En mars, à Pagliara dei Marsi, la naissance d’une petite fille, la première en trente ans dans ce village des Abruzzes, est devenue un symbole en Italie, plongée depuis quelques années dans une crise démographique profonde. “Son baptême, dans l’église juste en face de chez elle, a rassemblé tout le village, chats compris. La présence d’un bébé ici est si rare que Lara est devenue la principale attraction touristique. C’est que sa naissance est un symbole d’espoir”, écrit Angela Giuffrida dans le reportage du Guardian qui ouvre notre dossier cette semaine.
L’Italie n’est pas le seul pays où le taux de fécondité s’effondre. Le phénomène est mondial. À l’exception de l’Afrique subsaharienne, on assiste partout à un écroulement de la natalité. Même la France, qui jusque-là faisait figure d’exception en Europe, est touchée. Jamais depuis la Première Guerre mondiale les Français n’ont fait si peu d’enfants, selon le rapport de l’Insee publié en janvier . Et pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel est négatif : en 2025, il y a eu 6 000 décès de plus que de naissances dans l’Hexagone.
Face à ces chiffres, le gouvernement français a annoncé un plan visant à lutter contre la chute de la fertilité, prévoyant notamment l’envoi d’un courrier aux personnes de 29 ans pour les sensibiliser à la question. Stupeur dans la presse étrangère. “Qui peut imaginer, en toute rationalité, que j’aille donner la vie quand j’ai à peine de quoi subvenir à la mienne ?” s’étonnait ainsi en février Lydia Spencer-Elliott , dans un billet cinglant publié par The Independent et traduit sur notre site, où elle dénonçait une “injonction à faire des bébés” qui ne règle en rien les “vrais problèmes” qui dissuadent d’avoir des enfants.
C’est toute la problématique qui traverse notre dossier. Si l’espoir est revenu avec la naissance de Lara (et une prime généreuse pour ses parents) à Pagliara dei Marsi, rien ne dit que la petite fille pourra aller à l’école près de chez elle ni que d’autres enfants pourraient naître à proximité, faute d’établissements scolaires ou de maternités. La crise de la natalité est un cercle vicieux qui s’autoalimente : faute d’enfants, les écoles se vident ou ferment ; faute d’écoles, les potentiels parents hésitent à faire des enfants.
En Asie, où la limitation des naissances a longtemps été prônée pour ne pas, notamment, freiner le développement économique, des pays encore émergents comme le Vietnam, l’Inde et l’Indonésie changent radicalement de stratégie. “Certains gouvernements asiatiques, que la perspective d’un déclin démographique inquiète, envisagent d’encourager à nouveau les familles nombreuses, signe d’un nouveau virage à 180 degrés”, explique Nikkei Asia. Car ce basculement progressif oblige toutes les sociétés et les politiques économiques à se réinventer, à s’adapter face au vieillissement de leur population.
“Serons-nous le pays qui sera devenu vieux avant d’être devenu riche ? En admettant qu’il le devienne un jour”, s’alarme Rose Fres Fausto dans The Philippine Star. “Le dividende démographique – le moment où la population en âge de travailler commence à dépasser en nombre la population dont elle a la charge – n’est pas une garantie de développement économique”, rappelle l’économiste.
Dans notre dossier, au-delà du constat, nous vous proposons un tour du monde des parades élaborées par les uns et les autres, qui pour relancer la natalité, qui pour composer avec une population de plus en plus âgée. Si le Costa Rica mise ainsi sur l’économie des seniors, la Chine compte sur les robots pour prendre soin d’eux, quand la Thaïlande souhaite les faire travailler. En Corée du Sud, le petit district de Hwacheon a tout misé sur un vaste système d’encadrement éducatif pour relancer la natalité. Et il semblerait que ça marche. Plus douteux, en Russie, le ministère de l’Éducation propose de rétablir les discothèques scolaires, censées favoriser les rencontres…
Au lieu de paniquer, rappelle pourtant Simon Kuper dans le Financial Times, il serait peut-être temps de retenir les leçons de l’histoire. Et si cet effondrement, au fond, permettait de rendre notre monde plus vivable en favorisant un meilleur partage des richesses ? S’il était aussi synonyme, de nouveau départ, de progrès ? À méditer avant d’envisager trop vite un réarmement démographique.
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