La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, présentera ce jeudi son rapport annuel, le dernier de son mandat. Un sombre tableau des conditions d’enfermement en France et un appel à une réaction des pouvoirs publics
« Tous les élus, toutes les autorités publiques connaissent de loin ou de près la catastrophe pénitentiaire, celle de la protection de l’enfance et celle de la psychiatrie. Du courage politique, voilà ce qu’il faudrait pour que tout s’améliore, mais cette année aura été, sur ce point, une des moins respectables qu’auront connues, en France, celles et ceux qui y sont enfermés. » Les 159 pages du rapport annuel qui clôt le mandat de contrôleuse générale des lieux de privation de liberté de Dominique Simonnot, et qui sera présenté ce jeudi 28 mai, résonnent comme une suite de constats glaçants et une...
« Tous les élus, toutes les autorités publiques connaissent de loin ou de près la catastrophe pénitentiaire, celle de la protection de l’enfance et celle de la psychiatrie. Du courage politique, voilà ce qu’il faudrait pour que tout s’améliore, mais cette année aura été, sur ce point, une des moins respectables qu’auront connues, en France, celles et ceux qui y sont enfermés. » Les 159 pages du rapport annuel qui clôt le mandat de contrôleuse générale des lieux de privation de liberté de Dominique Simonnot, et qui sera présenté ce jeudi 28 mai, résonnent comme une suite de constats glaçants et une supplique face à « l’urgence » à prendre en compte la situation des lieux d’enfermement en France.
Créé en 2007, le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) est une autorité administrative indépendante chargée de contrôler la prise en charge des personnes enfermées et le respect de leurs droits fondamentaux. Sous l’autorité de la contrôleuse générale, une vingtaine de contrôleurs à temps plein effectuent chaque année près de 150 inspections d’établissement : prisons, établissements de santé mentale, centres de rétention administrative, geôles de tribunaux, locaux de garde à vue…
Premier point noir, sans surprise, les établissements pénitentiaires, en proie à une surpopulation « endémique ». Au 1 er avril 2026, les maisons d’arrêt françaises étaient occupées en moyenne à 171,1 %. Ainsi, « 7 540 détenus dormaient sur des matelas au sol contre 4 752 un an plus tôt », relève le rapport. Sur 88 145 détenus, 51 885 sont hébergés dans des prisons dont le taux d’occupation dépasse 150 %. Ce fléau « constitue le principal facteur aggravant et structurel des atteintes aux droits et à la dignité en prison », écrit Dominique Simonnot. S’ajoutent le « sous-effectif structurel dans toutes les catégories » et la vétusté d’une partie du parc français.
Ce cocktail est, sans surprise, peu compatible avec le respect des conditions de dignité humaine : espace vital régulièrement sous les 3 mètres carrés, prolifération de rats, de punaises, absence d’intimité, rupture de la chaîne du froid… Mais aussi explosion des violences et de l’insécurité en détention. La contrôleuse recense environ 250 morts par an en prison, dont près de la moitié par suicide. Elle pointe également l’inquiétante augmentation des meurtres en détention (cinq détenus tués par leurs codétenus en maison d’arrêt entre fin 2024 et fin 2025).
Dans ce sombre tableau, la psychiatrie n’est pas en reste : « La pénurie de soignants réduit directement la capacité préventive des équipes. Dès lors, les patients, qui ne peuvent être pris en charge au bon moment en soins libres, arrivent en crise, sous le régime des soins sans consentement, ce qui contribue à aggraver la saturation des services », pointe le rapport. « Les pratiques d’isolement et de contention, très hétérogènes, présentent presque dans tous les cas des écarts notables avec le cadre légal et réglementaire qui les autorise et les limite », observe la contrôleuse, relevant des taux de recours à l’isolement de patients en soins sans consentement dépassant les 50 % dans certains établissements.
Le rapport déplore que ces pratiques soient également appliquées « à des mineurs en soins libres ». « Dans les établissements qui les appliquent, nul ne semble se soucier du fait que l’isolement et, plus encore, la contention sont toujours contraires à l’intérêt supérieur de l’enfant et surtout parfaitement illégaux. »
Quant aux centres de rétention administrative, les contrôleurs ont également constaté que, pour certains d’entre eux, « sur le territoire hexagonal comme outre-mer, les nuisibles pullulent, les sanitaires sont hors d’usage, bouchés, humides, mal éclairés et marqués de plaques de crasse ou d’humidité », mais aussi un « accès aux soins de santé aléatoire » ou encore une « protection contre les violences très insuffisante ».
La vétusté se retrouve également dans certains locaux de garde à vue ou geôles de tribunaux. Par exemple, ceux de l’aéroport d’Orly, sans accès ni à l’eau, ni aux toilettes, ni à la lumière naturelle. Les contrôleurs y ont croisé des rats. Dans un tribunal, les contrôleurs ont vu une cellule de 8 m² occupée par sept détenus extraits « sans aération suffisante et sans lumière naturelle ». Dans d’autres juridictions, « des cellules étaient tellement insalubres qu’elles ont dû être fermées car dangereuses ».
Chaque année, l’autorité administrative adresse des recommandations aux ministères à la suite de ses visites. Depuis quelques années, elle tente d’en mesurer le suivi. « Le suivi des recommandations du CGLPL demeure pour les ministres un exercice formel et non contraignant. Les difficultés pour obtenir ces réponses illustrent ces qualificatifs » résume Dominique Simonnot.
