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justicevia France Info··6 min de lecture

Disparition de Lyhanna : "Sur les huit dernières années, plus de 70 % des plaintes pour des violences à l'égard d'enfants ont été classées sans suite", pointe Manuel Bompard, coordinateur de LFI

Personnalités citées :Manuel BompardSébastien LecornuOlivier FaureMarine TondelierJordan Bardella
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Le contexte

La disparition de Lyhanna, une collégienne de 11 ans, a suscité une vive émotion en France. Le principal suspect, Jérôme Barella, a été mis en examen et a fait l'objet de plusieurs signalements pour des violences sexuelles sur mineurs. Cette affaire met en lumière des dysfonctionnements dans la prise en charge des plaintes pour violences à l'égard des enfants.

Ce qu'il faut retenir

Manuel Bompard, député de La France insoumise, dénonce un problème systémique concernant la prise en charge des violences sexuelles et des violences à l'égard des enfants. Il souligne que plus de 70 % des plaintes pour violences à l'égard des enfants ont été classées sans suite au cours des huit dernières années. Bompard appelle à des enquêtes administratives pour comprendre ces dysfonctionnements et à des réponses politiques pour améliorer la situation. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une réunion avec le ministre de l'Intérieur et le garde des Sceaux pour discuter de cette affaire.

Ce que ça change

Cette affaire pourrait entraîner une prise de conscience accrue des dysfonctionnements dans le système judiciaire concernant les violences faites aux enfants. Les déclarations de Manuel Bompard et d'autres responsables politiques pourraient inciter le gouvernement à réévaluer les ressources allouées à la justice et à la protection de l'enfance, ainsi qu'à mettre en place des mesures pour éviter que de telles tragédies ne se reproduisent.

L'article complet

Source originale sur francetvinfo.fr

Le député La France insoumise des Bouches-du-Rhône dénonce "un problème systémique" et "une situation absolument anormale", dans ce que révèle le parcours judiciaire du principal suspect dans la disparition de la petite Lyhanna. "Des enquêtes administratives sont nécessaires pour comprendre les dysfonctionnements, et ensuite, il y a des réponses politiques" à apporter, estime-t-il.

Alors qu'un corps d'enfant a été retrouvé sur un terrain agricole, à proximité de la commune de Fleurance, dans le Gers, où la petite Lyhanna a été aperçue pour la dernière fois vendredi dernier, chacun s'interroge sur les éventuelles failles qui ont mené à cette situation. Notamment dans la prise en compte de signalements et plaintes pour des violences sexuelles sur mineur qui visaient le suspect, Jérôme Barella, le père d'une amie de la collégienne. Invité politique de franceinfo ce vendredi 5 juin, Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise, revient sur cette affaire et ce qu'elle dit de "la prise en charge des violences sexistes et sexuelles et des violences à l'égard des enfants" en France.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.

Serge Cimino : Il y a une actualité qui domine, une tragédie, celle de Lyhanna. Hier, un corps sans vie a été retrouvé tout près de Fleurance, dans le Gers, où la collégienne a disparu le 29 mai dernier. On attend bien sûr identification d'une part, et autopsie de l'autre. Depuis la disparition de la fillette de 11 ans, le principal suspect qui a été mis en examen et en détention, et qui est bien sûr présumé innocent, a fait précédemment l'objet de plusieurs signalements et de plaintes, entre autres, pour viol. Est-ce que pour vous, on est sur d'éventuelles défaillances individuelles qui conduisent à ce drame, ou est-ce que c'est un problème qui est davantage de l'ordre du systémique ?

