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justicevia Le HuffPost··5 min de lecture

Ce qu’il faut dire à ses enfants avant une « soirée pyjama », sans tomber dans la paranoïa

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Le contexte

L'affaire Lyhanna a suscité une émotion nationale en France suite à la disparition et à la découverte du corps d'une fillette de 11 ans. Le principal suspect, Jérôme B., a été signalé pour des violences sexuelles sur mineurs, soulevant des questions sur la sécurité des enfants lors de soirées pyjama et le rôle de la justice dans la protection des victimes.

Ce qu'il faut retenir

L'affaire Lyhanna a mis en lumière les dangers potentiels des soirées pyjama pour les enfants. Les parents sont encouragés à sensibiliser leurs enfants à la notion de consentement et à leur droit de dire non. Il est crucial que les enfants sachent qu'ils peuvent parler à un adulte de confiance s'ils se sentent mal à l'aise ou s'ils subissent des abus. Des rassemblements en hommage à Lyhanna sont prévus, et des associations réclament des réformes législatives pour mieux protéger les enfants.

Ce que ça change

Cette affaire pourrait entraîner une prise de conscience accrue des dangers auxquels les enfants sont exposés et inciter les parents à discuter ouvertement des violences sexuelles avec leurs enfants. Les mobilisations et les demandes de réformes législatives pourraient également conduire à des changements dans la manière dont la justice traite les cas de violences sexuelles, améliorant ainsi la protection des victimes.

L'article complet

Source originale sur huffingtonpost.fr

Depuis une semaine, la France vit au rythme de l’émotion suscitée par l’affaire Lyhanna . D’abord marqué par la disparition de la fillette , puis par la découverte de son corps, le drame a pris une nouvelle dimension avec les révélations entourant Jérôme B., le principal suspect.

Visé par plusieurs signalements et plaintes pour violences sexuelles sur mineurs malgré un casier judiciaire vierge, Jérôme B. connaissait Lyhanna par l’entremise de sa fille, avec qui elle était amie. Au moment de sa disparition, la mère de la fillette de 11 ans avait indiqué à BFMTV avoir demandé à Lyhanna de ne plus le fréquenter suite à une soirée pyjama qu’il avait organisée en début d’année à son domicile de Montestruc-sur-Gers (Gers), et suite à laquelle elle avait rapporté qu’il lui avait fait « des chatouilles » .

Alors que plus de 150 rassemblements devant des tribunaux sont prévus partout en France ce lundi 8 juin en fin de journée, ce drame ravive aussi les inquiétudes des parents. Comment protéger ses enfants lorsqu’ils passent du temps en dehors du domicile familial ? Comment les sensibiliser aux risques de violences ? Les soirées pyjama, chez des amis ou des proches, doivent-elles être remises en question ? Éléments de réponse avec Aude Doumenge, chargée de plaidoyer et de communication au sein de l’association Face à l’Inceste .

Le HuffPost. Dans l’affaire Lyhanna, le mis en cause aurait profité d’une soirée pyjama pour agresser l’amie de son enfant. C’est aussi le cas dans une affaire révélée par Le Monde en avril. Est-ce un mode opératoire commun ?

Aude Doumenge. Il n’existe pas de chiffres sur ce mode opératoire, mais on sait que si un agresseur veut agresser, il trouvera un moyen de le faire. Et que la présence de mineurs au sein de son intimité, de son foyer, peut produire le passage à l’acte.

Les parents avaient jusqu’ici peu conscience du danger que représentent les soirées pyjama. Devraient-ils selon vous bannir cette pratique ?

J’entends complètement cette inquiétude, que l’on constate aussi sur d’autres secteurs, comme le périscolaire. Mais ce n’est pas à l’enfant, ni à ses parents, de vivre dans la peur, ce n’est pas à eux de s’adapter à un système où les agresseurs jouissent d’une impunité. Le problème, en réalité, n’est pas tant de savoir si l’on doit autoriser son enfant à aller à une soirée pyjama, mais plutôt de comprendre que les agresseurs peuvent se trouver partout, et agir en toute impunité. L’affaire Lyhanna nous le montre très clairement : il y a un vrai dysfonctionnement de la justice , dû à un manque de moyens, mais aussi au niveau de la culture judiciaire. On ne prend pas en considération la parole de l’enfant.

