Illustration de cet afflux sans précédent : alors qu’elles stagnaient autour de 80 par an jusqu’en 2020, les réclamations adressées à l’institution ont franchi la barre des 900 en 2025
Face à une hausse spectaculaire des signalements, la Défenseure des droits réclame jeudi, dans son rapport bisannuel sur les lanceurs d'alerte , un soutien financier urgent pour les protéger efficacement contre les représailles. L’institution dresse un bilan contrasté de la législation : si les citoyens s’emparent de ce droit, les autorités externes chargées du recueil des signalements affrontent « une crise de croissance ».
Illustration de cet afflux sans précédent : alors qu’elles stagnaient autour de 80 par an jusqu’en 2020, les réclamations adressées à l’institution ont franchi la barre des 900 en 2025, portées par une croissance continue et fulgurante. Cette dynamique touche d’autres instances comme l’Agence française anticorruption, qui a vu ses saisines bondir de 180 % en 2025, avec 2 257 signalements. L’Inspection générale de l’environnement et du développement durable a reçu 765 sollicitations la même année de lanceurs d'alerte. Ces derniers peuvent signaler des atteintes graves dans des domaines variés comme la santé publique, la probité ou l’environnement.
Derrière les statistiques se trouvent des professionnels isolés, comme un ancien responsable de la conformité dans une multinationale. « Au fil des audits que je menais en Asie, je voyais apparaître les mêmes mécanismes : fausses factures, intermédiaires fictifs, commissions déguisées », témoigne-t-il dans le rapport. « À partir de quand le silence devient-il une forme de complicité ? », s’interroge cet homme. « On ne devient pas lanceur d'alerte par vocation. On le devient le jour où se taire devient impossible. »
Toutefois, l’explosion du nombre de signalements met en lumière les failles matérielles du système. « La question des moyens n’est pas secondaire : elle constitue un choix politique majeur, au cœur de la priorisation de l’action publique, là où la promesse a été faite d’une écoute, d’un accompagnement et d’une protection », avertissent dans ce rapport Claire Hédon, la Défenseure des droits, et Cécile Barrois de Sarigny, son adjointe chargée de l’accompagnement des lanceurs d'alerte.
Aucune autorité externe ne dispose des ressources nécessaires pour accorder le soutien financier ou psychologique prévu par la loi. La persistance de représailles, notamment le licenciement, le déplacement ou la mutation d’office, fragilise des personnes isolées, est-il souligné dans le rapport. Le volume massif de signalements irrecevables ou hors du champ de la loi complique la détection des véritables infractions.
Pour y remédier, la Défenseure des droits recommande d’autoriser un transfert direct des alertes entre deux autorités compétentes, sans repasser systématiquement par ses propres services. Cette modification fluidifierait un circuit complexe. Afin de lever les barrières financières, la Défenseure des droits recommande d’ouvrir l’aide juridictionnelle sans condition de ressources aux lanceurs d'alerte qui contestent des mesures de rétorsion. L’institution demande également l’examen d’une mesure permettant à ceux qui sont poussés à démissionner par les représailles de bénéficier tout de même des allocations chômage.
