Invitée des "4V" lundi 15 juin, la présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale salue "tout ce qui permet d'arrêter cette guerre illégale déclenchée par Trump et Nétanyahou", mais reste "prudente" quant au respect de l'accord, soulignant qu'"Israël a violé absolument tous les cessez-le-feu".
Invitée des "4 Vérités" ce lundi 15 juin, quelques heures après l'annonce d'un accord de paix entre l'Iran et les États-Unis sur tous les fronts au Moyen-Orient, Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale et députée du Val-de-Marne, réagit à la nouvelle, assurant rester "prudente" , notamment quant au respect du cessez-le-feu par le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. Concernant l'ouverture du G7 sous tension à Evian, elle appelle à en finir avec "une diplomatie de club qui ne crée absolument rien" , précisant que sa formation politique défend "le multilatéralisme avec l'ONU" et la sortie "de l'alignement sur les États-Unis" .
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Alexandre Peyrout : Les États-Unis et l'Iran ont annoncé cette nuit avoir conclu un accord qui, je cite, "met fin immédiatement à la guerre" , que ce soit en Iran, au Liban ou dans les autres pays de la région. Est-ce que vous vous en félicitez ce matin ?
Mathilde Panot : Tout ce qui permet d'arrêter cette guerre illégale qui a été déclenchée par Trump et Nétanyahou est une bonne nouvelle, mais vous me permettrez ce matin d'être prudente, puisque, nous le savons, cela va beaucoup dépendre de savoir si Nétanyahou respecte le cessez-le-feu notamment au Liban…
Oui, puisqu'Israël a violé absolument tous les cessez-le-feu. Celui au Liban, puisqu'il y a déjà normalement un cessez-le-feu au Liban. Or, hier encore Nétanyahou bombardait le peuple libanais. Et on le voit, il bombarde toujours Gaza, il y a toujours un génocide en cours. Je veux donc saluer les manifestants qui étaient hier sur le Lac Léman pour justement dénoncer la complicité du G7 avec le génocide toujours en cours à Gaza.
Cet accord a été par Emmanuel Macron, qui a annoncé qu'avec son homologue anglais, ils étaient prêts à participer à la sécurisation de la réouverture du détroit d'Ormuz. Est-ce que la France doit participer à cette mission comme le veut le président ?
En tout cas, dans le cadre d'un cessez-le-feu permanent, oui, la France peut participer au fait de rétablir une situation normale dans le détroit d'Ormuz. Ce que nous ne voulions pas depuis le début, c'est que la France participe d'une manière ou d'une autre à la guerre illégale qui est menée par Trump et par Nétanyahou. Et la France aurait dû agir de manière beaucoup plus forte pour stopper Nétanyahou et l'empêcher d'agir, comme elle aurait dû le faire depuis plus de deux ans et demi sur le génocide, mais aussi sur un pays qui est allié, qui n'est pas une guerre contre le Hezbollah, mais une guerre contre le peuple libanais, pour aider le Liban. Donc, la France doit prendre des mesures fortes, et notamment, dans ces mesures fortes, dire non à la guerre illégale, refuser l'alignement sur Trump, mais aussi décréter un embargo sur les armes, et enfin, prendre des sanctions contre Nétanyahou.
Cette question iranienne et plus généralement des conflits au Moyen-Orient, il y en sera sûrement question au menu du G7 qui s'ouvre aujourd'hui à Évian. Un G7 sous tension, vous parliez à l'instant de ces manifestations, avec des débordements. Est-ce que vous condamnez tout de même ces débordements, même si vous dites soutenir les manifestants ?
Je condamne les doctrines qui sont utilisées, les ordres qui sont donnés à la police, qui visent à avoir une répression toujours plus grande des manifestations. Manifestations qui se tiennent notamment vis-à-vis de la venue de Trump, mais aussi vis-à-vis d'une diplomatie de club qui ne crée absolument rien. Je rappelle que le G7, ça représente 10% de la population mondiale et ils aspirent à gouverner le monde. Nous, au contraire, nous défendons le multilatéralisme avec l'ONU. Et donc, il faut sortir de l'alignement sur les États-Unis. Avec Jean-Luc Mélenchon, la France retrouvera son indépendance.
Donald Trump est justement attendu à Évian aujourd'hui et mercredi à Paris, plus exactement à Versailles, où il sera reçu par Emmanuel Macron qui va donner, dit-on, un grand dîner à Versailles pour célébrer les 250 ans de l'indépendance des États-Unis. On sait que le président américain est flatté par ce genre d'égards. Est-ce qu'Emmanuel Macron a raison d'essayer de se le "mettre dans la poche" avec ce genre de dîner ?
