Six mille deux cent quarante-cinq kilomètres séparent Paris de Kigali. S’il est vrai que la distance physique entre les deux capitales est longue, force est de reconnaître qu’elles sont de plus en plus diplomatiquement très proches l’une de l’autre. Les épais nuages qui assombrissaient leurs relations se sont dissipés, et ce depuis l’arrivée au pouvoir du président Emmanuel Macron.
En effet, c’est ce dernier qui a lancé un “processus mémoriel et de réconciliation” entre son pays et celui de Paul Kagame. Tout a commencé, en effet, avec le rapport de l’historien Vincent Duclert [en 2019, Emmanuel Macron a créé une commission dont le rapport, remis en 2021, entendait faire la lumière sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda], dont les conclusions, on s’en souvient, étaient sans appel. Elles pointaient la responsabilité “accablante” de la France dans le génocide rwandais de 1994 .
Toute chose qui n’était pas pour déplaire à l’homme mince de Kigali [surnom de Kagame], surtout qu’en mai 2021 le président Macron, en visite au mémorial national de Gisozi, à Kigali, avait reconnu le rôle joué par la France dans la boucherie humaine qui a marqué l’histoire contemporaine du Rwanda. Et comme s’il voulait davantage se rapprocher de Kigali, Paris a inauguré, le 2 juin 2026, un nouveau mémorial en hommage aux victimes du génocide rwandais.
Trente-deux après le génocide contre les Tutsi rwandais, Paris et Kigali se rapprochent aussi sur les bords de Seine, lieu d’érection du mémorial. Lors de l’inauguration du lieu, Paul Kagame a livré un discours que reprend notamment le quotidien rwandais The New Times . Pour le président rwandais, ce mémorial “ témoignera du respect porté à la dignité des Rwandais et à [leur] histoire”.
Il est notamment revenu sur le rôle de la France lors de ce génocide qui a fait “plus de 1 million de morts en cent jours”, estimant que, si certains désaccords persistaient entre les deux pays concernant les faits historiques, “le processus de reconnaissance de la vérité était en cours”.
De son côté, Emmanuel Macron a décrit la commémoration comme l’aboutissement d’un long processus, rappelant que dès 2021, à Kigali, il avait “reconnu au nom de la France les responsabilités […] dans un engrenage qui a conduit au génocide des Tutsi”.
Un nouveau geste mémoriel qui constitue un nouveau pas vers la décrispation entre la France et le Rwanda. Le jeu en valant, ici, la chandelle, on comprend pourquoi le président Kagame n’a pas voulu s’en laisser conter. Il a tenu à faire lui-même le déplacement [à] Paris.
En tout cas, le président Emmanuel Macron voudrait sceller la réconciliation avec son homologue rwandais qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Surtout quand on connaît les efforts qu’a fournis la France en vue de traquer, juger et condamner les génocidaires rwandais sur son sol.
Le dernier cas en date est celui d’Agathe Habyarimana [veuve du président rwandais Juvénal Habyarimana, elle est accusée par le pouvoir rwandais de complicité de génocide. Réfugiée en France, elle est également poursuivie par son pays], dont le non-lieu a été annulé par la Cour d’appel de Paris qui, du même coup, a ordonné la reprise de l’instruction. C’est dire si l’ex-première dame du Rwanda doit se faire du mouron. Car, d’un moment à l’autre, elle pourrait être mise en examen par son rôle présumé dans le génocide.
Là aussi, on sait que Kigali suit très attentivement l’évolution du dossier ; [lui] qui, on le sait, souhaiterait voir l’ex-égérie pendue haut et court. En tout cas, tout se passe comme si le président, Emmanuel Macron, avant de s’en aller de l’Élysée, cherchait à sauver ce qui peut l’être encore, notamment en soignant l’image mal famée que l’on colle à la France, accusée d’ingérences dans les affaires internes des pays africains.
On se rappelle, en effet, du vote de la loi [du 9 mai 2026] portant sur la restitution des œuvres d’art volées ou pillées pendant la colonisation française en Afrique. Toute chose que les uns et les autres ont appréciée à sa juste valeur, même si certains y ont trouvé à redire. Et pas plus tard que la semaine dernière, la France a procédé à l’abrogation du Code noir, promulgué aux XVII e et XVIII e siècles, et dont l’objectif était de codifier les conditions de vie, le statut juridique et le traitement des esclaves dans les colonies françaises.
Quand on sait que la France est en perte de vitesse sur le continent noir, l’on a envie de dire que Macron semble engagé dans une opération de séduction des Africains avant de tourner le dos à l’Élysée. Y parviendra-t-il ? On attend de voir.
La guerre des statues des suprémacistes hindous