Le candidat LFI à l'élection présidentielle tient le premier meeting de sa quatrième campagne présidentielle à Saint-Denis, dimanche, avec l'objectif de s'installer comme la force incontestable de gauche.
Le moment se veut une démonstration de force avant l'été. Jean-Luc Mélenchon organise son premier meeting de la campagne présidentielle de 2027 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), dimanche 7 juin. Le lieu est symbolique : la ville des rois et reines de France, seconde ville d'Ile-de-France derrière Paris, a été conquise par l'insoumis Bally Bagayoko au premier tour des dernières municipales , en mars. Trois mois plus tard, le quadruple candidat à la présidentielle se lance véritablement dans la bataille après avoir connu un premier mois de campagne que les troupes insoumises jugent très prometteur.
Jean-Luc Mélenchon a dépassé vendredi les 300 000 "parrainages citoyens", le double des 150 000 soutiens que le mouvement demandait pour valider sa candidature, annoncée le 3 mai au "20 Heures" de TF1, sans véritable surprise sur le nom du candidat . "Il avait fallu 475 jours en 2022, contre 33 jours cette année" pour atteindre 300 000 parrainages, se félicite un cadre de La France insoumise (LFI), pour qui "le démarrage a bien fonctionné" .
"Il me semble que nous sommes entrés en campagne comme il le fallait" , prolonge Aurélien Saintoul, député des Hauts-de-Seine, auprès de franceinfo. L'élu évoque notamment "une dynamique incontestable qui se traduit dans nos groupes d'action, chez nos sympathisants" ou encore "dans les équipes du programme qui travaillent à un rythme soutenu" . L'actualisation du programme "L'Avenir en commun" devrait être concrétisée pour l'automne.
L'objectif pour Jean-Luc Mélenchon, désormais, est de tenter de creuser l'écart sur le reste de la gauche avant l'été. Dans cette optique, le meeting de dimanche "nous permet de franchir un nouveau palier" , assure Aurélien Saintoul. La France insoumise attend "au moins 10 000 personnes" dans cette ville qui a voté à 61,13% pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle 2022. Les écrivains Annie Ernaux et Eric Vuillard, déjà soutiens de LFI, prendront la parole avant le tribun de 74 ans.
Mais dans sa stratégie de conquête à gauche, LFI peut aussi compter sur les tergiversations de ses concurrents et ex-partenaires de la Nupes et du Nouveau Front populaire. Les Ecologistes défendent officiellement la primaire , à laquelle est candidate Marine Tondelier, mais en interne, les adversaires de la secrétaire nationale tentent de faire adopter une motion pour préparer le parti à une candidature sans primaire à la présidentielle, et sans que la conseillère municipale de Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) soit automatiquement candidate. Le Parti communiste, lui, tient son congrès national début juillet, en vue duquel les adversaires de Fabien Roussel, qui cherche à maintenir une candidature autonome, vont tenter de l'empêcher de choisir une voie déjà explorée sans succès en 2022 .
Enfin, le Parti socialiste est profondément divisé sur sa stratégie en vue de l'élection présidentielle. Les partisans d'Olivier Faure, le patron du PS, défendent une primaire en deux temps , d'abord dans l'espace socialiste avec Raphaël Glucksmann, puis avec le reste de la gauche non-mélenchoniste, dont Marine Tondelier et François Ruffin. En face, les opposants à Olivier Faure ne veulent pas entendre parler de ce processus et soutiennent plutôt la candidature de Raphaël Glucksmann, qui a décidé d'annoncer son choix de se déclarer ou non à la rentrée.
Pour tenter de remporter le match interne à la gauche, face au bloc central, à la droite et au Rassemblement national, La France insoumise a formulé plusieurs propositions d'accord aux écologistes et aux communistes. Une "offre fédérative" au mois de février, une "nouvelle alliance populaire" en avril… Le mouvement mélenchoniste accueille volontiers les transfuges, au moins jusqu'à l'automne. "Notre proposition initiale tient, mais il ne faut pas que ça soit en 2027. Il faut une sincérité dans la démarche" , défend un cadre, qui tient officiellement à "laisser les débats dans les organisations aller jusqu'à leur terme" .
Certains les ont devancés. Mécontents de la stratégie de Marine Tondelier à la tête des Ecologistes, des membres du parti se sont rapprochés de LFI en formant le collectif des Verts populaires avant les municipales, ce que l'entourage de la patronne des Ecologistes a qualifié d'" opération d'ingérence" . Comme attendu, les Verts populaires ont officiellement annoncé leur soutien au candidat insoumis, mercredi. "Jean-Luc Mélenchon peut battre le RN pour le camp progressiste de la gauche et des écologistes. Nous, on a vocation à récupérer les gens qui ne croient pas au scénario de Marine Tondelier, et on essaye de garder notre autonomie" , assure Jérôme Gleizes, l'un des porte-parole des Verts populaires.
Ces élus locaux, peu connus du grand public, pourraient-ils être suivis par des parlementaires ? "Je ne vois personne basculer" , estime un député écologiste à propos de ses collègues. "Plein de gens viennent nous voir dans les couloirs de l'Assemblée pour dire 'Il faut qu'on fasse ensemble.' Tout le monde réfléchit à l'après, car plus personne ne croit à la primaire" , affirme cependant un député insoumis.
"Dans le lancement de campagne, le contraste avec les autres partis de gauche nous est favorable."
"Plus longtemps ils restent dans leur truc, plus ça va nous laisser du temps pour dérouler" , poursuit le même élu. "Les insoumis ont travaillé sur le fond, ont un leader connu des Français, et qui sait faire campagne. [Jean-Luc] Mélenchon a fait monter des gens clivants, mais qu'on peut envoyer un peu partout en France faire campagne" , reconnaît un socialiste, pourtant hostile au leader insoumis.
"On savait que la gauche allait mettre du temps à se mettre d'accord, c'est pour cela qu'on est parti tôt, il fallait montrer de la solidité là où les autres se perdent en 'politicaillerie'. On est carré" , abonde une députée LFI. Selon les informations de franceinfo, la date de déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon a été débattue en interne, avec certains cadres qui défendaient dans un premier temps une annonce en juin ou en septembre, avant que l'option de mai soit choisie à l'unanimité.
Si souvent vilipendés par les élus insoumis, les sondages sont aujourd'hui mis en avant à longueur de tweets. Selon les enquêtes d'opinion, Jean-Luc Mélenchon recueille entre 12,5% et 15%, contre une fourchette entre 9% et 13% à la même époque en 2021. Une progression de quelques points, pour laquelle la précaution doit être de rigueur, particulièrement avec des études réalisées aussi longtemps avant le scrutin . Cela n'empêche pas les cadres LFI de croire que tout va plus vite en vue de 2027 et que la remontée observée dans les dernières semaines en 2017 et 2022 interviendra plus tôt en 2027.
Ils croient dur comme fer à la présence au second tour du septuagénaire, qui avait pourtant demandé à ses soutiens de "faire mieux" au soir de sa défaite, en avril 2022. Ils espèrent même démentir tous les sondages qui donnent Jean-Luc Mélenchon systématiquement perdant contre le candidat du Rassemblement national, qu'il s'agisse de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella. Des enquêtes d'opinion sans cesse rappelées par les membres de la gauche non-mélenchoniste. "Entre Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon au second tour ? C'est plié" , balaie un ancien ministre.
"C'est un repoussoir absolu pour certains électeurs" : comment Jean-Luc Mélenchon va-t-il tenter de porter LFI au second tour de la présidentielle 2027 ?
