L e mois de mai s’achève. D’ordinaire, il nous apparaît comme celui du renouveau et de la gaieté. Le printemps est durablement installé, les jours rallongent notablement, le vert gagne les villes et les campagnes, la multiplication des jours fériés nous octroie des ponts qui ressemblent à des aqueducs, les terrasses débordent, la Fête des mères réunit les familles. Mais qu’en a-t-il été de ce mois de mai 2026 ?
L’étrange guerre menée par l’erratique président américain en Iran a propulsé le prix du litre d’essence...
L’étrange guerre menée par l’erratique président américain en Iran a propulsé le prix du litre d’essence bien au-delà des deux euros , grevant douloureusement le pouvoir d’achat, notamment des moins favorisés, mettant en péril ceux qui n’ont pas d’autre choix que de conduire pour exercer leur métier, obligeant le gouvernement à dépenser un argent qu’il n’a pas. On n’avait pas vraiment besoin de ça.
L’hantavirus , qui nous était inconnu jusqu’alors et qui a jailli tel un diable de sa boîte à l’occasion d’une croisière lointaine, a occupé toutes les gazettes et toutes les conversations pendant quinze jours, rameutant les mauvais souvenirs du Covid et les scientifiques perdus de vue, provoquant un début de panique et le réveil pavlovien des complotistes. Avant de plier bagage ou presque, comme par enchantement.
Une canicule s’est abattue sur le pays . On nous a assuré qu’elle était « exceptionnelle » tant elle était prématurée. Mais qui n’a pas compris qu’il nous faudrait nous habituer aux températures extrêmes et aux variations extravagantes ? Ah oui, ceux qui insultent et menacent les présentateurs météo, ceux pour qui le dérèglement climatique est une « fake news ».
Un chanteur célèbre a été accusé de violences sexuelles par une trentaine de femmes, huit plaintes ont été déposées contre lui. Niant les faits, l’intéressé a continué de se produire sur scène comme si de rien n’était, avant de se résoudre à annuler ses concerts jusqu’en septembre. Il espère nous « retrouver quand la justice aura prouvé son innocence. » Mais s’il est effectivement innocent, cela signifierait que trente femmes, qui ne se connaissent pas, se sont donc concertées et ont décidé, toutes ensemble, de mentir. Ce serait une première.
Le garde des Sceaux a présenté une réforme visant à instaurer le plaider-coupable, avec à la clé des peines réduites, afin de désengorger les tribunaux. Une femme, comédienne de son état, Muriel Robin, a pris la parole publiquement pour expliquer qu’une telle procédure « permettrait à un violeur de négocier sa peine dans le bureau d’un juge sans procès, en échange d’un aveu ». Avant d’ajouter : « Mais un viol ça ne se négocie pas, ça se juge. Les victimes n’ont pas besoin d’une justice plus rapide, mais d’une justice à la hauteur. » Le ministre a aussitôt rétropédalé. L’aurait-il fait sans cette interpellation ?
Un dirigeant de chaîne cryptée a décidé de punir des artistes parce que ceux-ci ont exprimé une opinion qui lui a déplu. Il ne les financera plus, a-t-il martelé. Oubliant au passage que ledit financement n’est pas une expression de sa bonté supposée mais une obligation légale, pas un cadeau mais une simple avance sur les recettes que lui rendront ses abonnés. Il a donc établi une liste noire. Il vient d’être assigné en justice pour discrimination par la Ligue des droits de l’homme.
Un journaliste (ou un journaleux ?) a fait de pseudo-révélations dans un livre opportuniste au sujet de la première dame et de son mari. Il s’est en réalité contenté de colporter d’anciennes rumeurs, comme au café du commerce, en assurant qu’elles étaient corroborées par des sources évidemment anonymes. La vérité attendra. La dignité aussi.
Un élu RN, vice-président d’une grande métropole française, a été débusqué par un site d’information qui l’a accusé d’être l’auteur d’un compte Facebook raciste, homophobe et sexiste (la totale). Pris la main dans le sac, il s’est résigné à démissionner. Sans cette révélation, il serait toujours en fonction.
Bref, la sottise, l’indécence et l’intolérance se portent mieux que jamais. Et en sautoir.
Dimanche prochain, la chronique de Belinda Cannone.
