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justicevia L'Humanité··8 min de lecture

Affaire Lyhanna : s’unir et se souvenir pour l’avenir

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Le contexte

L'affaire de la disparition de Lyhanna met en lumière les failles du système judiciaire français en matière de protection des enfants. Ce drame s'inscrit dans un contexte plus large de violences faites aux enfants, qui soulève des questions sur les priorités politiques et budgétaires en France. Les chiffres alarmants concernant les violences sexuelles et les meurtres d'enfants révèlent une situation préoccupante.

Ce qu'il faut retenir

L'article évoque la tristesse et la colère suscitées par la disparition de Lyhanna, une enfant de 11 ans, victime de violences. Il souligne l'urgence d'une réforme de la protection des enfants et critique les politiques publiques qui négligent leur sécurité. Les chiffres alarmants sur les violences faites aux enfants sont présentés, ainsi que l'inefficacité du système judiciaire face à ces crimes. L'auteur appelle à une prise de conscience collective et à des actions concrètes pour améliorer la situation.

Ce que ça change

Cette affaire met en lumière les lacunes du système judiciaire et appelle à une mobilisation pour renforcer la protection des enfants en France. Elle souligne la nécessité d'un changement de priorités politiques, notamment en matière de budget alloué à la justice et à la protection de l'enfance. L'article incite à une réflexion sur la manière dont la société considère et protège les enfants, et appelle à des réformes pour garantir leur sécurité.

L'article complet

Source originale sur humanite.fr

Face à l’horreur, les mots sont toujours dérisoires. Lyhanna, ton visage est entré dans tous les foyers de France. Pourtant, tu n’es plus là. Un monstre t’a arrachée à la vie. Le cœur serré, les larmes aux yeux, on pense à tes 11 ans, à tes parents, à ta famille, à tes copains et copines. Se mêle à nos émotions une infinie tristesse, doublée d’incompréhension et de colère que les mots ne peuvent apaiser.

Onze ans, c’est l’âge où l’on joue, où l’on danse, où l’on apprend, où l’on découvre la vie, où l’on rêve, où l’on cultive l’insouciance. L’âge où l’on grandit entouré de soins, d’attentions, d’amour.

Onze ans devrait être l’âge de mille et mille moments simples qui font la beauté de l’enfance. Voici qu’un chasseur de petites filles, déguisé en serviteur, a détruit tout cela.

Un prédateur a ôté la vie à Lyhanna et a jeté une part de notre avenir au fond d’un vieux silo à grains.

Cette émotion ne cesse de grossir à mesure que s’égrènent les prénoms de dizaines de jeunes garçons et de fillettes assassinés par des bouchers d’enfants : Maëlys, Estelle, Fiona, Marina, Typhanie, Enzo, Aliya, Dylan, Jason, Elias, Grégory et tant d’autres. Autant de meurtres qui restent comme des traumatismes, des injustices, des plaies à vif dans la chair des familles et au-delà de la nation tout entière. Ces vies détruites, ces enfances volées ne peuvent pas être des « faits divers ». Il s’agit d’une question de société qui appelle un sursaut majeur face aux violences commises sur les enfants.

Disparition de Lyhanna : la justice face à ses failles dans la protection des enfants victimes de violences

La froideur des chiffres provoque un indescriptible haut-le-cœur : un enfant est victime d’inceste, d’agressions sexuelles, de viols toutes les trois minutes. Chaque année, au moins 70 enfants meurent sous les coups d’un proche, souvent dans la famille. Soit un tous les cinq jours. Dans le même temps, plus de 100 femmes meurent sous les coups de leurs conjoints.

Il faut en finir avec cette ubuesque et cruelle litanie où, après chaque nouveau drame, on entend les mêmes discours indignés, les mêmes annonces prononcées la main sur le cœur, qui ne durent que le temps d’une rosée du matin. Il est temps de sortir des effets d’annonce et de réaliser un état des lieux précis de ce qui manque pour empêcher de tels crimes, pour une prise en charge de toutes les plaintes concernant des violences contre tous les enfants et toutes les femmes.

