Emmanuel Macron n’a pas eu un mot sur la canicule inédite qui a fait suffoquer l’Hexagone, ni sur la meilleure façon de l’affronter. Tout juste a-t-il évoqué le « phénomène météorologique » en cours lors d’un discours mardi, à l’occasion de la réception à l’Élysée de « l’équipe de France de l’électrification » . Pourtant, l’épisode de chaleur mérite d’être commenté : il est sans précédent pour un mois de mai, avec un thermomètre qui a affiché jusqu’à 39 °C dans l’Aude .
Face à ces températures anormales, les climatologues estiment qu’il est indispensable de s’adapter au climat du futur. De nombreux secteurs doivent être repensés, qu’il s’agisse du logement, de l’école, des transports, du travail ou encore des loisirs. Et de ce point de vue, les neuf ans au pouvoir d’Emmanuel Macron ont du mal à convaincre.
Concernant la vague de chaleur qui vient de frapper la France, la secrétaire générale des Écologistes, Marine Tondelier, critique « l’impréparation » du gouvernement. Elle se dit même « effarée » que l’exécutif ait été surpris par l’épisode caniculaire, alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu n’a réuni ses ministres que jeudi, soit plusieurs jours après le début de la vague de chaleur.
Sur BFMTV, l’élue du Pas-de-Calais s’est indignée qu’aucune mesure n’ait par exemple été prise pour protéger les travailleurs particulièrement exposés. Un jeune charpentier de 19 ans est ainsi mort dans la Drôme, après avoir travaillé sur un toit par plus de 31 °C. C’est pourquoi Marine Tondelier a proposé la mise en place d’un congé climatique. « C’est à ça que doivent servir les gouvernements, et singulièrement les ministres du Travail. Ça n’a pas été fait en France, c’est une faute politique, c’est irresponsable. Les solutions existent pourtant » , cingle-t-elle. Même constat pour Mathilde Panot, la présidente du groupe LFI à l’Assemblée, pour qui la « macronie » est « incapable de répondre à l’enjeu de notre siècle » .
En mars 2025, le gouvernement avait pourtant présenté son troisième plan national d’adaptation au changement climatique avec, à la clé, une cinquantaine de mesures, qui concernaient notamment l’indemnisation en cas de catastrophe, la prévention des risques ou l’agriculture. 80 % d’entre elles auraient été mises en place, selon l’exécutif.
Ce plan n’est toutefois pas exempt de critiques. « Il n’est pas encore à la hauteur des enjeux » , assure auprès de l’AFP Vincent Viguié, économiste spécialisé dans le climat et l’environnement. Selon lui, « c’est un plan qui pose beaucoup de diagnostics mais il y a très peu de mesures, notamment de mesures budgétées » . Mediapart parle de « rendez-vous manqué » , les mesures étant principalement présentées sous forme de « to-do list ».
En retour, Sébastien Lecornu estime que ce n’est pas à l’État de tout gérer ; les établissements scolaires relevant par exemple des collectivités. Lesquelles sont en réalité incapables de répondre toutes seules aux enjeux d’adaptation. « Rien de réellement structurant n’a été prévu dans le plan pour soutenir financièrement l’adaptation , pointe Robin Ehl, chargé de campagne pour Oxfam France, auprès de Mediapart . L’État ne compense pas les surcoûts engendrés pour les communes ».
Autre secteur particulièrement inadapté en France aux fortes chaleurs, celui des transports. Toute la semaine, des passagers ont notamment éprouvé les limites du système ferroviaire français lorsque le thermomètre dépasse les 35 °C. Trains annulés ou retardés, absence de climatisation… Voilà qui pose la question de l’investissement de l’État dans le train, autant que l’adaptation des infrastructures (rails, caténaires, équipements électriques…). Des chantiers qui prennent du temps et qui coûtent très cher. Le PDG de la SNCF Jean Castex a promis lundi qu’un « vaste plan d’anticipation des changements climatiques » est en cours.
La rénovation thermique des écoles est un autre sujet brûlant pour le gouvernement. Certaines ayant été construites il y a plusieurs décennies, elles ne sont pas adaptées aux températures actuelles. Là encore, les idées ne manquent pas (ombrage, végétalisation, double vitrage, volets…), encore faut-il mettre les moyens pour y parvenir.
En 2023, Emmanuel Macron avait promis ces rénovations pour 40 000 écoles. Mais Marine Tondelier juge qu’au rythme où les travaux ont commencé, « il faudra trois siècles » pour en arriver à bout. « C’est une situation aberrante , dénonce-t-elle. On sait que les canicules vont se multiplier, et on ne fait rien » . Plusieurs syndicats d’enseignants alertent eux aussi. Alia Kassab, représentante de la FSU dans le Val-de-Marne, estime à France 3 qu’il est nécessaire de disposer d’ « un vrai budget et une vraie visibilité ».
Est-ce la faute du gouvernement, qui n’a pas mis les moyens nécessaires ou suffisamment anticipé ces travaux ? Pour l’ancienne ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, interrogée sur franceinfo, ces critiques sont infondées. « On est en train de mettre sur le compte du gouvernement, quand il fait chaud, et quand il fait froid. C’est un petit peu ridicule » , affirme-t-elle. Selon elle, les chiffres présentés par Marine Tondelier « sont parfaitement fantaisistes » puisque « plus de 6 500 écoles ont été rénovées » .
Un outil a été lancé en 2023 par Emmanuel Macron pour aider les collectivités (notamment les communes) à financer les travaux d’adaptation au dérèglement climatique : le « Fonds vert ». Problème : les subventions n’ont cessé de baisser. En 2023, ce fonds a versé 2 milliards d’euros de subventions, puis seulement 1,15 milliard en 2025, selon les chiffres dévoilés par Les Échos .
La France a-t-elle relevé le défi de l’adaptation aux fortes chaleurs ? Non, répond aussi la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte dans les colonnes de l’Humanité . « L’adaptation demande d’agir. Il faut végétaliser, améliorer le confort thermique des bâtiments. Ce n’est pas ce qui est fait » , défend-elle. L’ancienne coprésidente du groupe 1 du GIEC pointe que les gouvernements successifs se sont contentés de « petits gestes sans engager de changements structurants » .
« Le signal global, ce sont des moyens à la baisse, ce n’est pas à la hauteur du sujet , estime aussi Vivian Dépoues, de l’Institut de l’économie pour le climat, auprès du Monde . On voit qu’en termes de capacité du politique à penser ces questions-là, on n’est pas dans un moment de forte mobilisation pour le dire poliment ». Le sujet trouvera forcément sa place dans la campagne présidentielle qui s’ouvre.
