Les députés ont choisi l’accélération à la prudence. Dans la soirée de mercredi 3 juin, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi visant à réduire plus rapidement la présence du cadmium, ce métal lourd toxique dans les engrais agricoles , malgré les avertissements du gouvernement sur les conséquences de cette décision pour certaines filières.
Le texte, porté par le député Benoît Biteau et soutenu notamment par Clémentine Autain, a été adopté en première lecture par 144 voix contre 22. Il a été soutenu par l’ensemble de la gauche, ainsi que les groupes MoDem, Horizons, et Renaissance. Le Rassemblement national a lui voté contre. Il prévoit une réduction accélérée des quantités de cadmium autorisées dans les engrais phosphatés, principale source d’accumulation de ce métal dans les sols agricoles.
Présent dans certains engrais utilisés en agriculture, le cadmium s’accumule progressivement dans les sols avant d’être absorbé par les cultures. Il se retrouve ensuite dans l’alimentation, et notamment dans des produits de forte consommation tels que le blé ou le riz.
Le métal est reconnu comme cancérogène en cas d’exposition prolongée, mais aussi toxique pour la reproduction. Selon l’Anses (l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), près de la moitié de la population française présentait en 2025 un niveau d’exposition supérieur aux valeurs sanitaires de référence.
L’un des enjeux du texte concernait le rythme de réduction des seuils autorisés. Aujourd’hui, la France bénéficie encore d’une dérogation lui permettant d’autoriser jusqu’à 90 milligrammes de cadmium par kilogramme d’engrais phosphaté, alors que la limite européenne est fixée à 60. L’Anses recommande pour sa part de descendre ce taux à 20 mg/kg.
Le gouvernement préparait une baisse progressive de celui-ci, et son projet d’arrêté prévoit quant à lui un passage à 60 mg/kg en 2027, puis 40 mg/kg en 2030 pour enfin atteindre 20 mg/kg en 2038.
Les députés ont choisi dans la nuit de mercredi à jeudi d’aller encore plus vite. La proposition de loi adoptée fixe un plafond de 40 mg/kg dès 2027 pour atteindre 20 mg/kg en 2030.
Pour les défenseurs du texte, cette accélération répond à une « urgence sanitaire ». « Merci à tous les scientifiques qui nous ont éclairés [...] Merci aux militants des ONG qui nous ont aidés à alerter l’opinion publique », a déclaré Benoît Biteau après le vote.
« C’est une très belle victoire [...] on était tous un peu émus » , a réagi la militante écologiste Camille Etienne. « La mobilisation citoyenne a marché » .
Si l’exécutif assure partager l’objectif de réduction de l’exposition au cadmium, celui-ci contexte le calendrier adopté par les députés. Devant l’Assemblée, le ministre délégué à la Transition écologique Mathieu Lefèvre a reconnu une « sur-imprégnation de la population française au cadmium » par rapport à nos « voisins européens ». Cependant pour lui, le « rythme de la baisse » adopté par les députés n’est « pas réaliste ».
Le gouvernement redoute des tensions d’approvisionnement en engrais répondant aux nouveaux seuils et une hausse des coûts associés pour les exploitations agricoles.
Benoît Biteau estime de son côté que le coût sera limité pour les agriculteurs. Le groupe marocain OCP, l’un des principaux acteurs du secteur dans le monde, affirme déjà commercialiser dans l’Union européenne des engrais contenant moins de 20 mg/kg de cadmium.