En même temps, chacune et chacun d’entre nous doit sérieusement s’interroger sur une société de domination des adultes sur les enfants et sur le masculinisme, même si l’on s’en défend.

Chacune et chacun d’entre nous est contraint de s’interroger sur la manière dont il ou elle considère, prend soin des enfants, écoute leurs mots, leurs plaintes et leurs angoisses.

Au-delà, il convient de reconnaître que, dans les priorités politiques rabâchées depuis des années, ne figure pas la protection des enfants. Le budget militaire est en passe de grossir de 36 milliards d’euros la semaine même où le budget du ministère de la Justice est amputé de 414 millions d’euros.

La priorité n’est donc pas l’être humain. L’enfance n’apparaît jamais dans les tableaux comptables du capitalisme. Le mot passe-partout, le mot imposant le silence face à toute discussion, est devenu « la dette ». Il sert à asséner tous les coups de poignard contre tous les services publics, de l’enfance, de l’école, de la justice, des enquêtes de police, de la santé et de la psychiatrie.

Parce que la mort de Lyhanna n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein, il est urgent de provoquer une révolution de la protection des enfants. Leurs paroles doivent être recueillies, écoutées, entendues. Il faut surtout leur donner de la valeur pour mettre en sécurité, accompagner, prendre soin.

C’est un devoir absolu de la société. C’est un devoir des gouvernements.

Cela suppose certainement de meilleures coordinations entre l’école, la médecine, la justice, les forces de police, les collectivités territoriales. Cela suppose certainement de moderniser les outils de travail à l’heure de la circulation numérique.

Au-delà, la grande préoccupation doit être le nombre, la formation, la rémunération de celles et de ceux qui font vivre les services aux autres, ces « producteurs d’humanité » si mal traités. Ces métiers dits de « première ligne », oubliés depuis la fin de l’épidémie de Covid. Ces salariés, ces travailleurs de la santé, de la justice, de l’école, de la sécurité, contre lesquels se lèvent tous les réactionnaires au nom d’un État paraît-il « obèse » et que les progressistes ne défendent pas suffisamment.

Des excuses d’un ministre de la Justice, précédemment ministre de l’Intérieur, ne sont qu’un leurre pour atténuer l’onde de choc nationale. Un petit souffle servant à pousser l’actualité à suivre son cours en dépolitisant la signification d’un drame. Voilà la caricature des ministères de la parole et de la facilité.

La chasse au bouc émissaire est ouverte. La course à la surenchère populiste aussi. Un ancien ministre de l’Intérieur, candidat à l’élection présidentielle comme Retailleau, propose d’imiter Trump en jetant les magistrats en pâture à la vindicte populaire, pour, sans doute, les placer sous sa coupe en dehors du droit et des lois républicaines. Un autre qui a été Premier ministre, M. Philippe, singeant l’extrême droite, propose d’interdire les syndicats pour les métiers de la justice.

À ce niveau, aussi ridicule qu’inquiétant, du débat politique, on cherche en vain par quelle magie de telles propositions populo-réactionnaires redonneraient vie à Lyhanna !

Disparition de Lyhanna : pendant que le gouvernement et le RN instrumentalisent l’affaire, les défenseurs des droits des enfants ne cessent d’exiger de véritables moyens

Ces professionnels sans profession de la mauvaise politique montent toujours plus haut à l’échelle de la morgue en désignant des responsables parmi ceux qui travaillent, alors que ce sont eux qui assèchent les moyens pour la justice, l’école, la prévention, ce qui permet des drames comme celui-ci. Jamais ne les effleure la question fondamentale du nombre nécessaire de magistrats, de juges d’instruction, d’enquêteurs de la gendarmerie ou de la police. Jamais ils ne se penchent sur l’indigence des moyens consacrés aux enquêtes sur les violences sexuelles faites aux enfants, pourtant documentées depuis bien longtemps. Jamais ils ne se soucient des incommensurables stocks de procédures qui prennent la poussière dans les gendarmeries et les commissariats, du manque de formation des agents chargés de recueillir les plaintes, du déficit de brigades spécialisées, du manque d’experts judiciaires, de psychologues et de médecins scolaires. Ils n’en sont pas ignorants pourtant ! Ils en sont comptables.

