Reconnu coupable de complicité dans les attentats de janvier 2015 à Paris, Ali Riza Polat a été condamné ce mardi à trois ans de prison supplémentaire pour avoir blessé un surveillant de prison et proféré des menaces de mort contre des magistrats
Ali Riza Polat, déjà emprisonné à perpétuité pour les attentats de janvier 2015, a été condamné mardi 9 juin à trois ans de prison supplémentaire par le tribunal de Paris pour avoir blessé un surveillant de prison et proféré des menaces de mort contre des magistrats.
Jugé à distance, le détenu de 41 ans apparaît sur quatre écrans de la 16 e chambre du tribunal judiciaire, depuis l’unité pour malades difficiles (UMD) où il est hospitalisé en Corrèze. Sans chercher à nier « l’état délirant » de M. Polat, le procureur antiterroriste a demandé qu’il soit condamné « avec fermeté », mais « sans excès », et la cour a suivi ses réquisitions.
Le 16 juillet 2024, incarcéré à l’isolement à la prison de Laon (Aisne), Ali Riza Polat bondit de la cellule 113, des tessons de bouteille à la main, et blesse légèrement un surveillant à l’avant-bras. Le détenu jure devant la cour qu’il n’a pas crié « Allah akbar » et qu’il n’en avait pas après les surveillants, mais contre « les indicateurs qui travaillent à la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), » et qui « veulent (le) tuer ».
Transféré dans une autre prison, à Lille, le détenu fabrique des armes artisanales dans sa cellule : des brosses à dents taillées en pointe « pour bloquer (sa) porte d’entrée » et mieux se « barricader » sont retrouvées près de chaussettes lestées d’une lourde savonnette, de tessons ou encore d’un pot de Nutella.
L’explication est la même qu’à Laon : Polat veut empêcher par tous les moyens « les agents de la DGSI de rentrer dans (sa) cellule pour le tuer ».
En août de la même année, il diffuse sur TikTok, avec l’aide de son frère en fuite en Turquie – contre lequel une peine de deux ans avec mandat d’arrêt a été prononcée –, un enregistrement audio dans lequel il fait l’apologie des « attaques bénies de Paris » de janvier 2015 et menace des magistrats.
Le rapport psychiatrique réalisé en octobre 2024 met en lumière un délire de « persécution », auquel s’ajoute une volonté de « vengeance » et de « protection ». « La dangerosité reste présente » et « la dimension de culpabilité est absente », précise l’expertise.
Ce procès avait déjà été renvoyé trois fois, son état ne lui permettant pas d’être jugé. Aujourd’hui, M. Polat, sous traitement, « va mieux », selon ses avocats, et énumère calmement ses ateliers thérapeutiques devant la cour : cuisine, débats, jardinage. « Et on vous donne des outils ? », réagit la présidente. « Sans problème », assure-t-il.
Le représentant du parquet antiterroriste a rappelé dans ses réquisitions « la conviction de M. Polat d’être visé par un complot de la DGSI » lors de son premier procès d’assises. « Le sentiment d’injustice a pu enraciner son délire », précise-t-il.
En octobre 2022, Ali Riza Polat a été condamné en appel à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de vingt ans, reconnu coupable de complicité dans les dix-sept assassinats perpétrés par les frères Saïd et Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly entre les 7 et 9 janvier 2015, à la rédaction de Charlie Hebdo, à Montrouge (Hauts-de-Seine) et à l’Hyper Cacher.
« Vous m’avez condamné pour le meurtre de 17 personnes, j’ai le droit de tuer 17 personnes, c’est la loi du Talion », a-t-il répété mardi devant la Cour. Sa condamnation est devenue définitive après le rejet de son pourvoi en cassation. Il a toujours clamé ne « pas » être « un terroriste ».
« La maladie dont il souffre n’a pas éteint la face sombre de son personnage », selon ses avocats Matthieu Quinquis et Amélie Morineau, qui pointent la « psychose carcérale », mise en évidence par l’expertise psychiatrique. Son état s’est aggravé, selon eux, en raison de son isolement prolongé - environ cinq ans - et donc l’absence de liens sociaux.