Quels messages essentiels, quelles recommandations, les parents devraient-ils transmettre à leur enfant avant qu’il parte dormir chez un copain, un cousin ?

Isoler l’enfant en lui interdisant de participer à une soirée pyjama n’est pas la solution. En revanche, il est impératif que les parents le familiarisent dès le plus jeune âge à la notion de consentement. Lui apprendre que les frontières de son corps sont importantes, qu’il peut et a le droit de dire « non », qu’ un secret peut être malsain , que certaines parties de son intimité n’ont pas à être touchées et que si elles le sont, il doit tout de suite le dire à un adulte de confiance…

Ce sont des bases qui vont permettre à l’enfant de se défendre, mais aussi de dénoncer les faits et de libérer sa parole auprès d’un adulte qui le croit et le protège. C’est aussi comme ça que l’on pourra en finir avec l’impunité des agresseurs.

Que conseillez-vous aux parents si leur enfant rapporte, après une soirée pyjama, un comportement inadéquat ou une situation qui leur semble préoccupante ?

Je conseillerais déjà aux parents de se mettre à la hauteur de leur enfant : d’écouter ce qu’il leur rapporte, et de le rassurer en lui expliquant qu'ils le croient et vont le protéger. Il faut ensuite enclencher le processus en allant porter plainte et en lui proposant d’aller voir un psychologue qui sera à même de l’accompagner.

S’il y a eu un traumatisme, il faut immédiatement le prendre en charge, afin d’éviter ce que l’on appelle l’amnésie dissociative. On le voit bien en ce qui concerne les violences sexuelles et incestueuses : le cerveau d’un enfant est encore trop immature pour comprendre la gravité de ce qu’il est en train de vivre. Il va donc l’enfouir dans sa mémoire. Mais ce souvenir reste, et peut ressortir vingt ans plus tard, de manière très violente. Alors que si l’on dit à l’enfant qu’il peut parler, que nous allons le croire et le protéger, cela participe à guérir le traumatisme.

On rappelle souvent aux parents de se méfier des inconnus. Pourtant, les violences sexuelles envers les enfants surviennent majoritairement dans le cercle familial. Comment intégrer cette réalité dans la prévention ?

En France, l’inceste concerne sept millions de victimes. Cela représente trois enfants sur une classe de trente élèves. C’est un phénomène massif, systémique, qui touche toutes les classes de la société. Quand on met ces chiffres en exergue, on comprend que l’on est soit victime, soit proche de victime d’inceste.

Là où on peut venir inverser la tendance, à notre échelle de parent, c’est d’abord d’être vigilant sur les situations à risque, et d’apprendre la notion de consentement et de respect de son corps et du corps d’autrui à son enfant. Lui rappeler que personne n’a le droit de le voir nu, de toucher ses parties intimes, de venir dans son lit… C’est instaurer un climat de sécurité et protection, dans lequel l’enfant sait qu’il peut parler et qu’on le croira. Toutes ces recommandations figureront sur le site destiné aux parents auquel travaille Face à l’Inceste, et qui sera effectif en 2027.

180 rassemblements sont organisés ce soir en hommage à Lyhanna. Quelles mesures et quels moyens réclamez-vous pour mieux protéger les enfants ?

Face à l’inceste est à l’initiative de cette mobilisation avec la Fondation des Femmes et Andréa Bescond. Nous souhaitons d’abord apporter notre soutien à la famille et aux proches de Lyhanna face au drame qu’ils vivent. Ensuite, nous souhaitons dénoncer les dysfonctionnements de la justice et nous mobiliser pour l’inscription au calendrier parlementaire d’ une loi intégrale transpartisane , à laquelle nous avons participé avec une coalition d’associations et plus de 110 députés. Elle propose, en 140 mesures, une politique complète et exemplaire pour les enfants et les femmes victimes de violences sexuelles.

Texte extrait depuis l'article original sur huffingtonpost.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur huffingtonpost.fr.

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