Non, Emmanuel Macron aurait pu trouver mieux pour terminer son mandat qu'inviter en grande pompe un président suprémaciste. Je le dis d'abord parce que la flatterie ne fonctionne pas. Je rappelle que Donald Trump est celui qui a non seulement insulté à de multiples reprises la France et l'Europe, celui qui a déclenché une guerre commerciale, là aussi, contre l'Europe et contre la France, celui qui a déclenché une guerre illégale qui est responsable en plus du nombre de morts et de vies gâchées, et aussi d'une explosion des prix de l'énergie dans notre pays. Donc, je crois qu'il n'y a rien sur lequel nous avons à remercier Donald Trump et que le président français n'a pas déroulé le tapis rouge à cet individu.
Dans l'actualité, il y a aussi les suites du meurtre de la jeune Lyhanna. Avant de parler des solutions, très rapidement, est-ce que ce soir vous serez à la manifestation place Vendôme, comme celle qui a eu lieu la semaine dernière ?
Nous avions participé la semaine dernière aux manifestations, et nous le disons, nous ne supportons pas qu'on soit en train de cibler la justice. Il faut cibler les responsabilités politiques et c'est pourquoi nous avions demandé la démission de Monsieur Darmanin.
Est-ce que vous serez sous ses fenêtres à demander à nouveau sa démission ce soir ?
Il y aura des parlementaires insoumis qui y seront. Je le dis parce que c'est insupportable d'avoir un ministre qui se défausse sur des magistrats, et lorsqu'on est ministre, on assume ses responsabilités politiques.
À 16h, Sébastien Lecornu, le Premier ministre, doit recevoir les signataires de cette fameuse loi transpartisane qui est portée par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez ; un plan de 3 milliards assez global, à 360° en termes de prévention, de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants et aux femmes. Je n'ai pas bien compris si vous êtes pour ou contre cette loi ?
Nous sommes favorables à une loi-cadre, et d'ailleurs, ça fait 20 ans que les associations notamment de terrain demandent une loi-cadre. Mais nous ne sommes pas signataires de ce texte, pour être exacte, parce que dans cette loi il n'y a justement pas la question des moyens.
Est-ce que vous la voterez si elle est débattue ? Trois milliards, c'est quand même des moyens…
Ça ne figure pas aujourd'hui dans la loi, mais nous, s'il y avait une loi avec trois milliards, nous y serions favorables. Depuis des années, les associations demandent qu’on mette les trois milliards par an nécessaires pour lutter contre les violences. Et nous, nous trouvons déplorable de voir le Premier ministre décider qu'il fasse une loi anticasseurs, par exemple, cet été, plutôt que de faire soit une loi-cadre, soit un budget rectificatif pour annuler les 414 millions qui sont enlevés à la justice par simple décret, et pour, évidemment, redonner des moyens, notamment aux associations de terrain.
À n’en pas douter, cette question sera au cœur de la campagne présidentielle. Vous avez fait le week-end dernier votre premier grand meeting avec Jean-Luc Mélenchon. Ce week-end, c'était celui de Raphaël Glucksmann, qui n'est pas encore officiellement candidat. La semaine dernière, Jean-Luc Mélenchon a dit : "Nous avons gagné l'honneur de marcher en premier." Il parlait de la gauche. Pour l'instant, vous avez surtout l'honneur de ne pas être au second tour. Il y a un sondage qui est sorti hier qui vous met au coude à coude avec Raphaël Glucksmann, mais derrière Édouard Philippe et derrière le RN. Est-ce qu'il ne faudrait pas que la gauche se rassemble une bonne fois pour toutes ?
Mais vous savez, Raphaël Glucksmann, ça ne nous concerne pas tellement, puisqu'il aspire à être Macron numéro deux, et que nous, nous aspirons à rompre avec la politique d'Emmanuel Macron. Donc vous savez, une élection ne se fait pas par des sondages et vous n'aviez qu'à voir les images absolument extraordinaires du meeting à Saint-Denis avec 26 000 personnes. Elle se fait avec les Français et les Françaises qui se rendent aux urnes. Et nous pouvons l'emporter. Rendez-vous sur melanchon2027.fr, et à la marche antiracisme ce dimanche, ainsi qu'à la Fête de la musique le soir.
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