Les incidents survenus après la victoire du PSG offrent à Jordan Bardella et Éric Zemmour une nouvelle tribune pour exposer leurs positions sur l’insécurité et l’immigration
Les violences qui ont suivi la victoire du PSG en Ligue des champions offrent à Jordan Bardella et Éric Zemmour une nouvelle occasion de se démarquer sur leur terrain de prédilection : le président du Rassemblement national dénonce « des scènes de guerre civile », tandis que le président de Reconquête ! appelle à « mater l’ennemi intérieur ».
Sur l’aile droite, on refait le match. Surtout celui qui s’est déroulé hors du stade : « Nous avons vu à l’évidence des scènes de guerre civile », s’est scandalisé Jordan Bardella, venu sur BFMTV et RMC distribuer ses propres cartons rouges. En premier lieu à « ces jeunes qui se comportent comme des prédateurs », désignés comme responsables des exactions du week-end qui ont entraîné plus de 890 interpellations et fait 178 blessés dans les rangs des forces de l’ordre, selon le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.
Habitué à jongler avec les thèmes de l’insécurité et de l’immigration, le numéro un du Rassemblement national n’hésite pas à pointer ces « jeunes qui sont issus de l’immigration (et) qui ne ratent jamais une occasion pour exprimer leur rejet des institutions ». Persuadé que « cette question sera au cœur de la présidentielle », Jordan Bardella prend le public à témoin : « Réveillez-vous, parce que dans quelque temps, ils casseront la porte des immeubles et ils rentreront dans vos appartements. »
Tout le monde a droit à son tacle : Emmanuel Macron, bientôt dix ans de pouvoir et « dix ans que l’insécurité explose » ; ses « héritiers » Gabriel Attal et Édouard Philippe qui « n’ont pas eu un seul mot » sur les violences ; Jean-Luc Mélenchon et sa « nouvelle France », celle « du tous contre tous (et) de l’insurrection » ; les parents « qui paieront » les dégâts causés par leurs enfants parce qu’il faut les « responsabiliser » ; et même le PSG car « la direction du club de foot a aussi une responsabilité ». Le remplaçant de Marine Le Pen pour la compétition élyséenne – prêt à sortir du banc dès que la cour d'appel de Paris aura rendu son verdict le 7 juillet – considère que les événements valident sa tactique.
Tout comme un de ses adversaires potentiels, pas encore candidat déclaré. « Il faut mater l’ennemi intérieur », s’est exclamé Éric Zemmour sur Sud Radio, accusant « une jeunesse arabo-musulmane venue des banlieues (et) qui déferle sur Paris ». Lancé dans son couloir, il fait même le lien entre les « 500 000 immigrés, pour la plupart venus de contrées arabo-musulmanes, qui rentrent légalement » (en réalité 384 000 premiers titres de séjour délivrés l’an dernier) et « une accumulation de ces gens qui viennent piller, casser, eux ou leurs enfants, ou leurs petits-enfants ».
Contre le « déferlement de ces hordes », le capitaine de Reconquête ! va droit au but : « L’objectif, c’est la remigration, c’est-à-dire le renvoi de ces gens » qui « sont double nationaux » dans leur autre pays d’attache. Et pour cela, « il faut prévoir l’extension du domaine de la déchéance de nationalité ». Un style partagé par sa coéquipière allemande Alice Weidel, cheffe de file de l’AfD, qui a posté un lapidaire « remigration » sur X. Mais aussi par le néerlandais Geert Wilders, allié de Jordan Bardella à Bruxelles, qui a abondé dans le même sens : « Arrêtez-les et déportez-les tous. »
Surenchère impossible à suivre pour un Rassemblement national qui a renoncé à toucher aux binationaux dans son référendum sur l’immigration promis en cas de victoire. Mais les grands principes restent les mêmes : « Arrêter l’immigration » et « expulser systématiquement les délinquants et criminels étrangers ». Idem pour les orientations régaliennes, entre retour des « peines planchers », construction de prisons pour mineurs et « suppression des allocations familiales (pour) les récidivistes ». Quitte à recourir à l’assistance vidéo, en s’appuyant sur « la reconnaissance faciale pour favoriser l’identification des perturbateurs ».
Au moins sur ce sujet, la doublure est à l’unisson de sa titulaire : dès mercredi Marine Le Pen avait vu dans l’important dispositif policier (22 000 hommes) les prémices de « scènes d’émeutes, de pillages et de destructions systématiques », qu’elle a ensuite déplorées samedi soir. Une harmonie qui contraste avec leurs dissonances sur le terrain des retraites. Jeudi encore, Jordan Bardella a martelé que « l’âge légal ne veut rien dire », quand la ligne officielle est toujours au retour à 62 ans.
