« On a gagné une bataille, on est loin d’avoir gagné la guerre ! » Le remboursement partiel du Wegovy et du Mounjaro par la Sécurité sociale, annoncé par le gouvernement ce jeudi 28 mai , suscite un espoir. Sans être une « solution miracle » , « c’est une ouverture de champ thérapeutique qui permettra à des personnes atteintes d’ obésité de réduire les facteurs de comorbidité » , salue Anne-Sophie Joly, présidente du Collectif national des associations d’obèses, auprès du HuffPost.
Apparus il y a quelques années seulement, ces médicaments dits « analogues du GLP-1 » (aGLP-1) sont une aide à la perte de poids pour les patients dont l’indice de masse corporelle (IMC) est supérieur à 40, ou 35 en présence d’au moins un facteur de comorbidité. « Le remboursement permet également de lisser les inégalités et de donner accès à ce traitement au plus grand nombre », poursuit celle qui militait de longue date pour une prise en charge par la Sécu. Mais cette « excellente nouvelle » ne va « pas régler tous les problèmes » .
Avec le Wegovy et le Mounjaro, « on est sur du curatif pour des personnes dont l’espérance de vie est largement diminuée. Faisons en sorte de ne pas augmenter le nombre de leurs utilisateurs à l’avenir » , pointe Anne-Sophie Joly, qui appelle à un grand plan de lutte contre l’obésité « sur dix ans » , sur le modèle du plan cancer.
« Il y a urgence d’agir à tous les niveaux. On est dans une société obésogène ! Il faut absolument travailler sur la prévention et qu’on se donne les moyens d’arrêter la progression de l’obésité » dont les facteurs sont multiple, ajoute-t-elle.
Beaucoup plus critique sur ces médicaments, Daria Marx, co-fondatrice de l’association Gras politique , se dit « partagée » vis-à-vis de l’annonce gouvernementale. « Nous espérons que cela fera cesser le marché parallèle porté par les réseaux sociaux » , souligne-t-elle. En effet, de nombreuses publications virales vantent les aGLP-1 comme des produits miracles pour mincir – et non pour soigner l’obésité.
« Le mésusage est tel que ces médicaments sont une mode sur les réseaux sociaux. Or c’est dangereux de “jouer” avec sans suivi médical », rappelle la co-autrice, avec Eva Perez-Bello, de « Gros » n’est pas un gros mot, paru en 2018 chez Flammarion. « Par ailleurs, ces médicaments sont souvent prescrits un peu à l’aveugle à certains patients, avec beaucoup de cas de contournement des indications. »
La militante dénonce en outre les nombreux effets secondaires de ces médicaments, qui peuvent être « handicapants à vie » ou contraindre certaines personnes à arrêter leur traitement. Surtout, « ils ne règlent rien : la plupart du temps : les personnes reprennent du poids après l’arrêt du traitement car il n’y a pas eu de suivi médical ni de recherche des causes pendant ».
C’est la raison pour laquelle Daria Marx milite avant tout pour « une égalité des soins pour toutes et tous » . « Les personnes grosses en sont privées. Elles sont souvent mal reçues par les professionnels de santé , il n’y a pas de scanners ou d’IRM adaptés, ni de brassard pour prendre la tension… » , énumère-t-elle.
« Si les politiques de santé publique mettaient autant d'énergie à soigner les personnes grosses qu’à vouloir les faire maigrir, on irait mieux collectivement ! », ajoute la militante. Un constat largement partagé par Anne-Sophie Joly, qui interpelle le corps médical de façon provocatrice : « Vous avez fait un serment : ce doit être celui d’Hippocrate, pas d’hypocrites ! »
Ces discriminations médicales font écho à une grossophobie généralisée au sein de la population. « Il y a encore une grande partie de la population qui pense que l’obésité, c’est un choix de vie, dénonce la présidente du Collectif national des associations d’obèses. Mais les personnes obèses ne sont pas des fainéantes qui passent leur temps à bouffer au lieu de faire de l’exercice. C’est beaucoup plus compliqué que cela »
