Dernier jour d’audience avant le réquisitoire et les plaidoiries de la défense. Yassine El Azizi a essuyé un feu roulant de questions portant sur les faits. Il a maintenu ne pas avoir vu la militaire avant de la percuter mortellement
Le sixième jour du procès en appel de Yassine El Azizi s’est ouvert ce lundi 8 juin à Auch selon une configuration singulière : un autre magistrat, Claude Derens, avait pris la place de l’avocat général Pierre Sennès, qui a dû, comme tous les procureurs généraux de France, se rendre à la Chancellerie pour répondre à la convocation de Gérald Darmanin dans le cadre de l...
Le sixième jour du procès en appel de Yassine El Azizi s’est ouvert ce lundi 8 juin à Auch selon une configuration singulière : un autre magistrat, Claude Derens, avait pris la place de l’avocat général Pierre Sennès, qui a dû, comme tous les procureurs généraux de France, se rendre à la Chancellerie pour répondre à la convocation de Gérald Darmanin dans le cadre de l’affaire Lyhanna. Le procureur général d’Agen, qui compte dans son ressort le Gers, sera de retour ce mardi 9 juin pour faire ses réquisitions. Son remplaçant, qui a découvert le dossier en urgence ce week-end, ne s’est toutefois pas planqué. Claude Derens y est allé de ses questions à l’accusé, responsable de la mort de Mélanie Lemée le 4 juillet 2020, avec la conviction que Yassine El Azizi ne peut pas ne pas avoir vu la gendarme sur le barrage de Port-Sainte-Marie (47) ce soir-là.
L’enjeu n’est pas neutre, car si le chauffard engagé ce soir-là sur la D 813 à plus de 130 km/h dans une course-poursuite pour échapper à une interpellation n’est pas renvoyé pour homicide volontaire, faut-il encore que le ministère public convainque les jurés que le Tonneinquais a foncé délibérément vers la gendarme pour forcer le barrage pour coller à l’accusation de « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
Tout le long de cet ultime interrogatoire qui aura duré plus de trois heures, Yassine El Azizi n’a pas varié de version : « Vous aimeriez faire de moi un assassin, mais la vérité c’est que je ne l’ai pas vue. J’étais à 150 km/h, cela a duré deux secondes, l’espace d’un clin d’œil », n’a-t-il cessé de rétorquer, très combatif dans le box. « Ce soir-là, mon comportement est inadmissible. Je n’avais dormi qu’une heure, j’étais sous l’effet de la drogue. Je ne cherche pas à nier ma responsabilité dans ce drame. Mais la vérité, c’est que je ne l’ai pas vue sur le barrage. Jusqu’alors, j’avais toujours évité les obstacles. J’aurais préféré foncer dans un mur que dans un être humain. Je ne suis pas un meurtrier », martèle-t-il.
M e Bellandi et M e Delmouly ne le croient pas, avec à l’appui ses déclarations spontanées dans les premières heures de sa garde à vue, au petit matin du 5 juillet 2020. « Vous dites aux enquêteurs que vous avez vu la gendarme reculer », livre M e Bellandi. « Il est impossible que les gendarmes aient pu vous souffler ce genre de détails », appuie-t-il. « C’est n’importe quoi ! J’étais confus, se défend El Azizi. J’essayais de reconstituer l’accident avec les éléments que me livraient les gendarmes. »
Sur les bancs de la défense, la tension monte. M es Martial et Casellas montent au créneau. « À dix reprises dans sa restitution, l’expert en accidentologie parle d’‘‘un accident’’, rappelle M e Martial. Quant à la garde à vue, on sait que ce n’est pas rien. Il y a la douleur et la violence verbale. Combien sont-ils à avoir fait des aveux immédiats pour que cela cesse, avant de revenir dessus ? » La défense plaidera ce mardi l’homicide involontaire. Yassine El Azizi avait été condamné en première instance à Agen à trente ans de réclusion.
