Le judo, nouveau sport favori de l’insoumis. En meeting à Saint-Denis pour lancer sa campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon s’est adonné à l’une de ses rhétoriques préférée ces derniers mois : reprendre un slogan de l’extrême droite, pour mieux retourner le stigmate de ceux qui l’utilisaient. En l’occurrence : « on est chez nous. »
Les suiveurs assidus ont effectivement dû tiquer, ce dimanche 7 juin, en écoutant le fondateur de la France insoumise , candidat pour une quatrième tentative à l’Élysée, reprendre ces quatre mots, d’ordinaire utilisés par l’extrême droite . L’expression, très populaire au sein du Front national pour rejeter l’immigration, a peu à peu fini par être bannie de la bouche des élus du RN dans leur entreprise de dédiabolisation.
Le tribun de 74 ans fait, lui, le choix de la remettre au goût du jour, dans une version différente. « Nous ne renierons pas, mesdames et messieurs les fachos, les sacrifices et l’amour de nos grands-parents qui nous permettent d’être ici dans ce pays qu’ils ont tant contribué à bâtir », a-t-il lancé devant ses militants, après avoir évoqué les évolutions sociologiques à l’œuvre depuis 1958, et la part grandissante de Français « héritiers de l’immigration. » Et avant d’asséner un « on est chez nous » , repris en chœur par la foule très dense devant lui.
Ici, Jean-Luc Mélenchon use de la même technique qui l’avait conduit, en janvier 2026, lors d’un discours à Toulouse, à opposer au « grand remplacement » raciale de l’extrême droite, sa propre vision du « grand remplacement », à savoir « générationnel. »
« Nous avons besoin d’élections municipales qui puissent être une démonstration du niveau de conscience politique du peuple français dans sa diversité, de la capacité de nos listes à incarner la nouvelle France, celle du grand remplacement, celle de la génération qui remplace l’autre parce que c’est comme ça depuis la nuit des temps », avait-il expliqué, en ajoutant : « Ce n’est pas parce qu’il y a dix dingues dans un coin qui ont peur d’être remplacés par leurs enfants que nous devons partager leurs peurs. » Une façon de jeter les bases de son concept de « nouvelle France » , repris ce dimanche, depuis Saint-Denis.
Face aux drapeaux tricolores, agités en masse, comme rarement dans un rassemblement de la gauche radicale, le fondateur de la France insoumise s’est effectivement lancé dans une ode au pays où l’on « fait France de tout bois », qui « n’est pas raciste » ni « fasciste . » L’occasion de se projeter déjà vers le second tour dans le duel qu’il essaie de dessiner avec le Rassemblement national, et le « suprémacisme » qu’il incarne dans l’élection présidentielle.
Dans cette logique, le candidat insoumis a concentré ses flèches sur Jordan Bardella, et, dans une moindre mesure Marine Le Pen. Il a attendu la conclusion de son discours pour asséner quelques piques à ses concurrents de gauche, assurant par exemple que « la primaire est finie. » « C’est nous (La France insoumise, ndlr) qui avons gagné l’honneur de marcher en première ligne » , face à l’extrême droite, a-t-il martelé.
« Qui que vous soyez, dans quelque parti que vous soyez, surtout si c’est de gauche, vous ne pourrez pas dire si malheur arrive, “je ne savais pas”. La victoire est possible » , a-t-il également lancé, à l’adresse des élus d’autres chapelles, écologistes ou communistes, qui pourraient être tentés par son aventure, quand leurs propres partis semblent englués dans les questions de méthode et de départages internes.
Et Jean-Luc Mélenchon d’ajouter : « La première force politique de la gauche et du changement, la voici. » Difficile de lui donner tort ce dimanche, après une démonstration de force réussie à Saint-Denis, grâce aux 26 000 sympathisants présents, selon les compteurs du mouvement. De quoi mettre la pression sur son principal rival à gauche, Raphaël Glucksmann, qui organise son premier rassemblement dans une semaine, à Aubervilliers. Les comparaisons ne manqueront pas.
