« Plus jamais ça » : quelque 6 000 personnes ont défilé derrière cette banderole dimanche 7 juin dans une marche blanche en France en mémoire de Lyhanna, 11 ans, retrouvée morte après avoir été vue avec un homme déjà visé par des plaintes pour viol, un drame doublé de polémiques sur les défaillances de la justice.
Publié le : 07/06/2026 - 19:10 Modifié le : 07/06/2026 - 19:48
« Notre petit monde s'est effondré », a témoigné la tante de la victime aux côtés des parents et du frère de Lyhanna. Ils avaient pris la tête de cette marche dans la petite commune de Fleurance, dans le sud-ouest de la France. Dans le cortège très dense, les visages étaient graves, derrière une banderole sur laquelle était écrit : « Plus jamais ça ! On t'aime. Tu nous manques », a constaté une journaliste de l'AFP.
Les participants étaient vêtus de blanc, certains tenant des fleurs blanches à la main. Comme Céline Camus, 41 ans, très émue : « Je me sens concernée, j'ai deux enfants, une fille de 12 ans et un fils de 13 ans. Ça aurait pu arriver à ma famille, à mon fils, ma fille ».
Manola Martin, retraitée, porte un t-shirt avec le portrait de Lyhanna. Elle a fait 50 kilomètres pour venir apporter son soutien à la famille. Elle est présente pour ses « filles et ses petites-filles », « malheureusement la justice ne fait rien pour ces gens-là ». La marche était sécurisée par un dispositif de 150 gendarmes.
À Montestruc-sur-Gers, où réside le principal suspect, le panneau du village a été recouvert d'un drap blanc sur lequel a été taggué « PDM [peine de mort, NDLR] pour les pédos. » Le principal suspect, Jérôme Barella, 41 ans, est le père d'une amie de Lyhanna, dont le corps a été retrouvé jeudi dans un silo agricole après six jours de recherche. Inculpé pour enlèvement et séquestration – les circonstances de la mort ne sont pas encore connues –, il avait jusque-là échappé à la justice malgré des soupçons de pédocriminalité. Il est visé par quatre plaintes et deux signalements.
« Un dysfonctionnement (...) inacceptable », avait déclaré il y a quelques jours le président français Emmanuel Macron, tandis que le ministre de la Justice Gérald Darmanin avait présenté des excuses à la famille de la victime et promis de sanctionner des magistrats pour « fautes professionnelles ».
Ce dimanche, le garde des Sceaux a en outre annoncé qu'il allait demander aux procureurs généraux de reprendre « l'intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70 000 dossiers, d'ici au 14 juillet, dans le sillage de l'affaire Lyhanna. « Je ne partirai pas en vacances » et « il n'y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances » tant qu'il n'aura pas reçu « un par un les procureurs généraux » pour faire le bilan, a encore prévenu sur LCI le garde des Sceaux, qui réunit lundi matin à la chancellerie les procureurs généraux.
« On arrive à des raccourcis qui sont extrêmement regrettables »
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, convoque tous les procureurs généraux – ce sont ceux qui peuvent mettre en œuvre localement une politique pénale définie par le garde des Sceaux – à une réunion de travail ce lundi 8 juin, à 8 h 30. Il s'agit d'évoquer les failles judiciaires dans la disparition de Lyhanna, affaire où le principal suspect a déjà fait l'objet de plaintes et signalements pour violences sexuelles sur mineurs. Lors de son intervention à la télévision vendredi dernier, le ministre de la Justice a immédiatement parlé de sanctions contre des magistrats si des manquements étaient révélés.
Il tient tout d'abord à faire part de la vive émotion de tous les procureurs concernant la mort tragique de la petite Lyanna. Si Frédéric Chevalier, président de la Conférence nationale des procureurs de la République, comprend la nécessité d'une enquête pour faire toute la lumière sur d'éventuels dysfonctionnements de la justice, il s'interroge sur le fait d'évoquer dans le même temps des sanctions :
« La difficulté, c'est qu'après, je trouve que ça a des conséquences sur les raccourcis qui sont faits dorénavant en disant que, finalement, en gros, si un homme a pu tuer une petite jeune fille, en fait c'est de la faute de la justice maintenant. Voilà, donc on arrive à des raccourcis qui sont extrêmement regrettables, qui mettent en cause directement maintenant l'action des magistrats ».
Frédéric Chevalier rappelle avec force l'engagement constant de ses collègues des tribunaux pour apporter les réponses judiciaires les plus adaptées : « Tout au long des journées, les magistrats du parquet, les enquêteurs, les policiers, les gendarmes, ils se mettent entièrement à la disposition des victimes pour mener des enquêtes, pour interpeller. Une fois qu'on a identifié, traduire les gens en justice pour qu'ils soient jugés ».
Chaque année en France, 29 000 personnes sont mises en cause dans des affaires de violences sexuelles sur mineurs.
