Marine Tondelier est « effarée » . La patronne des Verts observe d’un œil inquiet la vague de chaleur qui s’abat actuellement sur la France. Elle le sait : les températures anormalement élevées pour un mois de mai, sans doute le plus chaud de l’Histoire, sont une conséquence directe du dérèglement climatique. Mais ce qui l’inquiète aussi, c’est « le degré d’impréparation du gouvernement ».
Marine Tondelier en veut à Sébastien Lecornu, qui a prévu de réunir ses ministres pour évoquer la canicule jeudi… soit près d’une semaine après l’arrivée des fortes chaleurs. « On n’a toujours pas compris ce qu’ils font pour la vague de chaleur là maintenant , attaque-t-elle. C’est assez coupable et irresponsable » .
À La France insoumise, la députée Clémence Guetté s’étonne aussi du calendrier du gouvernement. Pourquoi attendre jeudi pour convoquer cette réunion, alors que le pic de températures commencera à redescendre ? « Aucune préparation, aucune anticipation » , dénonce-t-elle, rappelant que son groupe avait présenté l’an dernier un plan d’urgence canicule. Dans ce document de 32 pages, les insoumis estimaient que « la France n’est pas prête à faire face aux vagues de chaleur et aux événements climatiques extrêmes » .
Ces critiques rencontrent un certain écho à gauche. Le député Benjamin Lucas (Génération·s) a ainsi annoncé mardi saisir la justice pour « mise en danger de la vie d’autrui de la part du Premier ministre » . En cause : « L’impréparation et l’inaction du gouvernement » . Le candidat à l’hypothétique primaire de la gauche juge que « les recommandations et actions » de Sébastien Lecornu sont « particulièrement insuffisantes » face à la canicule, pourtant « connue et anticipée par les prévisions météorologiques » . Une inaction qui alimente « l’éco anxiété », affirme Sandrine Rousseau, qui interroge : « Vous sentez le nœud dans l’estomac parce que le gouvernement est aux fraises ? » .
Au-delà de ces questions de calendrier, et des accusations de retard à l’allumage pour ce mois de mai, les élus de gauche dénoncent ce qu’ils qualifient de renoncements sur les questions climatiques. Alors que ces enjeux devaient être le thème central du second quinquennat d’Emmanuel Macron.
Sur franceinfo, Marine Tondelier a ainsi listé les sujets sur lesquels le gouvernement aurait dû agir, selon elle, ces dernières années : l’école, les transports, le logement. « En 2023, Emmanuel Macron avait promis en grande pompe l’isolation thermique de 40 000 écoles en 10 ans. 2 289 ont été rénovées en 2023-2024. 65 en 2025. À ce rythme-là, les écoles seront supportables pendant les canicules… dans trois siècles » , a-t-elle par exemple souligné.
Dans ce contexte, le gouvernement se veut surtout rassurant. « On n’est pas dans l’urgence » , a expliqué mardi soir la ministre de la Santé Stéphanie Rist, pour qui « les vagues de chaleur on les connaît », « on commence à en avoir l’habitude » . Une façon de minimiser des températures extrêmes qui ont pourtant causé la mort d’au moins sept personnes , selon les décomptes officiels ? « Pour l’instant, il n’y a pas de tensions particulières qui nous sont remontées » , a aussi indiqué la ministre à propos notamment des urgences et du Samu.
Quant à l’idée de fermer des écoles ou d’annuler certains grands événements, le gouvernement temporise. « Ce sont des débats qui ne sont pas à trancher ici aujourd’hui », a ainsi expliqué Stéphanie Rist mardi. De son côté, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray révèle avoir seulement envoyé des consignes de « bon sens » aux chefs d’établissement, notamment pour les épreuves du baccalauréat. À savoir : « que ce soient les salles les moins exposées qui soient utilisées, qu’elles soient aérées et que les élèves aient de l’eau en abondance. »
Interrogée sur la nécessaire adaptation au dérèglement climatique, la très discrète ministre de la Transition écologique Monique Barbut a pour sa part expliqué, mardi, que le gouvernement a « commencé à prendre un certain nombre de mesures » . Sans rentrer pleinement dans le détail, elle a cité les travaux de planification énergétique ou le Fond vert pour les collectivités. Le thermomètre, lui, continue d’afficher 33 °C à Paris et 34 °C à Nantes et Bordeaux.
