Sale temps pour les voyageurs de la SCNF. Retards en cascade, trains bloqués sans climatisation, correspondances ratées : la semaine a été particulièrement éprouvante pour des milliers de passagers. Et la situation reste tendue sur de nombreuses lignes ce vendredi 29 mai.
Plusieurs TGV affichent encore plus d’une heure de retard, notamment sur les axes Paris – Toulouse, Lyon – Paris ou Lille – Marseille. Les lignes de TER ne sont pas épargnées, avec des retards qui se comptent en dizaines de minutes. Et dans certains cas, des trains ont tout simplement été annulés. En cause : la canicule, qui met à rude épreuve le réseau SNCF vieillissant.
Or, la situation actuelle risque malheureusement de se répéter et même de s’aggraver au cours des prochaines années. En effet, la France anticipe un réchauffement moyen de 2,7 °C en 2050 et de 4 °C en 2100 , par rapport aux niveaux préindustriels.
Concrètement, cela signifie « jusqu’à deux mois de canicule par an » , selon le gouvernement. Les épisodes caniculaires doivent non seulement se multiplier mais aussi s’intensifier et s’allonger. Dans ce contexte, comprendre pourquoi le réseau ferroviaire est autant mis en difficulté par la chaleur devient urgent, d’autant plus que le train reste l’un des modes de transport les moins émetteurs de CO₂ à disposition des Français.
La chaleur pose d’abord problème aux rails. Composés à 95 % d’acier, ils se dilatent quand la température monte et peuvent se déformer. Par exemple, lorsque le thermomètre extérieur atteint 37 °C, la température des rails peut grimper jusqu’à environ 55 °C, précise la SNCF . Dans ces conditions, les rails « se dilatent et s’allongent », et il devient impératif de faire ralentir certains trains, ce qui peut entraîner plusieurs perturbations.
Même risque du côté des caténaires, ces câbles qui alimentent les trains en électricité. Fabriqués en cuivre, ils se dilatent aussi lors des fortes chaleurs . Le câble se détend et peut s’affaisser. Or, pour fonctionner correctement, les câbles d’alimentation électrique doivent être « impérativement rectilignes » , explique la SNCF. S’ils se relâchent, les trains risquent de les endommager, voire de les arracher en circulant. Là encore, la réponse consiste à ralentir la circulation. « La situation redevient normale lorsque la température baisse » , indique l’entreprise.
Au-delà des infrastructures, les trains eux-mêmes sont mis à rude épreuve lors des canicules. « Les composants électriques et électroniques des trains ont une température naturellement élevée », explique la SNCF. « En l’augmentant encore, les fortes chaleurs peuvent entraîner des dérèglements ou des pannes, notamment en cas de faiblesse du système de climatisation présent dans le train ».
Certains trains sont plus fragiles que d’autres. C’est le cas de rames Corail, datant des années 80, qui n’ont pas été conçues pour supporter de telles températures. « Leur conception ancienne ne leur assure pas la même robustesse que celle des trains plus récents dans certaines conditions météorologiques comme celles rencontrées actuellement » , a précisé la SNCF. Résultat : plusieurs trains ont été annulés ces derniers jours.
Par ailleurs, cette canicule exceptionnellement précoce a pris de court la compagnie ferroviaire. La campagne de révision de ces rames Corail, lancée il y a deux mois, n’a pas encore été finalisée, relève France Info . De quoi expliquer davantage la pagaille vécue cette semaine.
Que faire alors pour maintenir un réseau ferroviaire à la hauteur du changement climatique ? Adapter les infrastructures, d’abord : rails, caténaires, équipements électriques… Tout ce qui est aujourd’hui fragilisé par les fortes chaleurs. Mais ces chantiers prennent du temps et coûtent très cher. « Pour renouveler l'ensemble du réseau, on n’aurait non pas besoin de cinq ou dix ans, mais bien de soixante ans » , a ainsi estimé Patricia Pérennes, économiste spécialiste du transport ferroviaire pour le cabinet Trans-missions, dans une interview à Ouest France.
Ces chantiers supposent des choix politiques clairs sur l’avenir du rail en France, et une volonté assumée d'investir dans le train. Le PDG de la SNCF, Jean Castex, a assuré ce lundi qu’un « vaste plan d’anticipation des changements climatiques » est en cours, « qui ne concerne pas que la canicule, mais aussi les glissements de terrain et les inondations » . Le groupe ferroviaire évoque notamment des solutions ciblées, comme la peinture en blanc ou couleurs claire des trains et de certaines infrastructures.
Dans l’immédiat, la SNCF se contente de distribuer des bouteilles d’eau aux voyageurs et d’installer des fontaines dans ses gares. En cas de forte chaleur, la surveillance du réseau ferroviaire est aussi renforcée, notamment pour suivre la température des rails, équipés de sondes.
Mais la solution principale reste celle de ralentir le trafic. Une réponse nécessaire pour éviter les incidents, mais qui montre aussi ses limites : tant que le réseau ne sera pas adapté en profondeur, ces mesures de court terme risquent de devenir la norme à chaque épisode de chaleur.
