Connaissez-vous le montant des indemnités de votre maire et de ses adjoints ? L’enveloppe mensuelle oscille entre 0 et 6 000 euros dans les 100 plus grandes villes du Sud-Ouest. Curieusement, le maire de Bordeaux n’est pas en tête du classement. Explications
U n tableau a été mis en ligne sur sudouest.fr. On y retrouve le montant mensuel des 100 plus grosses communes du Sud-Ouest. Mettons fin au suspense : mis à part Lormont, où le maire refuse de toucher des indemnités, aucun maire ne passe ses journées à l’hôtel de ville sans contrepartie financière. Les maires perçoivent des indemnités de fonction allant de 1 000 à 6 000 euros par mois. La divulgation de ces enveloppes n’a rien d’un crime de lèse-majesté. Tout citoyen peut retrouver ces informations en décortiquant les délibérations du conseil municipal et les comptes administratifs.
« Attention à la démagogie ! » Malgré cette transparence, l’évocation des chiffres met encore des élus mal à l’aise. « Il faut mettre en face des chiffres le nombre d’heures passées sur le terrain. Ces indemnités sont largement justifiées », met en garde un maire de la métropole bordelaise, en relativisant la portée de ces révélations sonnantes et trébuchantes : « Aucun contribuable n’est venu me voir en disant que je gagnais trop. »
Les élus craignent une utilisation malsaine des sommes affichées, preuve que les braises de la campagne électorale sont encore chaudes. C’est le « jeu » politique, mais les perdants n’hésitent pas à souffler dessus pour régler leurs comptes. C’est le cas par exemple à Saint-Savin (33) , à Périgueux ou à Salies-de-Béarn (64).
Le vote des indemnités est strictement encadré. Il se déroule généralement sans effusion dans les communes les moins peuplées : entre 500 et 1 000 habitants, le maire ne perçoit pas davantage que le smic mensuel brut (1 821 euros). L’indemnité de la poignée d’adjoints est inférieure à 500 euros.
Ces montants évoluent à la hausse selon les strates de population des communes. Ils peuvent aussi être modulés à la baisse pour une distribution plus égalitaire entre le maire, les adjoints, les conseillers délégués et les « simples » conseillers municipaux, de la majorité ou de l’opposition. À Lormont, Philippe Quertinmont a choisi de renoncer à ses indemnités de maire « pour que son équipe soit mieux indemnisée ». Le Girondin touche quand même des indemnités au Département et à la Métropole en plus de sa pension de retraite.
Surprise dans le top 10 : on ne retrouve pas le maire de Bordeaux (4 081 euros brut par mois). Une incongruité quand on sait que le plafond est de 6 000 euros pour les communes de plus de 100 000 habitants. Thomas Cazenave n’a pas poussé le curseur plus haut pour éviter une rupture avec son prédécesseur Pierre Hurmic. Un choix politique indolore, puisque l’ex-ministre a pris les rênes de Bordeaux Métropole où ses indemnités sont fixées à 5 836 euros brut. Règle du plafonnement oblige, il ne pourra même pas toucher à la totalité de cette dernière enveloppe. Un élu local ne peut pas percevoir, au titre de l’ensemble de ses mandats, plus de 8 900 euros brut par mois. Le surplus est écrêté et revient dans le budget de la collectivité. L’époque où certains grands élus locaux gagnaient davantage que des ministres est bien révolue.
Dans le top 5, on note la présence des maires de Dax (6 186 euros), La Rochelle (5 590 euros), Libourne (5 220 euros), Mérignac (5 200 euros) et Gujan-Mestras (5 180 euros). Le maire de Pau arrive à la 12 e place, Arcachon à la 20 e , Périgueux à la 23 e . Les élus peuvent appliquer des majorations dans certains cas : chef-lieu de canton ou d’arrondissement, bureau central de vote, station touristique, etc. Parmi les 100 villes les plus peuplées, un maire sur deux perçoit moins de 2 779 euros par mois.
En tête du classement, le maire de Dax (40), Julien Dubois, rappelle qu’il est aussi conseiller départemental et président de l’Agglomération. « Je touche le plafond légal, mes indemnités sont écrêtées », confirme-t-il, avant de préciser qu’il gagnait davantage quand il était dirigeant d’entreprise.
Certains édiles jouent encore au jeu du chat et de la souris en ne publiant que « les pourcentages de l’indice brut terminal de la fonction publique ». « Le système des indemnités est parfaitement transparent, nous n’avons rien à cacher », rappellent les intéressés. Le mécanisme des frais de fonction est plus complexe. Le panel est assez large : déplacement, garde d’enfant (en cas de réunions tardives), formation, représentation, etc. L’encadrement est longtemps resté flou. Mais l’arsenal législatif et la jurisprudence se sont considérablement durcis depuis l’entrée en vigueur de la réforme du statut de l’élu local début 2026.
« Les maires ne rêvent pas d’aller au restaurant ou de dormir dans des hôtels. Surtout, il faut justifier chaque dépense », rétorque un maire girondin. Tous les administrés peuvent demander à leur mairie la liste des frais de représentation. En cas de refus, ils peuvent saisir la commission d’accès aux documents administratifs (Cada).
