Réveillons-Nous !
« Personne n’oserait proposer une loi qui écarte officiellement les femmes du pouvoir, et pourtant elles rencontrent encore beaucoup d’obstacles ». Mardi 12 mai, dans la salle Colbert de l’Assemblée nationale, devant un parterre de responsables de réseaux féminins, Élisabeth Borne était invitée à parler du rapport entre les femmes et le pouvoir par la députée de l’Essonne Marie-Pierre Rixain (Ensemble pour la République).
Ancienne présidente de la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée, cette dernière est à l’origine de la loi du 21 décembre 2021 sur l’égalité économique et professionnelle qui a notamment instauré des quotas de femmes dans les instances dirigeantes des entreprises. Un duo de femmes de pouvoir devisant sous un tableau représentant Jean Jaurès à la tribune face à Georges Clémenceau dans un Hémicycle exclusivement masculin. Symbolique.
L’ancienne Première ministre, redevenue députée du Calvados, veut faire entendre sa voix dans la campagne présidentielle à venir. Quelques jours avant cette rencontre, l’opposante à Gabriel Attal avait démissionné de ses fonctions à la direction du parti Renaissance pour créer son propre mouvement, Bâtissons Ensemble, qui aurait depuis été rejoint par quelques pointures comme Agnès Buzyn, Eric Dupont-Moretti ou Nicole Belloubet selon le média Politico. Dans la foulée, elle a publié un livre, Réveillons-nous, paru le 7 mai chez Robert Laffont : un « appel à un rassemblement républicain ».
Sera-t-elle candidate en 2027 ? « Parlons d’abord des projets, la question de l’incarnation viendra après », répond-elle en riant (oui, cela lui arrive !). C’est l’objectif de son ouvrage, qui vise à rassembler au-delà des partis et à animer des débats en régions pour faire émerger des propositions. Pour l’heure, « la campagne s’annonce très masculine, et les entourages sont également très masculins », pointe l’ancienne Première ministre qui, en arrivant à Matignon (le 16 mai 2022), avait dédié son mandat à « toutes les petites filles pour qu’elles aillent jusqu’au bout de leurs rêves ».
On est aujourd’hui loin du compte : « Même avec une loi sur la parité aux municipales, on a 80 % de maires qui sont des hommes », souligne-t-elle. Pour les femmes, difficile de se reconnaître dans les modèles proposés, trop caricaturaux. « Margaret Thatcher a été affublée du cliché masculin de ‘dame de fer’et à l’inverse, Angela Merkel a été surnommée ‘Mutti’ », rappelle Élisabeth Borne.
Plus près de nous, celles qui s’essayent à accéder au pouvoir y perdent souvent des plumes. « Ségolène Royal , Anne Hidalgo et Valérie Pécresse ont fait l’objet de moqueries du type ‘qui gardera les enfants ?’ et elles n’ont pas été soutenues par leurs partis respectifs », insiste l’ancienne Première ministre.
« A Matignon, raconte-t-elle, je me suis souvenue du traitement subi par Edith Cresson [première femme Première ministre en France en 1991-1992], et les médias se demandaient si j’allais « tenir » plus longtemps qu’elle, c’est ce qui les intéressait. A ce moment-là, j’ai ressenti un sentiment de responsabilité envers les autres femmes. » Comme la Première ministre de François Mitterrand, Élisabeth Borne a eu droit à son lot de rumeurs malveillantes. « J’ai été attaquée pour mon code alimentaire, car je ne consomme ni entrecôtes, ni frites, ni bière - on disait : ‘elle mange des graines’ – mais aussi sur mon homosexualité supposée, ainsi que sur ma veste rose de Barbie Première ministre. Mais là, ça m’a fait rire ! »
Est-il possible de se contenter ainsi « d’une femme Première ministre tous les 30 ans », interroge celle qui fut la deuxième, avant que le pouvoir masculin ne reprenne ses droits ? La réponse est évidemment dans la question, mais comment faire pour avancer ? « Nous avons encore beaucoup à faire de part et d’autre, estime Élisabeth Borne : les hommes ne se posent pas assez de questions, et les femmes s’en posent trop ».
La politique, dit-elle, « est un monde d’affirmation de soi » auquel les femmes ne sont pas assez préparées. Il s’agit donc de « déconstruire l’éducation des petites filles dès le plus jeune âge ». Mais il faut aussi « casser les codes qui sont faits pour les hommes », explique celle qui admet avoir pour référence « plutôt Lionel Jospin, qui animait son gouvernement de façon très collective. » Le collectif : son sésame pour tenter la grande réconciliation.
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