Jean Peyrelevade, ancien président du Crédit lyonnais et auteur de "La France : du populisme au chaos" aux éditions Odile Jacob, était l’invité de Tout est politique sur franceinfo, samedi 30 mai.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
France Télévisions : Grand banquier, ancien patron du Crédit lyonnais, de Suez, polytechnicien, économiste, vous signez un livre coup de poing, à la fois très dur, très sombre, mais pas désespéré, "La France : du populisme au chaos" aux éditions Odile Jacob. Dès l'introduction, vous êtes catégorique et alarmiste, vous dites qu'il faut être agressif pour être enfin entendu. La démocratie française est-elle menacée de disparition aujourd'hui ?
Jean Peyrelevade, ancien président du Crédit lyonnais et auteur de La France : du populisme au chaos aux éditions Odile Jacob : Je pense que ce qu'on voit aujourd'hui, c'est la montée des extrêmes. Et je constate que l'une des hypothèses, pas complètement stupide, c'est un second tour opposant [Jean-Luc] Mélenchon au Rassemblement national. C'est le résumé de l'évolution de la politique française.
Vous dites que "si nous ne défendons pas la démocratie, elle va céder la place à un pouvoir quel qu'il soit, de plus en plus dictatorial".
Si vous prenez les deux extrêmes, ils ont un point commun, parmi d'autres, c'est qu'ils veulent détruire l'État de droit. La polémique contre le Conseil constitutionnel s'étend au-delà même du Rassemblement national. M. Retailleau a dit la même chose. C'est ce qui est complètement stupide. Et le fait que nous ayons besoin d'un État de droit avec un Conseil constitutionnel qui vérifie à chaque fois si les règles fondamentales de la Déclaration des Droits de l'Homme sont respectées, ou non, l'extrême droite s'en fiche, l'extrême gauche aussi. Et donc nous avons un État de droit qui est potentiellement de plus en plus menacé.
Est-ce que l'économie française est au bord du chaos ? Quel est votre diagnostic ?
Il y a deux diagnostics très différents. Le premier, le plus urgent, celui qui arrive à court terme, celui qui risque de se manifester dès le lendemain de l'élection présidentielle, si, conformément à mon pronostic, c'est le Rassemblement national qui est élu, c'est l'effondrement des finances publiques, la dette publique française, plus de 3 000 milliards d'euros.
Mais vous dites vous-même que ce mal ne se manifeste pas encore parce qu'il y a une épargne énorme dans le monde et que la France reste un risque supportable pour les épargnants.
Oui, mais ce qui commence à se passer déjà, et qui est accéléré d'ailleurs par la politique internationale de Donald Trump, c'est la montée des taux d'intérêt de manière générale, et en particulier une montée un peu plus rapide des taux d'intérêt français. Donc il faut bien voir qu'aujourd'hui, l'augmentation des taux d'intérêt et le renouvellement de la dette font que la dette nous coûte une petite dizaine de milliards d'euros de plus par an.
Avec un risque d'attaque des marchés financiers ?
Le risque, c'est celui qui s'est manifesté à plusieurs reprises. On l'a oublié, mais il y a un gouvernement travailliste en Grande-Bretagne qui a été obligé d'aller s'adresser au FMI. Ce qui va se passer, c'est que vous avez la moitié de la dette qui est détenue par des étrangers, qui se fichent de savoir qui est élu à la présidentielle, mais qui vont regarder immédiatement ce qui est proposé pour réduire le déficit. Et comme il n'y a rien qui réduise le déficit chez [Jean-Luc] Mélenchon, au contraire, et rien qui le réduise chez le Rassemblement national, au contraire aussi, même si c'est sous une forme plus gentille, plus aimable, qui d'ailleurs fait qu'ils ont plus de chances d'être élus, les prêteurs vont s'en rendre compte très vite.
Donc on est un an avant une potentielle faillite démocratique, quasiment faillite économique.
Expliquez-nous, sans jouer forcément les plus grands alarmistes, ce qui peut se passer ? C'est le scénario à la grecque, le scénario à l'italienne.
Pareil, c'est le même scénario. Les prêteurs étrangers, à un certain moment, mettent des conditions pour continuer à prêter. Donc vous êtes obligé de vous adresser auprès des gens qui peuvent vous aider, c'est-à-dire la Banque centrale européenne, nos partenaires européens, éventuellement le FMI. Vous allez leur dire ‘j'ai besoin que vous me prêtiez de l'argent pour remplacer les prêteurs étrangers qui ne veulent plus me prêter’. Le FMI et/ou la Banque centrale européenne et nos partenaires européens diront ‘oui, on vous prête’, mais ‘voilà les conditions’.
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