Le gouvernement veut encadrer davantage les diagnostiqueurs immobiliers, au cœur des tensions autour du DPE. Une filière éclatée, critiquée et qui cherche à restaurer la confiance.
« Il faut qu’on arrive à ce que les vilains petits canards soient éliminés. » Ce jeudi 21 mai, Vincent Jeanbrun , le ministre du Logement, a donné le ton devant des professionnels du secteur réunis pour les premières « Assises du diagnostic immobilier » . La filière, composée d’environ 13 000 opérateurs, est scrutée de près. Alors que l’étiquette du diagnostic de performance énergétique (DPE) est devenue centrale ces dernières années sur le marché immobilier, le métier de diagnostiqueur s’est peu à peu retrouvé au centre de nombreuses polémiques.
Dès son discours d’ouverture, le ministre a tenté de ménager la profession, tout en assumant la nécessité de faire le tri. Les diagnostiqueurs ont « un rôle majeur, parfois mal compris » , souligne Vincent Jeanbrun, regrettant le « diagnostiqueur-bashing » à l’œuvre selon lui. Le ministre propose ainsi la création d’une charte de déontologie pour la profession, afin notamment de fiabiliser le DPE.
S’il est loin d’être le seul diagnostic réalisé par ces professionnels, le DPE concentre le plus de tensions. Car pour un propriétaire, le statut de passoire thermique (un DPE noté F ou G) est souvent synonyme d’ une forte décote . Selon les notaires de France, en 2024, un bien noté G se vendait 12 % moins cher qu’un appartement classé D, et jusqu’à 25 % de moins pour une maison. Il est de plus interdit de le mettre en location.
Dans le même temps, la profession n’a pas été épargnée par les critiques. Fin 2024, une étude de la start-up Krno a fait l’effet d’une petite bombe : d’après l’entreprise, près de 1,3 million de logements auraient reçu un DPE surestimé. Une publication vivement contestée par les organisations professionnelles, mais qui a contribué à remettre le sujet sur la table. Quelques mois plus tard, la Cour des comptes a, elle aussi, appelé à des réformes rapides de la filière.
En 2025, l’ex-ministre Valérie Létard a lancé un « plan de restauration de la confiance » dans le DPE. En plus de contrôles plus fréquents, tout diagnostiqueur réalisant plus de 1 000 DPE en l’espace d’un an peut désormais faire l’objet d’une suspension. De nouvelles règles qui agacent une partie de la profession présente ce jeudi après-midi. « Si je suis suspendu 18 mois, comment je nourris ma famille ? » , lance un diagnostiqueur présent dans la salle. « On met sa carrière professionnelle en jeu à chaque contrôle » , regrette un autre.
Mais les diagnostiqueurs ne parlent pas tous d’une même voix. Ce jeudi après-midi, pas moins de huit représentants d’organisations professionnelles étaient invités à s’exprimer. Si tous semblent d’accord pour créer une instance représentative unique, des tensions ressortent rapidement dès qu’on entre dans les détails. « Nous n’avons pas tous la même définition de ce métier » , tacle Patrick Gombaud, président de l’Organisation nationale d’éthique du diagnostic immobilier (ONEDI). « Il y a des gens ici qui ne sont pas forcément représentatifs » , assène de son côté Lionel Janot, président de l’Alliance du diagnostic immobilier (ADI).
Derrière la question technique du DPE, c’est donc une bataille de gouvernance qui se dessine. Faut-il créer un ordre professionnel, un « quasi-ordre » ou une instance représentative unique ? Le député EPR Daniel Labaronne, chargé d’une mission sur le sujet, a rappelé que les pouvoirs publics avaient besoin d’un interlocuteur unique, capable de représenter une profession éclatée entre indépendants, réseaux, bureaux d’études et organismes de formation.
L’État veut donc fiabiliser un outil devenu incontournable pour la transition énergétique et le marché immobilier, sans donner le sentiment de sanctionner toute une profession. Les diagnostiqueurs, eux, veulent à tout prix s’ôter l’étiquette d’une profession entachée par les fraudes. Le ministre souhaite réunir à nouveau les professionnels d’ici deux mois.
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