Interrogé mi-mai lors de la commission des finances au Sénat, Fabien Mandon, alerte sur l’industrie militaire française. Il juge que sans investissement important, « l’Allemagne pourrait dépasser la France dans les cinq prochaines années » du point de vue militaire
Le chef d’état-major prend peu la parole publiquement, mais son avis compte beaucoup aux yeux du gouvernement. Lors de l’audition pour la commission des finances au Sénat le 13 mai, Fabien Mandon a pris la parole pour alerter sur la santé du secteur militaire en France , dans un compte rendu publié le 3 juin.
En pleine négociation pour la loi du programme militaire 2024-2030, le chef d’état-major ne ménage pas ces mots : « Nous n’y sommes pas. Le décrochage est possible, nous ne sommes pas dans le bon modèle ».
« Vous m’avez interrogé sur le risque de décrochage par rapport à nos alliés. Aujourd’hui, notre continent connaît la guerre et nous savons que la Russie est capable de s’aventurer au-delà de l’Ukraine. La présence américaine, par ailleurs, se réduit. Nous devons donc être plus forts collectivement. Nous travaillons donc pour développer ces capacités aujourd’hui détenues par les Américains », détaille le militaire.
« Il est fondamental que nos concitoyens comprennent pourquoi de tels efforts leur sont demandés et comment ce budget est employé. Vous me demandez si l’armée française doit combler ses manques ou renforcer ses effectifs pour répondre aux défis. Le Premier ministre, alors ministre des Armées, avait utilisé l’image du poids de forme, en évoquant un budget de l’ordre de 100 milliards d’euros par an. Nous n’y sommes pas : nous consacrons moins de 2,5 % de notre PIB à la défense. Mais c’est ce vers quoi nous tendons », précise Fabien Mandon aux sénateurs.
D’après le chef d’état-major, le problème ne vient pas de la qualité des armes militaires mais plutôt dans la quantité produite, « nos entreprises savent faire des choses remarquables, de très haute technologie, mais ne savent pas produire vite et low-cost. Or c’est ce dont nous avons besoin à présent, tout en conservant des domaines de très haute technologie. Nous ne sommes pas dans le bon modèle. »
Et en cas de conflit selon lui, « les armées tiendront le premier choc, le temps que les deux moteurs, ressources humaines et industrie, se mettent en marche sur un mode de guerre », précise l’expert militaire. Mais « En matière industrielle, nous n’y sommes pas ».
Si la France n’investit pas suffisamment militairement, l’Allemagne pourrait devenir la référence militaire européenne dans les prochaines années alerte le chef d’état-major français, « si l’Allemagne continue à ce rythme, dans cinq ans, l’argument selon lequel nous bénéficions d’une expérience opérationnelle et d’une certaine culture ne tiendra plus. Pour les Américains, la référence européenne devient peu à peu l’Allemagne. Les Allemands prévoient de dépenser trois fois plus que la France chaque année. Au bout de cinq ans, le différentiel sera frappant ! »
Ces propos interviennent alors que le 3 juin, un vote au Sénat a permis la suppression d’une rallonge budgétaire allouée aux armées d’ici 2030 . Le Premier ministre Sébastien Lecornu appelle à « trouver une solution ».
