Face aux critiques sur l’impartialité des médias publics, l’exécutif annonce des mesures concrètes pour cet été tandis que France Télévisions explore des pistes d’économies radicales
Après des mois de polémique, le gouvernement a promis vendredi des mesures « concrètes » cet été sur l’impartialité de l’audiovisuel public, au moment où France Télévisions lui a remis plusieurs scénarios d’économies , dont des pistes radicales.
Cette question de l’impartialité des médias publics, dont les piliers sont France TV et Radio France, est devenue très sensible depuis la controverse déclenchée en septembre 2025 par la vidéo montrant une supposée proximité entre les deux journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen et des responsables du Parti socialiste. L’affaire a entraîné l’ouverture d’une commission d’enquête de l'Assemblée nationale, où France Télévisions et Radio France ont été soumis à un feu nourri d’attaques de son rapporteur, le député UDR Charles Alloncle, allié du RN, parti qui prône la privatisation de l’audiovisuel public.
L’atmosphère était beaucoup plus apaisée vendredi dans les locaux de l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, où le haut fonctionnaire Bruno Lasserre a remis 17 propositions sur « l’impartialité de l’audiovisuel public ». À un an de la présidentielle, et « dans une société polarisée », il a exhorté les médias publics à être un « animateur de la conversation collective et un médiateur des opinions adverses ».
Selon lui, ces médias doivent encore faire preuve de plus de transparence sur leurs processus éditoriaux. Il a brandi le livret de « lignes éditoriales » de la BBC au Royaume-Uni, un manuel de « 450 pages », qui devrait inspirer selon lui une charte éditoriale obligatoire et robuste pour les médias publics en France. Bruno Lasserre a aussi appelé l’Arcom à contrôler davantage en amont la solidité des mécanismes internes des chaînes et stations publiques, « plutôt qu’en surveillant des incidents d’antenne ».
Il a également mis en garde contre des chroniques humoristiques qui peuvent « aboutir à un sentiment d’exclusion d’une partie du public », en préconisant une meilleure distinction entre ce créneau et celui de l’information. Dans la foulée, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, lui a fait écho en annonçant des mesures par « décret » dès cet été, tandis que le président de l’Arcom, Martin Ajdari, a promis un plan d’action rapide.
Les décrets du gouvernement viseront notamment à instaurer « un baromètre annuel public de l’impartialité », « une charte par entreprise formalisant leurs engagements » et la mise en place d'« un mécanisme interne de traitement des plaintes pour les citoyens », qui irait plus loin que le rôle actuel du médiateur. Radio France a réagi en promettant pour septembre un « véritable « contrat d’écoute » », avec plus de « lisibilité » des « choix éditoriaux » et « un dialogue plus étroit avec les auditeurs ».
Ces réformes s’annoncent dans une situation financière toujours tendue, notamment pour France Télévisions, qui doit composer avec des dotations publiques en baisse (80 millions d’euros pour 2026, sur un total de 2,5 milliards) et déplore le retard de l’État à fixer un nouveau Contrat d’objectifs et de moyens, une trajectoire nécessaire selon le groupe. « L’État nous demande en permanence de faire avec moins, sans se positionner sur nos missions de service public », estime un cadre de France Télévisions, sous couvert d’anonymat.
Dans ce contexte, sa présidente Delphine Ernotte Cunci a dévoilé mardi à son conseil d’administration trois scénarios d’économies présentés au ministère. D’après un participant à cette réunion, le premier reprend les propositions les plus radicales du rapport Alloncle, dont la fusion de France 2 et France 5, l’arrêt de France 4 et de la chaîne numérique pour les jeunes Slash, mais aussi des coupes claires dans le sport et les jeux, pour des économies de « moins de 300 millions par an à horizon 2030 ». Le second scénario prône la fusion de France Télévisions et Radio France, un projet porté en vain par l’ancienne ministre de la Culture Rachida Dati. Troisième piste, « un recentrage sur l’info », qui passe par la fusion de France 3 et Franceinfo.
Dans un communiqué, la CFDT de France TV a critiqué une « stratégie du pire ». « La direction va-t-elle casser la maison, tout en demandant à l’État d’en endosser la responsabilité ? Ou s’agit-il là d’un coup de poker, de façon à obliger la tutelle à nous dire comment gérer l’entreprise avec des budgets de plus en plus restreints ? », s’est demandé le syndicat.
