A u pied des Pyrénées, les victimes des violences se l’étaient promis : il y aurait un avant et un après-Bétharram. En 2024, à l’heure de l’ouverture de l’enquête judiciaire, difficile d’imaginer que, deux ans plus tard, le continent de la protection de l’enfance aurait implosé sous l’effet d’une tectonique des plaques libératrice.
Si la première secousse a touché les établissements privés, de Bétharram dans le Béarn jusqu’à Saint-Genès à Bordeaux, avec des sévices à conjuguer au passé des années 1950 jusqu’au présent, elle s’inscrivait dans un premier contexte décrit par la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) dans son rapport édifiant de 2023. En conclusion, 82 recommandations pour en finir avec les chiffres de l’horreur : 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles en France chaque année.
En avril 2025, c’est au sein de l’aide sociale à l’enfance que la boîte de Pandore s’ouvre, révélant « une crise profonde ». Pouponnières surchargées, tout-petits voyageant seuls en taxi, 15 000 mineurs placés impliqués dans un trafic de prostitution… Un gouffre insondable.
Dernière couche : le périscolaire. À Paris, sous l’impulsion de parents d’élèves, le #MeToo des écoles prend des dimensions cataclysmiques. Pas moins de 84 écoles maternelles, 20 élémentaires et une dizaine de crèches sont visées par l’enquête pour violences sexuelles. Ce dernier scandale agit comme un électrochoc. Sûrement qu’au leitmotiv de la Ciivise, « On vous croit », il fallait ajouter « cela n’arrive pas qu’aux autres ».
Il était temps d’agir. Ces derniers jours, deux avancées législatives ont été accomplies, même si leur aboutissement n’est pas garanti. Premier pas de géant avec la proposition de loi post-Bétharram. Le texte est vertigineux, à l’instar de l’article 3 qui veut inscrire au Code de l’éducation « l’interdiction des châtiments corporels et traitements humiliants ». En 2026, cela n’est donc pas explicite… Deuxième marche : le projet de loi interministériel de refondation de la protection de l’enfance, présenté ce mercredi 27 mai. Dix articles pour remettre l’intérêt de l’enfant – scolarisé dans le public, le privé, en famille ou placé – au centre du débat.
Au lieu d’établir une « liste noire » des personnels interdits d’approcher les mineurs, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout ? Repenser le puzzle sociétal : la place de l’enfant dans la société, la place du parent dans l’éducation des enfants, le temps de travail des parents, le soutien à la parentalité. Allez, encore un effort. Nous parlons ici de ce qu’un pays a de plus précieux : son avenir.
