Un homme de 47 ans comparaîtra le 7 juillet devant le tribunal judiciaire de Paris pour avoir administré un site diffusant des centaines de milliers de fausses images à caractère sexuel
Un informaticien âgé de 47 ans sera jugé le 7 juillet par le tribunal judiciaire de Paris, accusé d’avoir administré un site mettant en ligne des centaines de milliers de deepfakes - fausses images hyperréalistes - à caractère sexuel , a annoncé vendredi la procureure Laure Beccuau.
Dans un communiqué, la magistrate a précisé reprocher au prévenu d’avoir tenu un site, nommé CFake et créé en 2007, qui proposait « plus de 300 000 images et 7 000 vidéos, à raison d’environ 50 nouvelles mises en ligne par jour » pour « 200 000 comptes utilisateurs » et « près de 4 millions de vues par mois ». L’enquête, menée entre la France et les États-Unis, a comptabilisé 14 000 victimes présumées « originaires de tous pays », dont les photos ont été truquées.
« Ces montages numériques visaient à donner l’apparence d’images sexuelles de femmes célèbres, notamment des responsables politiques, des premières dames de plusieurs pays, des membres de familles royales, des journalistes, des présentatrices de télévision, des sportives, des artistes et d’autres personnalités », a précisé le ministère de la Justice aux États-Unis, qui évoque aussi le nom de domaine « SocFake ». « Le site permettait de naviguer via des mots-clés incluant des thèmes tels que « viol », « contrainte » et « dégradation » », poursuit le ministère américain dans un communiqué.
L’informaticien, « jusque-là inconnu de la justice » selon le parquet, est domicilié à Nice. Il a toutefois d’abord été repéré par la justice américaine, qui a alerté ses homologues français sur ce site, dont le serveur se trouvait aux États-Unis. « Ce dossier s’inscrit dans la continuité d’une coopération internationale régulière et fructueuse avec les autorités judiciaires américaines », s’est félicitée Laure Beccuau, rappelant « l’objectif du respect du droit et de la dignité des personnes, en ligne autant que dans la « vie réelle » ».
Cette affaire constitue « une victoire majeure dans la lutte contre la pornographie deepfake », a déclaré dans un communiqué le ministre américain de la Justice par intérim, Todd Blanche. Une loi américaine, promulguée par le président Donald Trump et promue par la Première dame, Melania Trump, obligeant les plateformes à supprimer les deepfakes à caractère sexuel, est entrée en vigueur en mai.
L’homme a été interpellé le 10 juin. À son domicile à Nice, les policiers ont saisi « 34,7 ethereum », une cryptomonnaie, équivalant ici à 48 521 euros, « correspondant aux revenus illicites perçus par la publicité » sur le site incriminé. L’informaticien a été présenté vendredi à un magistrat parisien.
Il comparaîtra le 7 juillet d’une part pour administration d’une plateforme en ligne permettant des transactions illicites, ce qui lui fait encourir jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 500 000 euros d’amende. Il sera aussi jugé pour diffusion d’un montage ou contenu généré par traitement algorithmique à caractère sexuel reproduisant l’image ou les paroles d’une personne sans son consentement. Pour ce chef, il encourt jusqu’à deux ans d’emprisonnement, 60 000 euros d’amende, ou jusqu’à trois ans et 75 000 euros d’amende en cas de diffusion par moyen de communication en ligne.
