L’émotion ne retombe pas après le meurtre de Lyhanna . Quatre jours après la découverte du corps de la collégienne de 11 ans dans le Gers, des milliers de personnes se sont rassemblées ce lundi 8 juin dans plus de 180 villes afin de lui rendre hommage, mais aussi de dénoncer les défaillances révélées par l’affaire et réclamer une réponse politique d’ampleur face aux violences sexuelles.
À Paris, la mobilisation a réuni 1 700 personnes place Louis-Lépine et 1 200 autres devant le ministère de la Justice, place Vendôme, selon la préfecture de police. D’autres rassemblements ont eu lieu à Marseille, Grenoble, Lille, Auch, Nevers ou encore Lyon, et partout les participants ont affiché la même colère et le même sentiment d’urgence.
Ces manifestations avaient été lancées par la Coalition féministe et enfantiste pour une loi intégrale, qui milite depuis plusieurs mois pour l’adoption d’un texte global contre les violences sexistes et sexuelles. Pour les associations, les révélations sur les plaintes visant le principal suspect dans le meurtre de Lyhanna et les procédures qui n’ont pas abouti ont transformé ce drame en symbole d’un problème plus vaste.
Sur les pancartes brandies dans les cortèges, les slogans visaient autant à rendre hommage à l’adolescente qu’à interpeller les pouvoirs publics. À Grenoble, un enfant tenait ainsi une affiche proclamant : « Je suis en colère ! Protégez-nous ! » .
À Paris, plusieurs personnalités engagées dans la lutte contre les violences sexuelles avaient fait le déplacement. Caroline Darian, fille de Gisèle Pelicot et fondatrice de l’association M’endors pas , a quant à elle dénoncé une situation qu’elle juge insupportable. « On savait que l’agresseur de Lyhanna avait sept plaintes. Les commissariats savaient, les parquets savaient, et rien n’a été fait. Cet individu n’a même pas été interrogé, n’a même pas été inquiété par la justice. [...] Malheureusement, Lyhanna, c’est une injustice de plus » .
Même tonalité chez Flavie Flament, présente place Vendôme. L’animatrice a dit espérer que ce crime permettra enfin à la justice de « se mettre en ordre de marche » , tout en estimant que l’ensemble de la société devait entendre le message porté par les manifestants.
À Lyon, l’actrice et réalisatrice Sara Forestier a elle aussi défendu l’idée d’une réforme globale. Elle a dénoncé le manque de moyens consacrés à la lutte contre la pédocriminalité et estimé que l’affaire Lyhanna avait mis en lumière des défaillances déjà dénoncées depuis des années. « Le gouvernement arrive toujours après la guerre, alors qu’on attend de lui qu’il fasse la guerre à la pédocriminalité », s’est-elle indignée sur BFMTV . « On a besoin de beaucoup plus de moyens, quoi qu’en dise Emmanuel Macron. Cent personnes en France pour traquer les pédocriminels, ce n’est pas assez. »
Au cœur des rassemblements, une revendication revenait avec insistance : sortir de l’accumulation de mesures ponctuelles pour adopter une stratégie d’ensemble contre les violences sexuelles.
« Nous ne voulons plus de mesurette, de rustine. C’est d’un chantier d’ampleur dont nous avons besoin » , a résumé Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes. Une formule devenue l’un des mots d’ordre de la soirée.
Les organisateurs défendent une proposition de loi dite « intégrale » . Le texte prévoit une série de mesures touchant à la justice, à la protection de l’enfance, à l’éducation ou encore à l’accompagnement des victimes. Jusqu’à présent, cette proposition n’a jamais été examinée par les parlementaires malgré le soutien de plus d’une centaine de députés.
Face à la pression grandissante, l’exécutif a commencé à bouger. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet , a demandé que cette proposition de loi soit inscrite à l’ordre du jour du Parlement. Dans la soirée de ce lundi, Matignon a également annoncé que Sébastien Lecornu réunirait plusieurs ministres dès mardi 9 juin afin d’étudier de nouvelles mesures sur la protection de l’enfance et d’accélérer l’examen du texte réclamé par les associations.
