Bernadette Chirac et David Douillet lors du lancement de la 17e édition de l'opération "Pièces Jaunes", le 05 janvier 2005 à l'hôpital parisien Armand Trousseau. - Photo par BERTRAND GUAY / AFP
Tous les enfants se souviennent de la petite maison cartonnée qu'il fallait fabriquer, puis remplir de petites pièces jaunes. Menée chaque année pour collecter des fonds pour les enfants hospitalisés, l'opération était pilotée et parrainée par Bernadette Chirac , présidente de la Fondation des Hôpitaux de France de 1994 à 2019.
La veuve de Jacques Chirac, président de la République pendant douze ans, de 1995 à 2007, est morte, vendredi 5 juin, à l'âge de 93 ans , a-t-on appris ce samedi.
Longtemps restée dans l'ombre de son époux, elle avait finalement décidé de s'engager pour les enfants malades, montant et pilotant avec brio l' opération "Pièces Jaunes" , à laquelle la femme politique est restée indissociablement liée, même si elle en a cédé la présidence à Brigitte Macron en 2019, pour sa dernière apparition publique.
Ce samedi, Emmanuel Macron a salué une "grande dame de cœur" qui "a marqué notre histoire" et "le destin de millions de malades anonymes aussi, grâce à son engagement intime et constant", notamment à la tête de la Fondation des Hôpitaux de France.
Anne Barrère, vice-président de la Fondation des Hôpitaux de France , se souvient, sur notre antenne ce samedi 6 juin, de sa première rencontre avec Bernadette Chirac, lorsqu'en 1994 "le professeur Claude Griscelli, qui avait créé la Fondation des hôpitaux de France en 1989, était allé chercher Madame Chirac pour donner une dimension plus grande à la Fondation".
"Elle n'a pas ménagé sa peine, rien n'était assez important", ajoute la vice-présidente de la fondation, qui se souvient d'une femme particulièrement dévouée à la cause des enfants malades. Et pour cause, la femme politique est personnellement touchée par le sujet. Sa fille Laurence est atteinte d'anorexie, une maladie qui la rongera toute sa vie et qui la tuera en 2016.
Les "Pièces Jaunes", l'ont "rendue extrêmement populaire, les gens avaient cette image [de Bernadette Chirac] un peu désuète", mais "Madame Chirac était de tous les combats, parce qu'elle connaissait les Français, elle connaissait les souffrances, son rôle d'élue en Corrèze lui avait appris beaucoup de choses", salue Anne Barrère.
En effet, son opération "Pièces Jaunes" a popularisé Bernadette Chirac auprès des Français. Pendant 25 ans, elle a présidé la Fondation des hôpitaux de France qui organise la collecte de fonds auprès d'enfants en bonne santé pour assurer le financement, la construction, l'équipement des fameuses Maisons des parents, des adolescents.
À travers son engagement humanitaire, Bernadette Chirac veut s'émanciper. Elle surpasse sa timidité pour sortir de l'ombre de son Président de mari. "Quand on est la femme de Jacques Chirac on ne peut pas rester trop effacée! Ou alors on court le risque d’être écrasée… Que voulez-vous, je n’aime pas être écrasée", racontait-elle dans Conversations , un livre d'entretiens avec le journaliste Patrick de Carolis, publié en 2001.
La popularité acquise par la Première dame auprès des Français se révèle être une chance pour Jacques Chirac, qui peine à se remettre du fiasco de la dissolution de 1997 qui a vu entrer Lionel Jospin à Matignon. De quoi pousser Bernadette Chirac qui ne digère pas l'épisode, à surnommer Dominique de Villepin "Néron". Alors secrétaire général de l'Élysée, elle le considère comme l'un des principaux artisans de la dissolution.
Mais qu'importe la cohabitation politique de son mari avec le Parti socialiste, Bernadette Chirac veut à tout prix garder son influence. Plusieurs fois par an, elle sillonne ainsi la France avec le "TGV Pièces jaunes", avec un certain succès. "Vous comprenez, pour certaines personnes, Chirac, c'est le mari de Madame ‘Pièces jaunes’", sourit-elle ainsi dans un portrait écrit par nos confrères du Monde .
En janvier 1999, dans un reportage de France 3, le train jaune entre en gare de Montpellier. À la descente du TGV, Bernadette Chirac se réjouit de la "mobilisation exceptionnelle" autour de la collecte. Ses "résultats seront à la hauteur de l'enthousiasme des enfants avec leurs petites tirelires", dit-elle en souriant.
L'année suivante, la Première dame, d'allure classique et bourgeoise, n'est plus seule dans le train jaune qui sillonne l'Hexagone. À ses côtés, un nouveau parrain de l'opération: le judoka David Douillet, alors l'une des personnalités préférées des Français. Ce partenariat entre le sportif et la Première dame durera pendant 13 ans.
Treize années, pendant lesquelles Bernadette Chirac se paie le luxe d'apparaître pendant près d'un mois lors de l'opération "Pièces jaunes" sur les plateaux de télévision aux côtés du champion de judo.
Une notoriété bienvenue pour celle qui est aussi une élue. Elle aura d'ailleurs été la seule première dame à avoir elle-même exercé un mandat politique, celui de conseillère générale de Corrèze, département où elle a été élue sans discontinuer de 1979 à 2015.
