Dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 juin, l’Assemblée nationale a largement adopté une proposition de loi écologiste visant à limiter l’exposition de la population au cadmium, un métal lourd toxique. Une première victoire saluée par les associations de défense de l’environnement et de la santé qui reste à confirmer au Sénat.
C’est un premier pas pour désamorcer la « bombe sanitaire » sur laquelle les professionnels de santé alertaient dans une lettre ouverte il y a un an, presque jour pour jour. Dans la nuit de mercredi à jeudi 4 juin, l’Assemblée nationale a largement adopté une proposition de loi écologiste visant à limiter l’exposition de la population au cadmium , un métal lourd toxique.
À l’initiative des députés Benoît Biteau (les Écologistes) et Clémentine Autain (l’Après), le texte, adopté en première lecture par 144 voix contre 22, prévoit une trajectoire ambitieuse de réduction des taux autorisés de cadmium dans les engrais phosphatés, qui sont source d’accumulation de ce métal dans les sols agricoles, contaminant ensuite les aliments . Une trajectoire trop ambitieuse pour le gouvernement qui, sous couvert de défendre la compétitivité de l’agriculture française, s’est opposé à la PPL. Quand bien même le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a reconnu devant les députés une « surimprégnation de la population française au cadmium par rapport à nos voisins européens » .
Les groupes MoDem, Horizons, et Renaissance – qui ont vu leurs amendements pour amoindrir la trajectoire de « décadmiation » rejetés ou retirés – se sont finalement joints à la gauche pour voter en faveur du texte. Contrairement aux députés du Rassemblement national, que l’empoisonnement des Français n’a pas l’air de contrarier.
L’alimentation est la première source d’exposition au cadmium, selon l’agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), par exemple via les céréales (blé, riz), très consommées. Or, en cas d’exposition prolongée, le cadmium est reconnu cancérogène , toxique pour la reproduction, peut entraîner « des atteintes rénales » ou encore une fragilité osseuse. En 2025, près de la moitié de la population française présentait des expositions au cadmium dépassant les valeurs sanitaires de référence, selon l’Anses qui recommande d’abaisser les limites maximales autorisées de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 milligrammes par kilo — contre 60 mg/kg en Europe, et 90 mg/kg actuellement pour la France, qui bénéficie d’une dérogation.
Les Français « surexposés » au cadmium dans leur alimentation, alerte l’Anses
La proposition de loi prônait initialement une interdiction totale mais a été réécrite pour tenter d’atteindre un compromis. Au final, le prévoit une baisse à 40 mg/kg dès 2027, puis à 20 mg/kg à partir de 2030. « Merci à tous les scientifiques qui nous ont éclairés (…). Merci aux militants des ONG qui nous ont aidés à alerter l’opinion publique » , a salué dans l’hémicycle le député écologiste Benoît Biteau, après son adoption. « C’est une très belle victoire (…) on était tous un peu émus », a réagi auprès de l’AFP la militante écologiste Camille Étienne, présente en tribune durant les débats. Elle s’est félicitée : « La mobilisation citoyenne a marché. »
Mais si la trajectoire adoptée correspond à l’ « urgence sanitaire », Clémentine Autain se dit « inquiète » que le texte n’aboutisse pas et appelle le gouvernement à prendre « dès demain » les décrets permettant « d’appliquer la décision de la représentation nationale » . Car la prochaine étape parlementaire pour ce texte est celle du Sénat où il n’est pas encore inscrit à l’ordre du jour. Saluant le vote de cette « loi qui va enfin réduire la contamination à la source » , l’association Foodwatch a annoncé ce jeudi 4 juin lancer « une pétition dont les signatures seront envoyées chaque jour aux présidents des groupes politiques au Sénat » afin que la Chambre haute « confirme rapidement » le vote des députés.
La justice climatique, c’est notre bataille. Celle qui relie luttes environnementales et sociales pour contrer un système capitaliste faisant ventre de tout. Du vivant, de la planète, de notre humanité.
Cadmium : les députés adoptent un texte pour faire face à cette « bombe sanitaire » contre l’avis du gouvernement et de l’extrême droite
