Piliers de l’hôpital public, les praticiens à diplôme hors Union européenne sont appelés à s’inscrire à un concours contesté alors que les promesses de simplification du gouvernement tardent à se concrétiser
Piliers de l’hôpital mais en situation précaire, les médecins étrangers à diplôme extra-européen sont appelés mercredi à s’inscrire au concours censé leur donner un statut à part entière, un dispositif contesté mais que le gouvernement tarde à vraiment réformer.
Les Padhue (praticiens à diplôme hors Union européenne) sont plusieurs milliers à l’hôpital, un chiffre flou de l’aveu même du ministère de la Santé : 4 700 sont demandeurs ou détenteurs d’une « autorisation d’exercice provisoire », obligatoire pour entamer la procédure de titularisation, 9 500 sont déjà engagés dans la procédure, et d’autres sortent des radars, employés « de gré à gré » par les établissements. Diplômés notamment d’Algérie, de Tunisie ou de Syrie, ils remplissent les tableaux de garde des services en tension (urgences, maternités, psychiatrie…) pour 1 500 à 2 500 euros mensuels.
Pour être titularisés, ils doivent passer un concours, puis valider un « parcours de consolidation de compétences » (PCC), un stage de deux ans, raccourci pour certains. Depuis la récente « loi Valletoux », l’essentiel des places sont réservées aux candidats ayant deux ans d’expérience en France. Mais ceux qui échouent deux fois doivent se reconvertir ou quitter le pays. Urgentiste en Alsace, Hakima (prénom d’emprunt), 38 ans, a raté son concours après s’être vu refuser des congés, nécessaires pour bachoter. « L’hôpital avait besoin de moi, on n’est pas assez nombreux », s’étrangle la praticienne, qui travaille « 50 à 60 heures hebdomadaires ». « J’ai eu plus de 10/20, pourtant… », se désole-t-elle.
En avril, Emmanuel Macron a vertement critiqué le concours, y voyant « un bordel », une « folie ». L’exécutif a alors promis de le transformer en « examen » et de « simplifier » le système. Mais il faut une loi, et le calendrier parlementaire est saturé. L’ouverture des inscriptions au concours repousse de fait tout réel changement à 2027. « Le ministère ne tient pas sa promesse », critique le président de la Fédération des praticiens de la santé (FPS), Ayoub Mdhafar. En outre, seulement 2 896 places sont ouvertes pour les médecins, contre 4 000 réclamées par le syndicat. « Le même concours inadapté et injuste est reconduit », déplore aussi le syndicat SOS Padhue.
En 2025, « c’était catastrophique, beaucoup de Padhue n’ont même pas pu concourir », soulignait en mai la porte-parole de SOS Padhue, Kahina Hirèche Ziani. Des agences régionales de santé ont notamment tardé à leur délivrer les autorisations d’exercice nécessaires pour s’inscrire. Selon Eric Tron de Bouchony, représentant de la CGT, au moins 5 000 Padhue sont employés depuis des années sous des statuts d’étudiants « dévoyés, donc illégaux » (stagiaire associé, faisant fonction d’interne…). Utilisés comme « main-d’œuvre invisible, bon marché », ils n’ont « même pas accès au concours » et les directions d’établissements « continuent de les faire venir en masse ».
Certains candidats ont été « recalés avec 13, 14 sur 20, alors qu’il restait des postes », parce que dans chaque spécialité (chirurgie, cardiologie, pédiatrie…) les jurys déterminent librement la note minimale. « Le ministère doit reprendre la main », estime Kahina Hirèche Ziani. Les syndicats plaident pour une « évaluation sur dossier », valorisant l’expérience et les services rendus.
Autre problème : certains lauréats sont envoyés en stage dans des déserts médicaux, sans que les établissements ne soient toujours agréés pour la formation des internes. Ils doivent alors réaliser une partie de leur parcours dans un autre hôpital, souvent éloigné. « Entre internes et Padhue, il y a des lieux de stage un peu surchargés, par rapport aux capacités d’encadrement », observe aussi Isabelle Laffont, présidente de la conférence des doyens de médecine. Quelques Padhue ont été postés dans des stages « à compétences limitées », par exemple « dans de toutes petites maternités, avec une volumétrie d’accouchements insuffisante » pour se former correctement, déplore-t-elle, soucieuse de préserver « l’excellence de la formation ».
Le ministère de la Santé assure que « cinq mesures de simplification administrative sont en concertation », avec l’objectif d’aboutir à l’été. Les modifications législatives interviendront « dès que possible », ajoute-t-il. Après une réunion jeudi au ministère de la Santé, Eric Tron de Bouchony se dit « frappé par la discordance » entre les déclarations politiques et « l’immobilisme » ambiant. « On nous dit : « adressez-vous aux parlementaires pour changer la loi » », déplore-t-il. Les Padhue, eux, « sont atomisés, terrorisés par le fait qu’il n’y a pas d’avenir ».
