Un aveu d’impuissance terrible. Alors qu’un corps d’enfant porteur de « vêtements similaires » à ceux de la petite Lyhanna a été retrouvé ce jeudi 4 juin dans le Gers , le ministre de la Justice Gérald Darmanin s’est exprimé avec froideur et colère au sujet des possibles manquements de la chaîne judiciaire.
Le principal suspect, mis en examen pour « enlèvement et séquestration » dans cette affaire, a en effet un lourd passé, bien que disposant d’un casier judiciaire vierge. Il a notamment fait l’objet de plusieurs plaintes pour viol sur mineur, dont une il y a neuf mois, déposée en août 2025, et pour laquelle il n’a toujours pas été entendu par la justice. Dans ce cas, la mère de la fille qui a déposé plainte a indiqué sur BFM avoir sollicité les enquêteurs à plusieurs reprises pour connaître l’évolution de la procédure, sans obtenir de réponse.
Auparavant, l’homme, qui a été filmé en train de faire monter Lyhanna dans sa voiture le jour de sa disparition, a aussi été renvoyé d’un lycée où il travaillait du fait d’un « comportement inapproprié envers une lycéenne ».
« Nous sommes tous terrifiés par ce dysfonctionnement » , a donc réagi ce jeudi le garde des Sceaux, au cours d’un déplacement dans l’Hérault. Pour le ministre, le cas de Lyhanna et du principal suspect - qui est présumé innocent - « est révélateur de notre mauvaise organisation et, sans doute, au ministère de la Justice comme ailleurs, du fait que nous ne prenons pas au sérieux la parole de l’enfant ».
Il a ajouté qu’il fallait « absolument prioriser les plaintes des êtres les plus vulnérables », y compris quand les moyens et le temps manquent. « Quand il y a une plainte d’un enfant, on doit pratiquement tout arrêter pour la suivre », a-t-il poursuivi, lui qui a pourtant érigé la lutte contre le narcotrafic au sommet de ses priorités.
Alors que la manière dont les procédures judiciaires visant le suspect de 41 ans ont été menées est un sujet qui fait beaucoup réagir au sein de la classe politique, Gérald Darmanin et son confrère de l’Intérieur Laurent Nuñez ont ordonné une enquête administrative pour identifier « d’éventuels dysfonctionnements » dans le traitement judiciaire du principal suspect. Au sujet de la plainte vieille de neuf mois, l’enjeu est de savoir « quels ont été les actes d’enquête qui ont été engagés, quel temps ces actes ont pris, qui a été saisi, quelles suites ont été données très concrètement », a précisé le locataire de la place Beauvau.
« On verra ce que dira l’enquête, mais on a manifestement de quoi s’interroger sur notre responsabilité collective », a encore déclaré le garde des Sceaux ce jeudi soir, s’engageant à « rendra public le rapport » commandé avec Laurent Nuñez et qui sera confié à l’Inspection générale de la justice et à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale.
