Ce jeudi 4 juin, les parents de Mélanie Lemée sont venus témoigner à la barre lors du procès en appel de Yassine El Azizi. Ils ont évoqué la mémoire de la gendarme fauchée mortellement par le chauffard le 4 juillet 2020 en Lot-et-Garonne
U n procès d’assises est à bien des égards une épreuve d’alpinisme. Sur le plan émotionnel, on évolue parfois en altitude. Ce jeudi 4 juin, devant la cour d’assises d’Auch, le procès en appel de Yassine El Azizi responsable de la mort de la gendarme Mélanie Lemée le 4 juillet 2020, a connu un pic lors de l’audition des parents de la militaire.
Danielle Letissier s’est avancée à la barre. Elle s’était préparée à cette nouvelle épreuve et rédigé un texte pour dresser le portait de sa fille et les contours « de sa courte vie ». La gorge s’est souvent nouée à l’évocation de Mélanie, née le 25 janvier 1995, ses années d’école quand elle jouait au foot avec les garçons, les années hand quand chez elle en Normandie elle a porté sur les fonts baptismaux une équipe féminine pour pratiquer avec ses copines et bien sûr les années judo, sport dont elle était à ce point une promesse qu’elle avait intégré l’Insep. Une grave blessure au genou mettra fin aux espoirs d’une grande carrière. De ce coup du sort, « Mélanie en a fait une force » selon sa mère. Elle passe le concours de gendarmerie à Tulle et intègre la brigade d’Aiguillon en 2016 dont elle devient « le pilier » selon le témoignage d’un collègue.
Jusqu’à cette soirée du 4 juillet 2020. Christian Lemée se souvient de ce funeste jour, point de rupture de l’histoire familiale. Il narre ce coup de fil de la gendarmerie lui annonçant « d’une voix blanche » la mort de sa fille, la sollicitude de cette patrouille de trois gendarmes venue passer la nuit avec eux. Six ans plus tard, le père de Mélanie, empreint de la culture du travailleur social qu’il est avec sa compagne, révèle avoir « essayé de comprendre l’accusé plutôt que de le juger » et avoue avoir échoué.
Danielle Letissier, très digne aussi, assure agir « sans haine ni vengeance » et consacrer son énergie à entretenir la mémoire de sa fille au moyen d’une association « Mélanie Passion Sports ». La mère de Mélanie Lemée dit se languir de la fin de ce procès, espérant refermer « cette parenthèse » et « mener de nouveaux projets ». Mais n’y figure pas le pardon de Yassine El Azizi. « Impossible » dit-elle calmement. « Entendre l’insinuation selon laquelle ma fille n’était pas à sa place sur le barrage, m’est insupportable. Entendre qu’une légère décélération ou un coup de frein aurait pu éviter le drame, m’est insupportable », décline-t-elle.
Insupportable est également aux yeux des parties civiles, l’affirmation de l’accusé selon laquelle il n’a pas vu Mélanie Lemée sur le barrage à Port-Sainte-Marie avant de la percuter et de la couper quasiment en deux. Les photos de la blessure ont été projetées aux jurés, ce mardi 2 juin, un autre pic dans ce dossier.
Lundi ou mardi prochain, la défense incarnée par M e Édouard Martial et M e Victor Casellas sera au pied d’une montagne au moment de plaider la cause de Yassine El Azizi dont l’apparente désinvolture dans le box n’est pas le meilleur des appuis. À Agen, il y a un an, en première instance, il avait été condamné à trente ans.
