La langue de François Bayrou est décidément bien pendue. Neuf mois après avoir quitté Matignon, l’ancien Premier ministre charge tous les candidats à la présidentielle (dont il ne fait pas partie, après trois tentatives en 2002, en 2007 et en 2012). Invité de la matinale de France Inter ce mardi 16 juin, il a accusé ceux qui s’apprêtent à se lancer dans la course de faire de fausses promesses aux Français.
« Ce n’est plus une élection présidentielle, c’est l’Académie des menteurs de Moncrabeau » , a-t-il exprimé. Face à l’incompréhension des journalistes, le patron du MoDem a précisé que Moncrabeau (Lot-et-Garonne) est « un petit village gascon réputé depuis le XVIe siècle pour être la capitale des menteurs ». « Tous les ans, ils élisent le roi des menteurs » , a-t-il expliqué.
« Mais la présidentielle, ça ne peut pas être cette Académie des menteurs , a poursuivi l’ex-maire de Pau, qui a perdu son mandat aux dernières municipales après avoir été battu par Jérôme Marbot à la tête d’une liste de gauche. Or aujourd’hui tous ceux qui s’expriment promettent des trucs supplémentaires » . Ces « trucs supplémentaires » consistant, selon François Bayrou, en des dépenses supplémentaires. On se souvient que lors de son passage (éclair) à Matignon, il s’était fait une spécialité de dénoncer « la spirale de la dette » .
Il refuse de parler « d’obsession » (lui préférant le terme de « constance » ), mais François Bayrou reconnaît que la réduction de la dette est une de ses marottes depuis vingt ans. « C’est quelque chose de vital. Pas de secondaire ou d’anecdotique qu’on peut commenter avec le sourire, selon lui. Ça engage la vie du pays et ça impose que des responsables politiques courageux prennent les choses en main » . Manière de se donner le bon rôle, en se rangeant du côté de ceux qui ont eu « le courage » d’alerter. Mais aussi de rejeter la responsabilité sur d’autres, quand bien même la dette a atteint les 1000 milliards d’euros sous Emmanuel Macron dont il est un soutien majeur depuis 2017.
Pour l’heure, l’ancien Premier ministre ne soutient aucun candidat à la présidentielle. En près d’une demi-heure d’interview, il n’a mentionné qu’une seule fois le nom d’Édouard Philippe, pour ironiser sur sa volonté d’organiser des référendums. Mais n’a pas cité Gabriel Attal, pourtant lui aussi déclaré. Tout juste a-t-il reconnu « faire des nuances entre les uns et les autres » . Sans dire, par exemple, de qui il se sent le plus proche entre Édouard Philippe et François Hollande.
Auteur d’un nouveau livre intitulé Alerte sur la France qui vient (ed. de l’Observatoire), François Bayrou a expliqué pourquoi il ne comptait pas lui-même se lancer une quatrième fois dans la course à la présidentielle. « Si j’étais candidat, que penseraient les Français ? Ils penseraient que moi aussi je suis adhérent à ce parti, le TPMG (Tout pour ma gueule). Ils penseraient que c’est une déclaration de plus pour se mettre en valeur » , a-t-il déclaré.
Le MoDem, qu’il préside, participe à un comité de liaison avec les autres forces du « bloc central », parmi lesquelles Renaissance, Horizons et l’UDI. Gabriel Attal et Édouard Philippe paraissent bien déterminés à aller jusqu’au bout, mais admettent qu’il faudra à un moment se mettre d’accord si « le risque » d’un second tour entre le RN et La France insoumise est important. Le premier propose une primaire, quand le second s’y oppose fermement.
