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culturevia Sud Ouest··5 min de lecture

Traite négrière et esclavage : 25 ans après la loi Taubira, « il demeure une certaine méconnaissance »

Personnalités citées :Christiane TaubiraFrançois HollandeMyriam Cottias
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Le contexte

La loi Taubira, adoptée en 2001, a été la première à reconnaître la traite et l'esclavage comme crimes contre l'humanité en France. Depuis son adoption, des débats persistent sur la connaissance et la représentation de cette période dans la société française. Les historiens jouent un rôle clé dans l'éducation et la sensibilisation du public sur ces questions mémorielles.

Ce qu'il faut retenir

La loi Taubira a marqué un tournant dans la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en France. Malgré cette avancée législative, une méconnaissance persiste parmi la population. Les historiens sont appelés à éclairer le public sur ces sujets, notamment à travers l'éducation et des initiatives culturelles. La question des réparations pour Haïti et l'abrogation du code noir sont également des sujets de débat importants.

Ce que ça change

L'article souligne l'importance de la loi Taubira dans la reconnaissance des crimes de la traite et de l'esclavage, tout en mettant en lumière les lacunes dans la connaissance historique des Français. Cela pourrait inciter les institutions éducatives à renforcer l'enseignement de cette période et à engager des discussions sur les réparations et la mémoire collective.

L'article complet

Source originale sur sudouest.fr

En mai 2001, avec l’adoption de loi Taubira, la France devient le premier pays à reconnaître la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité. La législation a-t-elle permis de faire évoluer les connaissances et le regard des Français sur cette période sombre de l’histoire ?

C lément Piquet est historien. Doctorant, il termine sa thèse sur les maisons de commerce de Bordeaux, La Rochelle et Nantes et la traite négrière atlantique dans la seconde moitié du XVIII e siècle.

Quel rôle joue la traite négrière dans le modèle économique des maisons de commerce au XVIII e ?

Aucune maison de commerce à l’époque n’est spécialisée dans la traite négrière. Celles qui la pratiquent s’impliquent également dans le commerce en droiture (commerce effectué par bateau en ligne directe entre l’Europe et ses colonies), entre Bordeaux et les Antilles, par exemple. Elles pratiquent l’assurance également ou le commerce en commission. C’est-à-dire acheter des denr...

Quel rôle joue la traite négrière dans le modèle économique des maisons de commerce au XVIII e ?

Aucune maison de commerce à l’époque n’est spécialisée dans la traite négrière. Celles qui la pratiquent s’impliquent également dans le commerce en droiture (commerce effectué par bateau en ligne directe entre l’Europe et ses colonies), entre Bordeaux et les Antilles, par exemple. Elles pratiquent l’assurance également ou le commerce en commission. C’est-à-dire acheter des denrées sur ordre et les transférer dans un autre port de France ou d’Europe en prenant une commission qui oscille entre 1 et 3 %. Ces maisons de commerce exercent tout un faisceau d’activités et la traite n’occupe pas toujours la même place. Il y a des stratégies différentes puisque les sommes nécessaires pour armer un navire négrier sont telles qu’il est rare qu’un armateur se décide à envoyer seul un navire. On divise les risques. Il faut imaginer le navire comme un sous-modèle de la société par actions, avec différents intéressés qui prennent des intérêts sur ce navire. Cela va de la haute noblesse jusqu’à des petits investisseurs qui essaient de faire un coup. Par exemple, un père qui veut doter sa fille. Le profil de ces investisseurs qui participent à la traite négrière montre l’enracinement de cette dernière en dehors des villes portuaires.

Armer un bateau négrier revient au prix d’un hôtel particulier. Est-ce qu’on peut dire que la traite a façonné les villes portuaires ?

La traite a pu marquer le paysage urbain à Nantes et à Bordeaux, avec la trace de mascarons représentant des personnes africaines. On la retrouve dans les arts aussi avec la présence de personnes esclavagisées sur des tableaux. Dans le cas de Bordeaux, l’embellissement de la ville précède le décollage négrier.

