En pleine nouvelle vague de chaleur, deux rapports alertent cette semaine sur les conséquences du changement climatique sur le système de santé alors que le plan national d’adaptation doit encore porter ses fruits.
Alors que la France connaît cette semaine une nouvelle vague de chaleur, avec des températures qui pourraient atteindre les 40 °C à Paris ce week-end, deux rapports concomitants tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences du changement climatique pour notre santé et nos hôpitaux, particulièrement exposés. C’est ce qu’Oxfam appelle « la double peine climatique » dans une étude parue ce jeudi 18 juin : le réchauffement augmente les risques sanitaires, tout en affaiblissant la capacité de réponse d’un système de santé déjà fragilisé.
En août 2025, les admissions aux urgences pour déshydratation sévère, coups de chaleur et évanouissements avaient par exemple augmenté de 40 %, selon le centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique ; chaque année, la chaleur est désormais responsable de près de 5 400 décès en France. Oxfam note que les canicules de sept jours augmentent de 70 % le risque d’insuffisance rénale aiguë. La chaleur augmente aussi de 7 % le risque de décès par infarctus lors des 1 % des journées le plus chaudes de l’année.
Et les personnes âgées ne sont pas les seules touchées. Lors du dernier épisode de mai, « les personnes les plus touchées par la chaleur avaient moins de 45 ans », assure Robin Ehl, auteur du rapport, citant notamment les actifs travaillant à l’extérieur. La canicule augmente le risque d’accidents du travail en réduisant la vigilance.
Oxfam alerte également sur un risque encore méconnu et trop peu étudié : celui des fumées de feux de forêts, 10 fois plus nocives pour la santé que les pollutions routières ou industrielles. Elles peuvent émettre jusqu’à quatre fois plus de particules fines que l’ensemble du trafic de poids lourd en France. L’ONG a notamment observé un pic d’admission pour des problèmes respiratoires aux urgences à Bordeaux au moment des incendies de Landiras 2022. Or, en 2050, la France connaîtra des conditions de température et d’humidité propices aux feux de forêt 8 jours par an en moyenne, deux fois plus que sur la période de référence 1976-2005.
Le changement climatique conduit déjà à une hausse des allergies et des maladies infectieuses, avec l’apparition de nouvelles zoonoses ou la prolifération d’espèces vectorielles comme les moustiques tigres. Rien qu’en 2025, le nombre d’infections au chikungunya recensées en France hexagonale et en Corse a dépassé celui de l’ensemble de l’Union européenne continentale ces 10 dernières années.
De plus en plus mobilisées, les infrastructures de santé sont aussi directement menacées par le changement climatique. Selon Oxfam, 37 % des hôpitaux sont par exemple situés en zones inondables. Dans un autre rapport publié ce 16 juin, le pôle conseil de Schneider Electric, SE Advisory Services, a aussi estimé les vulnérabilités des hôpitaux : 86 % d’entre eux vont par exemple connaître au moins 7 jours supplémentaires à plus de 30 °C d’ici à 2050 par rapport à aujourd’hui, avec quatre fois plus de nuits tropicales (au-dessus de 20 °C). A la même date, 67 % pourraient se retrouver dans une zone exposée à la sécheresse. Neuf sur dix connaîtront également une hausse des précipitations de 10 % en hiver, et un tiers est déjà exposé au risque de retrait et gonflement des argiles qui met en péril les bâtiments.
Autant d’aléas qui menacent les personnes, les bâtiments, les chaînes d’approvisionnement en équipements, eau, nourriture… et in fine la continuité et la qualité des soins. Dans son rapport « Paris à 50 °C », une mission d’évaluation du conseil de la ville avait listé certaines défaillances possibles. En 2003, un des câbles d’alimentation enterré de l’hôpital Bichat avait fondu sous le bitume du trottoir. Une étude de vulnérabilité du 13 e arrondissement a aussi relevé que les groupes froids d’un hôpital, situés à l’extérieur ont un seuil de fonctionnement à 43 °C, une température que la capitale va frôler ce dimanche, à l’ombre, le risque de défaillance est déjà bien réel.
A la menace sur les infrastructures, s’ajoutent des risques liés aux médicaments et à leur approvisionnement, pointe Oxfam : certains traitements peuvent rendre plus vulnérable en augmentant la température corporelle, c’est par exemple le cas de prescriptions contre l’hypertension artérielle. Le stockage pose également problème, sur les 20 médicaments les plus vendus en France, seuls sept peuvent être conservés sans problème à plus de 30 °C d’après l’ONG qui s’appuie ici sur les chiffres de l’Assurance maladie. « A Toulouse, un pneumologue nous a rapporté que certains tests respiratoires ne peuvent pas être faits pendant les fortes chaleurs car le résultat serait faussé, reportant potentiellement des diagnostics , assure également Cécile Duflot. Le changement climatique est déjà une urgence sanitaire et nos hôpitaux n’y sont pas du tout préparés », alerte la directrice générale d’Oxfam qui pointe notamment le modèle économique de tarification à l’acte qui ne permet pas aux établissements d’investir dans leur adaptation.
L'impact pourrait se chiffrer en milliards d'euros. A défaut d'adaptation, et dans l’hypothèse d’un réchauffement de + 4 °C en 2100 par rapport à l’ère industrielle, la perte de valeur cumulée pour le secteur de la santé serait de 174 milliards d’euros d’ici à 2050 (7 milliards d’euros par an) par rapport à une trajectoire sans réchauffement, estime SE Advisory Services : 155 milliards d’euros de perte de capacité à soigner (fermetures de services, accès bloqués, équipements en panne, retards de livraisons…), et 19 milliards de hausse des coûts directs (consommation énergétique pour la climatisation, toitures arrachées, fondations fragilisées…). Pour les auteurs de l’étude, ces 174 milliards d’euros, calculés sur un périmètre de 1 119 établissements étudiés dans les 13 régions françaises représentent une forme de « coût de l’inaction » qui doit aider à redimensionner les budgets, et participer à l’analyse de l’efficience de la dépense publique.
Pour éviter le scénario catastrophe, la Commission européenne estime que la France devrait investir 853 millions d’euros par an dans l’adaptation de la santé aux conséquences du changement climatique sur la période 2026-2030. Un enjeu bien identifié dans le 3 e plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) publié en 2025. Il prévoit entre autres d’étudier les formations professionnelles nécessaires, l’éventuelle adaptation des ressources humaines, l’organisation de l’offre de soins, un inventaire du parc immobilier de santé et une planification territoriale de l’adaptation au niveau des agences régionales de santé et des établissements. Mais le chantier ne fait que commencer.
Les dérapages financiers se poursuivent au ministère de la Culture
L’attente infernale des Franciliens pour le retour des RER en soirée
Drones intercepteurs : ALM Méca s’allie avec Babcock
