L’écologie ne concerne pas que les défenseurs de l’environnement. La canicule inhabituellement précoce qui touche la France cette semaine le montre, tout le monde en subit les conséquences - bénignes ou plus dramatiques . Alors à un an de l’élection présidentielle, alors que les candidats, déclarés ou pas, testent leurs propositions dans l’opinion, l’occasion semble parfaite pour s’en saisir. À condition d’avoir des choses à en dire.
Sébastien Lecornu doit présider jeudi une réunion interministérielle pour « faire le point sur la préparation des services de l’État » a fait savoir son équipe. Dès ce mardi 26 mai, ce sont les ministres de la Transition Écologique qui ont tenu un premier point presse. Dans la matinée, leur collègue de la Santé Stéphanie Rist s’est voulue rassurante. « On n’est pas dans l’urgence » , a-t-elle déclaré lors d’une visite du centre de crises de son ministère. « Les vagues de chaleur, on les connaît, (...) ce n’est pas nouveau. »
Elle a cependant appelé à « s’en méfier » , réitérant des messages habituels : boire de l’eau sans attendre d’avoir soif, veiller aux personnes âgées, ne pas se baigner dans les zones non surveillées, garder les enfants sous surveillance, faire attention à la pratique sportive. Ces consignes de prévention sont cruciales, en particulier pour les personnes les plus fragiles. Mais leurs effets ne sont que ponctuels là où les répercussions du réchauffement climatique perdurent en s’intensifiant.
« Le temps des guides des bonnes pratiques est révolu » a ainsi plaidé le député écologiste Sébastien Peytavie, ce mardi à l’Assemblée, appelant à faire « passer en priorité (...) les classes surchauffées, les personnes âgées et les ménages dans les passoires thermiques. »
Si la ministre de la Transition écologique a estimé que « la France fait sa part » sur la réduction des gaz à effet de serre, elle a reconnu des efforts à poursuivre sur un problème crucial : l’adaptation à ces nouvelles températures qui, en dépit des efforts des uns et des autres, ne cesseront pas d’augmenter. « Là-dessus, nous avons commencé à prendre un certain nombre de mesures » , a défendu la ministre, en citant les travaux de planification énergétique (finalement publiés, après des années de retard), ou le Fond vert pour les collectivités. Le matin même, l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne évoquait aussi la mise en place des Zones à faibles émissions ou les mesures visant à « économiser le foncier » pour laisser des zones de végétalisation.
Autant de réponses évoquées dans le « bloc central », mais insuffisantes pour l’opposition de gauche. Le député écologiste Benjamin Lucas a saisi dans l’après-midi la procureure de la République pour « mise en danger de la vie d’autrui » à cause de « l’impréparation et l’inaction dramatiques du gouvernement. » Les écologistes, alignés avec les communistes, socialistes et insoumis, ne digèrent pas ce qu’ils interprètent comme des reculs du gouvernement Lecornu sur l’adaptation au changement climatique. Benjamin Lucas pointe ainsi « la suspension temporaire » de Ma prim’Rénov. Les insoumis s’insurgent eux du recul du gouvernement sur la location des passoires thermiques , finalement autorisées sous conditions, « une aberration absolue » selon Mathilde Panot.
En conférence de presse, LFI a renvoyé à son plan Canicule de juin 2025 qui comporte une loi sur la rénovation du bâti, une sur l’accès à des îlots de fraîcheur et deux visant à créer un congé payé, pour les parents et les professions les plus exposés aux conditions extrêmes. Cette dernière proposition n’est pas si éloignée de celle formulée par la numéro 1 des Écologistes Marine Tondelier qui réclame un « congé climatique » inspiré de l’Espagne . En somme, la gauche se targue de proposer des réponses globales avec des effets immédiats pour adapter la vie - sociale et professionnelle - à la hausse des températures.
Même si l’écologie n’est plus en tête des préoccupations des Français , s’en emparer au départ de la course pour l’Élysée présente un intérêt électoral. A fortiori si la prochaine présidentielle, qui doit se tenir entre avril et mai 2027, se déroule sous une chaleur écrasante. Les partis historiquement moins sensibles aux questions climatiques le savent bien. Ce 26 mai, Sébastien Chenu met ainsi un point d’honneur à déclarer que « oui le changement climatique est une réalité factuelle » pour mettre fin au procès en climatoscepticisme qui touche son camp.
Le vice-président du RN défend ainsi un « discours pragmatique, celui d’une écologie du réel, une écologie qui ne soit pas punitive ». Qui passe par quelles mesures concrètes ? C’est ici que le bat blesse. En pleine canicule en juin 2025, Marine Le Pen était devenue la risée des défenseurs du climat en réclamant « un grand plan pour la climatisation » . Un an plus tard, Sébastien Chenu se garde bien de faire la même erreur. Il plaide pour « être capable de stocker de l’eau » et défend le nucléaire « une voie d’avenir, sûre et d’économies » . Le recours au nucléaire permet certes de réduire les gaz à effet de serre, mais l’atome ne sert pas à grand-chose pour soulager les Français sous 40 °. Quant à sa première proposition sur le stockage d’eau, elle est hautement controversée, autant pour l’impact de ces mégabassines sur la biodiversité que pour la pression provoquée sur les nappes phréatiques. Et là encore, le stockage de litres d’eau, réservés sur le papier au monde agricole, n’est pas d’une grande utilité pour l’ensemble de la population.
L’écologie n’a jamais irrigué les discussions à l’extrême droite, qui n’a donc jamais nourri de vrai projet politique sur ce thème. Idem chez Les Républicains, jusqu’à présent plutôt discret sur la question. En revanche, le vote agricole les intéresse. Pour la présidentielle 2022, les paysans ont plébiscité la droite et l’extrême droite (derrière Emmanuel Macron), selon une étude réalisée par la FNSEA avant le scrutin.
Ce n’est donc pas un hasard si Sébastien Chenu comme Céline Imart, invitée de Sud Radio le même jour, ont profité des discours sur le climat pour faire des appels de pieds aux agriculteurs, alors que les deux thèmes sont souvent (et à tort) mis en concurrence. « Si on veut vraiment amener des solutions aux Français, il faut prendre à la racine du problème : favoriser les énergies propres comme le nucléaire, favoriser les agriculteurs qui peuvent par les terres et les sols capter du carbone. C’est là qu’il faut agir », a ainsi plaidé l’élue européenne Les Républicains. Même sous 40 °, certains ne perdent pas le nord électoral.
