Renforcement des peines pour les violeurs en série, "délai maximal de 3 mois" pour les enquêtes sur les crimes visant des enfants... Sébastien Lecornu a proposé mardi de nouvelles mesures en matière de protection des enfants et de violences sexuelles qui seraient intégrées à un projet de loi existant sur la protection de l'enfance.
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Les députes français ont respecté une minute de silence, mardi 9 juin, en hommage à la jeune Lyhanna, 11 ans, tuée par un pédocriminel . Tôt mardi matin le Premier ministre français a présenté de premières mesures pour tenter de répondre à la colère et à l'immense émotion suscitées par ce meurtre.
Sébastien Lecornu , qui a réuni pendant 1 h 30 plusieurs ministres à Matignon sur la protection de l'enfance et les violences sexuelles, a proposé de renforcer les peines pour les violeurs en série, qui pourront encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement, selon Matignon.
Concernant les crimes contre les enfants, les actes d'enquête devront être effectués "dans un délai maximal de 3 mois", a également proposé le chef du gouvernement, sans parler de moyens supplémentaires.
Une mesure qui se veut une réponse à l'inaction de la justice face au principal suspect dans la mort de Lyhanna, Jérôme B. qui, avant ce drame, avait fait l'objet de plusieurs plaintes et signalements .
Le Premier ministre doit répondre mardi après-midi à l'Assemblée nationale à une question sur cette affaire de la cheffe de file des députés Rassemblement national, Marine Le Pen, qui a dit qu'elle soutiendrait les mesures, mais a appelé à une "introspection" de la justice.
Les "moyens qu'on accorde à la justice" sont le "vrai cœur du problème" dans le dossier Lyhanna, a affirmé mardi l'avocat de ses parents, s'adressant à Emmanuel Macron qui a dit ne pas vouloir entendre un "argument de moyens dans cette affaire".
"Par ma voix, cette famille endeuillée souhaite envisager les véritables responsabilités, celles des moyens qu'on accorde à la justice et à leur efficacité car oui, monsieur le président, c'est le vrai cœur du problème", a déclaré devant la presse François Roujou de Boubée, avocat des parents de Lyhanna, collégienne de 11 ans retrouvée morte la semaine dernière, six jours après sa disparition.
"La justice n'a pas fait son travail, je ne comprends pas pourquoi il faut attendre aussi longtemps", a déclaré depuis Toulouse la mère de Rosa, une enfant de 10 ans, qui accuse Jérôme B. de viol.
Retenant ses larmes, lors d'une conférence de presse à Toulouse, elle a interpellé le gouvernement. Car elle avait déposé une plainte en août 2025 qui n'a débouché sur aucune convocation du suspect et qui n'a pas été suivie d'actes d'enquête suffisamment rapides. De longs mois se sont écoulés entre ce signalement et l'enlèvement de Lyhanna, à Fleurance (Gers), le 29 mai.
La pression s'accentue sur le gouvernement. Après le courroux exprimé dans plusieurs villes de France par plus de 60 000 manifestants lundi soir contre les dysfonctionnements dans cette affaire, des plaintes vont être déposées visant l'inaction des pouvoirs publics.
L'avocat de la mère de Rosa a annoncé vouloir poursuivre l'État pour "faute lourde" et saisir la Cour de justice de la République contre le garde des Sceaux Gérald Darmanin.
Bien qu'il ait rapidement reconnu des "dysfonctionnements accablants", le ministre de la Justice a exclu de démissionner. Et il a ordonné que soient passées en revue d'ici au 14 juillet les 70 000 plaintes actuellement dans les tribunaux qui impliquent des enfants.
Les gendarmes se sont eux aussi exprimés de leur côté. "C'est un sujet délicat, sensible et je dirai d'entrée que c'est un échec pour la gendarmerie" et "l'ensemble des gendarmes (...) le vivent véritablement comme un échec", a estimé mardi sur TF1 le directeur général de la gendarmerie nationale, le général Hubert Bonneau.
Il a été entendu au Sénat dans la matinée avec son collègue de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui a défendu le traitement par les policiers et les gendarmes des affaires de violences sexuelles sur mineurs.
Dans un courrier à ses ministres rendu public lundi soir, Sébastien Lecornu avait souligné "l'effroi" mais aussi "une incompréhension sur les circonstances" du décès de Lyhanna.
D'autres mesures étaient sur la table de Matignon mardi comme la modification des règles de prescription, l'information des victimes tout au long de la procédure ou encore la nécessité de motiver les décisions de classement sans suite concernant les crimes et délits sexuels.
Le Conseil supérieur de la magistrature a déploré le "discrédit jeté sur des milliers de magistrats", répondant aux critiques sur le traitement de l'affaire et son "instrumentalisation".
Lyhanna n'est pas la conséquence "d'un dysfonctionnement" mais du "fonctionnement ordinaire de la police et de la justice", a au contraire déploré le député de gauche François Ruffin.
"Dans ce cas très précis, il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois, il nous a manqué de prioriser des viols sur les mineurs", avait insisté Gerald Darmanin lundi à l'issue d'une réunion avec les procureurs généraux.
Les crédits affectés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles "seront préservés" dans le budget 2027, a assuré Sebastien Lecornu.
Des députés, soutenus par la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, appellent en outre à l'examen rapide d'un autre texte de loi transpartisan, d'initiative parlementaire, pour "lutter de manière intégrale" contre les violences sexistes et sexuelles. Il sera soumis "dans les prochains jours" au Conseil d'Etat pour avis, selon Sebastien Lecornu.
