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culturevia RFI — France··3 min de lecture

Esclavage à Nantes, nos héritages

Personnalités citées :Pierre Guillon de PrincéDieudonné BoutrinBernard MichonLaura TrevelyanJohn DowerMarie-Annick GournetAïssata Seck
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Le contexte

La ville de Nantes a été un important port négrier en France, jouant un rôle central dans la traite des esclaves. La loi Taubira de 2001 a reconnu la traite et l'esclavage comme des crimes contre l'humanité, mais le débat sur les réparations et la mémoire de l'esclavage reste d'actualité. Des initiatives locales et internationales émergent pour aborder ces questions de manière constructive.

Ce qu'il faut retenir

À Nantes, Pierre Guillon de Princé et Dieudonné Boutrin travaillent ensemble pour promouvoir la justice réparatrice liée à l'esclavage. Ils ont inauguré le Mât de la fraternité et de la mémoire, où Pierre a présenté des excuses officielles pour les actes de ses ancêtres esclavagistes. Leur démarche s'inscrit dans un mouvement plus large de réconciliation et de reconnaissance des injustices passées, soutenue par des initiatives internationales comme celle de l'ONU.

Ce que ça change

Cette initiative à Nantes pourrait encourager d'autres villes et descendants d'esclavagistes à aborder le sujet des réparations et de la mémoire de l'esclavage. Elle souligne l'importance de la reconnaissance des injustices historiques et pourrait influencer le débat public sur les réparations en France et au-delà.

L'article complet

Source originale sur rfi.fr

À l’occasion de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions du 10 mai, on part dans la cité des Ducs, premier port esclavagiste de France. À la rencontre d’un singulier duo nantais qui œuvre pour la justice réparatrice : Pierre Guillon de Princé, descendant d’armateurs négriers, et Dieudonné Boutrin, infatigable militant d’origine martiniquaise et descendant d’esclavisés.

Depuis le 18 avril 2026, s’élève à Nantes le Mât de la fraternité et de la mémoire, un monument fort de symboles, hissé, porté par Pierre Guillon de Princé et Dieudonné Boutrin. C’est au pied de ce mât que Pierre a présenté des excuses officielles, pour les actes de ses ancêtres esclavagistes à Saint-Domingue, devant l’ambassadeur d’Haïti notamment. Par ses mots, accompagnés d’un geste symbolique de réparation financière, Pierre a brisé un silence qui pèse depuis des décennies, des siècles sur la ville et le pays. Une démarche rare, unique dit-on en France, qui s’inscrit dans un long processus de réconciliation et de réparation mené par Pierre et Dieudonné.

Depuis leur rencontre, cet épatant duo a mené des visites à deux voix du Mémorial de l’Abolition de l’esclavage situé sur le quai de la Fosse à Nantes. Ce qui les a amenés ensuite à se rapprocher d’autres « héritiers » de l’esclavage, des descendants d’esclavagistes anglais notamment, parmi lesquels la famille Trevelyan, première famille du Royaume-Uni à avoir présenté des excuses officielles dans les Caraïbes, pour faire avancer une cause qui leur tient, à tous et toutes, à cœur : la réconciliation mais surtout la justice réparatrice. Car, 25 ans après le vote en France de la loi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme « crime contre l’humanité », qui incluait initialement un volet sur les réparations, des voix s’élèvent, notamment au sein de l’Union africaine ou de la CARICOM dans les Caraïbes. En mars 2026, l’ONU a adopté une résolution présentée par le Ghana pour reconnaitre l’esclavage comme « le plus grave crime contre l’humanité », une résolution qui s’empare également du sujet des réparations.

À 86 ans, Pierre et Dieudonné, 61 ans, fourmillent de projets au sein de l’association La Coque Nomade Fraternité et de la Fédération internationale des héritiers de l’esclavage qu’ils viennent d’initier, avec différents acteurs de la société civile des Caraïbes, d’Angleterre ou du monde lusophone. L’objectif : rendre toujours plus visible cette mémoire et les héritages, les blessures que 400 ans d'esclavage ont laissées derrière eux dans les consciences, les identités et nos sociétés. Un projet de Mât de la fraternité est en cours à Bristol et dans d’autres villes du monde. Et des familles nantaises descendantes d'armateurs, sur l'exemple de Pierre, envisagent désormais de parler et de briser ce silence…

Un reportage de Céline Develay-Mazurelle à Nantes avec Dieudonné Boutrin, Pierre Guillon de Princé, l'historien Bernard Michon, Laura Trevelyan et John Dower, cofondateurs de l'organisation Heirs of slavery, Marie-Annick Gournet, vice-présidente associée de l'université de Bristol spécialisée dans la justice réparatrice, et Aïssata Seck, directrice de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage.

– Sur l’association La Coque Nomade Fraternité basée à Nantes et fondée par Dieudonné Boutrin

– Sur le Mémorial de l’Abolition de l’Esclavage situé à Nantes sur le quai de la Fosse

– Sur l’organisation Heirs of Slavery fondée par Laura Trevelyan et John Dower, descendants d’esclavagistes britanniques à la Grenade

– Sur les travaux du projet Repairs de l'Agence nationale de la recherche, coordonné notamment par Magalie Bessone, Myriam Cottias et Elisabeth Cunin, avec Jessica Balguy

– Sur la Fondation pour la mémoire de l’esclavage et tous les évènements prévus pour les 25 ans du vote de la loi Taubira

– Sur la base de données Esclavage Indemnités qui rassemble les données sur les indemnités versées aux familles esclavagistes françaises à l’abolition de l’esclavage en 1849 et en 1825 à Haïti par le projet Repairs

– Sur la conférence Reimagining Higher Education as Accountable Partners in Repair and Transformation organisée le 19 mai 2026 à Bristol par Marie-Annick Gournet, vice-présidente associée de l'université de Bristol, en charge de la justice réparatrice

– Sur notre précédent voyage en 2019 à Nantes , sur les traces de la mémoire de l’esclavage colonial. Un reportage d'Inès Edel-Garcia.

À écouter aussi Des lieux qui regardent l’esclavage en face

Texte extrait depuis l'article original sur rfi.fr. Civiqo agrège les flux RSS publics des grands médias FR sans copier ni stocker leurs contenus payants — chaque article reste hébergé chez son éditeur. Lire sur rfi.fr.

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