Dis-moi qui tu fréquentes… En plein pendant l’épisode cannois sur les craintes d’ influence de Vincent Bolloré sur la culture, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a participé à un déjeuner organisé par le patron proche de l’extrême droite pour peser dans la prochaine élection présidentielle révèle Le Monde ce mercredi 27 mai.
Dans un article consacré à Xenia Fedorova, ex-directrice de Russia Today France et principale voix de la propagande du Kremlin en France mise en lumière par les réseaux bolloréen, le quotidien du soir évoque un dîner organisé le 21 mai au siège de Vivendi. Le rendez-vous visait à poursuivre les discussions sur l’Institut de l’Espérance. Présenté par ses cadres comme « apolitique », ce think thank fondé en 2025 par le milliardaire vise en réalité à répandre dans l’opinion publique ses idées très conservatrices : abrogation des lois interdisant l’obstruction à l’avortement, instauration de l’uniforme et autres mesures qui reprennent l’idée d’une « préférence nationale » chère à l’extrême droite…
C’est donc sans surprise que se sont retrouvés autour de la table François Durvye , nouveau conseiller de Jordan Bardella, la présentatrice de CNews Christine Kelly, plusieurs personnalités du monde des affaires identifiées comme des défenseurs de la religion chrétienne… mais aussi Annie Genevard, actuelle ministre.
Après avoir été une figure des Républicains, Annie Genevard a été suspendue du parti par Bruno Retailleau pour avoir conservé son portefeuille dans le gouvernement Lecornu. Depuis, la ministre est restée en retrait des discussions de sa famille d’origine sur la présidentielle. Interrogée début janvier, elle a seulement souhaité que « LR pèse de tout son poids dans l’élection présidentielle ». Mais dans un contexte où une partie de la droite se montre gênée par les ambiguïtés de Bruno Retailleau vis-à-vis de l’extrême droite , la présence d’Annie Genevard à ce déjeuner visiblement orienté en faveur de « l’union des droites », selon l’expression que l’extrême droite tente d’imposer pour achever sa dédiabolisation, interroge.
« L’union de la droite et de l’extrême droite au plus haut niveau s’installe » , a ainsi cinglé la sénatrice PS Marie-Pierre de la Gontrie. Le sujet s’est même invité dans le compte rendu du Conseil des ministres. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a indiqué que « le gouvernement n’était pas au courant de la présence d’Annie Genevard au déjeuner (sic). En tout cas, moi je ne l’étais pas ». Elle a cependant tenté d’éteindre toute polémique, estimant qu’Annie Genevard avait agi « à titre personnel, individuel » et qu’elle était « libre de participer à des déjeuners et des diners avec qui elle le souhaite (...) dans les cadres de réflexions qu’elle souhaite ».
La participation d’Annie Genevard contraste cependant avec la consigne de Sébastien Lecornu qui a interdit à tous les membres de son gouvernement de s’impliquer dans la présidentielle. Sa présence aux côtés de Xenia Federova est d’autant plus problématique pour l’image du gouvernement que Maud Bregeon a condamné les « propos extrêmement graves » de la journaliste russe qui « inverse la charge de la preuve sur la Russie et l’Ukraine ». « C’est la Russie qui a envahi l’Ukraine (...) et certainement pas l’inverse. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’Annie Genevard partage ce point de vue » , a précisé Maud Bregeon.
L’intéressée n’a pas directement réagi. Dans Libération , son entourage s’est défendu en expliquant qu’il s’agissait « d’une invitation privée adressée par Stanislas de Lochner, organisateur des “dîners des bâtisseurs”. » « Ça fait longtemps qu’elle participait à cet événement où même des personnalités de gauche se rendent ( en référence au précédent de Marine Tondelier , ndlr) », ajoute-t-on de même source.
Annie Genevard « ne savait pas » que des personnalités aussi sulfureuses étaient également présentes, précise son équipe qui estime que sa participation « ne saurait être interprétée comme un soutien, une caution ou une validation des activités, positions ou initiatives des personnes présentes ».
