Emmanuel Macron était l’invité, ce lundi 15 juin, d’un journal de 13h de TF1 exceptionnellement délocalisé à Évian (Haute-Savoie) à l’occasion du G7. Après de longues minutes consacrées à l’actualité internationale, et notamment à l’accord de paix annoncé (mais pas encore signé) entre les États-Unis et l’Iran , le chef de l’État a été ramené à la situation française.
Impossible de passer à côté de la mort de Lyhanna, 11 ans, qui a tant ému les Français. Le président, qui avait déjà expliqué que le manque de moyens de la justice n’était selon lui pas en cause dans cette affaire, s’est employé à défendre mordicus son bilan. « On a fait de multiples lois depuis 2017, on a augmenté comme jamais le budget de la justice, on a embauché des milliers de policiers et de gendarmes » , a-t-il déclaré, soulignant « qu’il y avait moins de monde qu’aujourd’hui dans les prisons » quand il est entré à l’Élysée il y a neuf ans.
Plutôt qu’une remise en cause globale du fonctionnement de la justice, à laquelle s’attellent certains responsables politiques qui appellent à donner plus de moyens aux tribunaux, Emmanuel Macron préfère rappeler la responsabilité individuelle de l’homme mis en cause. « Il y a un violeur et un assassin, ne l’oublions pas , a-t-il exprimé. Celui qui a commis ce crime doit être puni le plus sévèrement possible » . Façon d’évacuer le problème structurel des violences commises contre les femmes ou contre les enfants, alors que Gérald Darmanin a révélé qu’un nombre faramineux de plaintes (70 000) étaient en attente.
Une affirmation avec laquelle François Roujou de Boubée, l’avocat de la famille de Lyhanna, n’est pas d’accord. Face à la presse mercredi, il a expliqué que « les moyens qu’on accorde à la justice et à leur efficacité, oui, monsieur le Président, c’est le vrai cœur du problème » . « J’ai vu des gendarmes, des policiers, des magistrats et des greffiers crouler sous les piles de dossiers à traiter » , a-t-il ajouté.
Pour Emmanuel Macron, « un travail doit être fait pour comprendre comment on en est arrivé là » . S’il parle d’un « drame terrible » qui aurait « manifestement pu être évité », le chef de l’État ne se prononce pas sur la proposition de loi intégrale, très riche, déposée à l’Assemblée nationale par un éventail large de députés.
La socialiste Céline Thiébault-Martinez, qui porte le texte, l’interpelle pourtant dans une interview au HuffPost publiée ce lundi : « Nous sommes à la fin du second quinquennat d’Emmanuel Macron, où deux fois la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants a été faite grande cause nationale. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Il ne s’est pas rien passé. L’impunité perdure » , dénonce-t-elle.
Il y a quelques jours, une phrase du chef de l’État avait été mal reçue puisqu’il avait affirmé « qu’on ne répond pas à un drame par des cris » . Une réponse notamment aux manifestations qui se tiennent chaque lundi soir devant les tribunaux, mais aussi aux appels, de plus en plus nombreux, à la démission du ministre de la Justice Gérald Darmanin.
Jusque dans son camp, Emmanuel Macron a été critiqué pour ses mots. « On a le droit d’être en colère, parfois il faut élever la voix » , lui a par exemple répondu la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet. Les critiques avaient dépassé la seule sphère politique puisque l’humoriste Alex Lutz avait embrayé sur son compte Instagram : « Sérieusement ? Les mots ont un sens monsieur le Président . Comment osez-vous ? » .