Manuel Bompard : C'est un problème systémique. D'abord, je veux dire évidemment mon soutien, ma compassion pour la famille. Ensuite, vous avez raison, il y a des dysfonctionnements qui sont majeurs et qui, je pense, révèlent un problème systémique dans la prise en charge des violences sexistes et sexuelles et des violences à l'égard des enfants. Je crois qu'il y a eu cinq procédures qui le visaient…

Oui, il est visé entre autres par une plainte de 2025, il n'a toujours pas été entendu. Une autre affaire classée sans suite, qui devrait être réexaminée, mais ça pose en tout cas à minima quelques questions…

Évidemment. Et ça doit conduire à des réponses qui sont des réponses politiques, pour une prise en charge sérieuse de ces problématiques. On apprend, par exemple, qu'il a été manifestement licencié d'un emploi qu'il avait eu dans un lycée. Est-ce qu'il y a eu ensuite des signalements judiciaires ? Il y a la question de la prise en charge et du respect de la parole des personnes qui viennent s'adresser à la police et à la justice sur ce sujet. Il y a la question des moyens qui sont consacrés à la lutte contre ces violences sexistes et sexuelles et contre ces violences à l'égard des enfants. Et donc je forme le vœu que ça conduise à des réponses politiques qui sont à la hauteur du drame absolu que constitue, malheureusement, cette tragédie.

A ce propos, Sébastien Lecornu, le Premier ministre, reçoit le ministre de l'Intérieur et le garde des Sceaux à Matignon, tout à l'heure à 10 h 30. Il a chamboulé son agenda, puisqu'il devait parler de narcotrafic. Vous attendez déjà des réponses sur ce que vous venez d'évoquer ? C'est une communication de crise nécessaire ? Puisqu'on voit qu'il y a beaucoup de réactions politiques, je vous en soumets trois rapidement. Pour Olivier Faure du Parti socialiste, c'est une "conséquence du manque de moyens de la justice", vous l'évoquez aussi. Pour Marine Tondelier, des écologistes, c'est un "fait social dans une société incapable de protéger femmes et enfants de ces violences sexuelles", puis, Jordan Bardella y voit le "symbole de l'inaction des pouvoirs publics". Le Premier ministre doit répondre un petit peu dans l'urgence, ou on attend des propositions éventuellement des trois ministres ?

Il faut les deux. C'est-à-dire qu'il y a des enquêtes administratives qui sont nécessaires pour comprendre les dysfonctionnements, et ensuite, il y a des réponses politiques qui sont nécessaires. Vous savez, sur les huit dernières années, il y a plus de 70 % des plaintes pour des violences à l'égard d'enfants qui sont classées sans suite. Donc, il y a une situation absolument anormale et j'espère que, non seulement on va enquêter sur les dysfonctionnements dans cette tragédie, mais aussi qu'on va apporter des réponses pour lutter contre ce problème systémique.

Sébastien Lecornu a évoqué cette semaine l'idée de demander à ses ministres des textes qui pourraient instaurer un système de "casseur-payeur", après les événements en marge de la victoire du Paris Saint-Germain. Vous pensez que c'est utile d'avoir un projet de loi qui instaurerait ce système, de pouvoir aller jusqu'aux prestations sociales pour payer les réparations ?

"Casseur-payeur", ça existe déjà, ça s'appelle des amendes. Vous pouvez être condamné et on peut vous faire payer des amendes liées aux dégradations dont vous avez été responsable. Là, c'est autre chose. C'est-à-dire que s'il s'agit maintenant d'infliger des sanctions collectives, par exemple, d'aller sanctionner une famille parce qu'un enfant de cette famille a commis des dégradations, là, pardonnez-moi, mais à mon avis, on est sur une réponse qui n'est absolument pas la bonne. Précisément, vous allez viser des personnes qui ne sont pas responsables des faits qui ont été commis, et je pense que personne, aucun parent, n'est content de voir ses enfants impliqués dans ce type d'affaires. Mais si vous êtes dans une situation qui est, par exemple, une situation sociale extrêmement difficile, ce n'est pas en faisant payer le reste de la famille, les autres enfants qui n'ont rien fait - parce que si vous vous attaquez aux prestations sociales, ce sont les autres enfants qui vont en payer le prix -, que vous allez régler le problème.

Est-ce que si un mineur fait des dégradations, on peut prendre des prestations sociales pour financer les réparations ?

Je pense que c'est vraiment une mesure qui est, d'abord, démagogique et qui en plus aggraverait les problèmes plutôt que de les résoudre. Pour le reste, quand une personne est condamnée, elle est condamnée aussi à des amendes et donc, d'un certain point de vue, elle contribue à payer les dégradations qu'elle a commises.

Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.

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