Mais aborder ce sujet revient à remettre en cause leurs politiques de réduction de crédits pour le bien-être humain, mises en œuvre depuis des quinquennats, au profit des milliards accordés sans condition aux grandes entreprises et versés depuis tant d’années aux marchés financiers. Cela représente annuellement sept fois le budget du ministère de la Justice, versé à des parasites au nom du service de la dette fabriquée à cet effet.

Et les vitupérations du chef de l’État déclarant : « Je ne veux entendre aucun argument de moyens dans cette affaire » sont proprement indignes et scandaleuses. S’il y a, paraît-il, 70 000 dossiers en attente de jugement, c’est bien parce qu’il y a un criant problème de moyens !

À tous ceux qui font profession de comparer notre pays aux moyennes européennes, signalons que pour 100 000 Français, on compte 3,2 procureurs. Il y en a 12,2 dans les autres pays européens. Une telle pénurie conduit à une surcharge permanente, un fonctionnement à flux tendu qui met en cause la capacité de l’institution à garantir une justice sereine, approfondie, efficace. Plusieurs rapports préconisent depuis longtemps le doublement du nombre de magistrats.

Les personnages aux idées et à la vue courtes qui nous gouvernent n’ont donc pas lu les conclusions de la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Elles chiffrent à 10 milliards le coût de ces violences. Elles ne peuvent mesurer l’ampleur du saccage des vies ainsi blessées et assombries.

Ces chiffres disent tout des prétendues « priorité ». Il est consacré 5 € par habitant pour la justice mais 751 € par citoyen aux dépenses militaires.

Le crime contre Lyhanna n’est pas « notre échec collectif », comme le sifflent de bonnes âmes, mais le brutal révélateur des fragilités du système judiciaire français malmené depuis tant d’années.

Il est consacré 5 € par habitant pour la justice mais 751 € par citoyen aux dépenses militaires.

Voilà où mènent les piètres conciliabules pour les politiques d’austérité, de sacrifices des services publics, poussés par les rois de la finance et les traités européens. Voilà dévoilée la nature du cinéma gouvernemental autour des « compromis » à l’occasion du vote du budget. Les tableaux comptables sont l’exact opposé de la protection de la vie humaine et des enfants. Pour camoufler leur politique, les gouvernants, au service des forces de l’argent, organisent la chasse au bouc émissaire : le médecin serait responsable des déserts médicaux et de la crise de l’hôpital ; le cheminot empêcherait les trains d’arriver à l’heure ; le facteur ne distribuerait pas convenablement le courrier ; le juge serait responsable de l’insécurité ; les pauvres profiteraient du système.

Ne laissons pas muer l’émotion et les colères justifiées en règlements de comptes. Portons le fer à la racine du mal.

La réduction des crédits publics pour le bien commun engendre la plus grande des insécurités humaines et sacrifie l’avenir. Il est temps d’humaniser la justice en lui donnant des moyens, en développant les formations, en comblant les inégalités territoriales et en rouvrant des tribunaux et des gendarmeries fermées, en prenant en compte la parole des enfants, en examinant l’idée d’un parquet spécialisé dans les viols et crimes contre les enfants et les femmes.

Il est temps de renverser le cours des choses. Il est temps de s’unir pour proposer un autre système qui ferait primer les êtres humains sur les ravages de l’argent-roi.

Le nom de Lyhanna et celui de toutes les autres victimes devront sans cesse nous rappeler les urgences. Cette souriante colombe nous presse de nous souvenir pour construire un autre avenir.

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Affaire Lyhanna : s’unir et se souvenir pour l’avenir

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