Pour ce qui est de la toponymie urbaine, elle ne date pas nécessairement de l’époque où les individus désignés vivaient. Ces noms de rues ont souvent été donnés au XIX e siècle pour des raisons parfois étrangères à la traite. On rendait hommage à tel individu parce qu’il avait fait preuve de charité ou parce qu’il avait joué un rôle politique majeur. À l’époque, on a considéré qu’ils méritaient d’être honorés parce qu’ils ont été des agents de la réussite de la ville, selon les conceptions des contemporains. De notre point de vue, il ne faut pas négliger le fait que cette réussite sociale a été la conséquence de la pratique de la traite ou de l’esclavage, ou des deux.

Ce mois de mai marque les 25 ans de la loi Taubira. Quel rôle jouent les travaux d’historiens dans l’avancée de la législation ?

La loi Taubira dispose que la traite négrière comme l’esclavage doivent faire l’objet d’une place particulière dans les programmes scolaires et dans les programmes de recherche. À l’occasion de son 25 e anniversaire, il y a un enjeu fondamental de réussite. Au moment du vote de la loi et encore aujourd’hui, la traite et l’esclavage suscitent un intérêt de plus en plus fort que l’on peut expliquer du fait du développement des questionnements mémoriels. Je pense par exemple aux revendications autour du nom de certaines rues. Dans ce cadre, le rôle de l’historien est d’éclairer par ses travaux ses concitoyens et ses concitoyennes dans la mesure du possible afin qu’ils puissent prendre une décision. Comme transformer un toponyme en un autre ou prendre la décision d’ajouter une plaque explicative, comme cela peut être le cas à Bordeaux pour la rue Gradis près de la place de la Victoire à Bordeaux, par exemple.

Pour autant, depuis vingt-cinq ans, il demeure encore une certaine méconnaissance de ces sujets. C’est le rôle des historiens et des enseignants également de poursuivre ce travail de vulgarisation : les initiatives culturelles du Temps des mémoires et l’engouement du public pour celles-ci témoignent cependant de l’intérêt du grand public.

On a l’impression que l’on redécouvre aujourd’hui que le code noir, qui donnait un cadre juridique à l’esclavage, n’avait jamais été aboli.

C’est une vaste discussion cette abrogation d’un texte qui, de fait, par l’abolition n’avait plus cours. Mais il est vrai que d’un point de vue symbolique, c’est une question importante afin de mettre à distance définitivement un texte qui avait une dimension très large et qui désignait les personnes réduites en esclavage comme des biens meubles. On voit bien aussi que ce code noir était pétri de contradictions, comme le système esclavagiste l’était lui-même. Il considère les esclavagisés comme des biens meubles mais leur impose d’être baptisés. Cela redouble la violence finalement. C’est aussi une violence symbolique puisque le baptême, ce n’est pas simplement l’entrée dans la religion catholique. C’est la perte de son identité familiale, culturelle. Le baptême se double d’un nom de baptême, on perd son nom d’origine pour s’insérer dans de nouveaux cadres. La personne qui a été baptisée de force se voit adjoindre un parrain et une marraine qui l’isole de sa communauté d’origine et l’enferme dans une nouvelle communauté, celle de ses maîtres. Bien que symbolique, réclamer l’abrogation du code noir peut apparaître comme un enjeu mémoriel important.

L’indemnisation que la France a fait payer à Haïti au moment de l’indépendance revient également dans le débat.

Cette question des réparations a notamment été étudiée au sein du projet de recherche Repairs, qui était porté par Myriam Cottias notamment. Il a permis de suivre le parcours et la trajectoire de ces colons qui ont obtenu une indemnité en 1825 pour Haïti. Effectivement, il y a eu des réparations, on les connaît, on peut les chiffrer, on dispose de dossiers de réclamation des colons. Maintenant, il appartient aux pouvoirs publics de prendre la décision d’une restitution. Cette revendication émane à la fois de la société civile mais aussi du gouvernement haïtien. Elle est ancienne et ne cesse d’interroger la responsabilité d’une France, qui était à l’époque gouvernée par Charles X, et de l’héritage qui s’est ensuivi pour les régimes successifs jusqu’à nos jours. Il y a sans doute le sentiment de la part des pouvoirs publics que ce serait peut-être ouvrir une boîte de Pandore que de répondre à ces revendications. On se souvient que le président de la République François Hollande pendant son mandat avait parlé de réparation, avant de se corriger et de parler de réparation morale à l’égard d’Haïti.

Texte extrait depuis l'article original sur sudouest.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur sudouest.fr.

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