Invité des "4 Vérités" ce 8 juin, Bally Bagayoko revient sur le premier meeting de campagne de Jean-Luc Mélenchon, qui s'est tenu la veille, à Saint-Denis. "C'est au Parti socialiste de clarifier leur ligne politique et de dire clairement s'ils sont prêts ou non à gouverner dans le cadre d'un programme de rupture", ajoute-t-il au sujet d'une éventuelle coopération de LFI avec le PS.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Gilles Bornstein : Vous avez accueilli hier à Saint-Denis le premier meeting de campagne de Jean-Luc Mélenchon . "La primaire est finie" , a-t-il dit, Jean-Luc Mélenchon est donc, d'autorité, sans vote, sans discussion, sans débat, le candidat. C'est ça, la démocratie ?
Bally Bagayoko : C'est, en tout cas, ce qu'il dit de manière assez claire, ce qui est attendu aujourd'hui par la population de manière générale. Jean-Luc Mélenchon ne fait que traduire la volonté populaire, qui est de dire : "Désormais, il faut que nous mettions en situation de pouvoir gouverner et diriger."
Mais la volonté populaire, elle se mesure à travers des votes, elle ne se décrète pas ?
Le vote aura lieu en 2027, c'est ça dont il s'agit.
Mais concernant la gauche, c'est lui : un point, un trait, c'est comme ça ?
Quand on est une première formation politique et qu'on est quasiment la tête de l'ensemble de la gauche, on a une responsabilité. Et Jean-Luc Mélenchon, hier, se hisse à ce niveau de responsabilité. Il a eu l'occasion d'appeler à un grand rassemblement de l'ensemble des formations politiques de gauche. Certains ont préféré prendre le choix de l'impasse. Et désormais, je suis d'accord avec lui, l'heure de la tergiversation est terminée. Il faut qu'on se mette en ordre pour pouvoir gagner en 2027.
"On est chez nous" , a repris la foule votre ville. C'est ce qu'on entend généralement dans les salles du Rassemblement national. Qu'est-ce que ça vous a fait, vous, d'entendre vos administrés reprendre "On est chez nous ?" , le slogan du RN ?
Le "On est chez nous" n'appartient pas à l'extrême droite. En revanche, ce qui est certain, c'est que toutes celles et ceux qui considèrent qu'ils appartiennent à la République ont le droit de le dire. Et ce message est parti, spontanément, de la population qui était venue en nombre. Plus de 26 000 personnes se sont déplacées et ont scandé ce message. Ce n'est pas le slogan de campagne de la "Grande Nouvelle Alliance Populaire", mais c'est en tout cas le message que les personnes qui étaient présentes voulaient faire passer. Je suis ravi, d'ailleurs, qu'ils assument aujourd'hui cette appartenance à la République en tant que telle. C'est un message extrêmement puissant.
Vous venez de dire qu'il n'est plus temps de tergiverser concernant la campagne. Est-ce que vous êtes prêt à gouverner avec les socialistes, que vous avez maltraités durant votre campagne municipale ?
Premièrement, nous n'avons pas maltraité les socialistes. Les socialistes se sont maltraités eux-mêmes en trahissant l'espoir de la gauche.
Vous avez traité votre adversaire de "petit bourgeois visqueux" , ce n'était pas non plus l'amour fou…
D'accord, mais ce n'est quasiment pas du tout à la hauteur, en revanche, des conséquences des politiques qui ont été menées par le passé par le Parti socialiste en tant que tel. Il ne faut pas que l'on revienne, en fin de compte, sur ce qu'il s'est passé et que l'on construise des choses. Et, malheureusement, le Parti Socialiste est beaucoup plus préoccupé à diviser. C'est la raison pour laquelle nous n'avons pas de temps à perdre avec eux.
La candidature de Jean-Luc Mélenchon est indiscutable, c'est vous qui le dites. Pour autant, si vous gagnez, il faudra bien gouverner avec quelqu'un. Est-ce que vous êtes prêt à gouverner avec des socialistes ?
Je suis aujourd'hui prêt à assumer toutes celles et ceux qui s'inscrivent dans une gauche de rupture. C'est au Parti socialiste de clarifier leur ligne politique et de dire clairement s'ils sont prêts ou non à gouverner dans le cadre d'un programme de rupture, c'est ça la question.
Vous leur demandez une reddition. Ils doivent accepter votre programme ?
Ce n'est pas accepter le programme, c'est d'accepter le programme qui sera majoritaire et qui sera plébiscité par la population. C'est ça le sujet. Et s'ils ont un programme qui est autant plébiscité, à ce moment-là, on discutera. Mais ce n'est pas le cas.
Hier, Jean-Luc Mélenchon a parlé d'abrogation de la réforme des retraites à 64 ans, donc retour à 62 ans, puis retour à la retraite à 60 ans, a-t-il dit. Est-ce que l'économie française peut se permettre un retour à la retraite à 60 ans ?
L'économie française peut se permettre de le faire. En revanche, l'économie française doit aussi agir contre les inégalités importantes, et corriger le fait qu'il y ait une minorité de grands milliardaires qui possèdent énormément de fortune, qu'ils doivent donc redistribuer. C'est cette masse financière qui manque tant à la République pour pouvoir corriger les inégalités.
Vous êtes un homme d'entreprise, vous avez longtemps travaillé à la RATP : la retraite à 60 ans, l'économie française en a les moyens ?
L'économie française en a les moyens. En tout cas, elle doit se donner les moyens de le faire. Vous savez, dans un temps peut-être plus ancien, si nous avions proposé, par exemple, les congés payés, je pense que beaucoup de gens nous auraient dit : "Ce n'est pas possible qu'on puisse se le payer." Donc, aujourd'hui, c'est une donnée qui est réelle et, on voit bien qu'avec la volonté politique, beaucoup de choses sont possibles. Et avec l'alliance du Nouveau Front Populaire en tant que tel, y compris avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour 2027, nous allons confirmer que l'idéal d'aspiration de la population sera traduit en actes, avec des propositions concrètes.
Un mot sur l'affaire Lyhanna. Jérôme Barella a été licencié d'un lycée à cause d'un comportement inapproprié envers une lycéenne. L'employeur, la région Occitanie, n'avait pas averti la justice. Pour ce qui concerne les écoles, c'est vous, les maires, qui êtes responsables. Vous avez à Saint-Denis 45 écoles maternelles et 44 écoles primaires, c'est énorme. En tant que patron de ces écoles, si je puis dire, est-ce que vous signalez systématiquement à la justice ce genre d'incident ?
On a des systèmes de mesure d'alerte. Chaque fois que nous avons une information préoccupante, systématiquement, c'est remonté.
Nous sommes responsables, nous, de la partie structure, c'est-à-dire les écoles. Ensuite, l'employeur de ces personnels, notamment sur le temps scolaire, c'est l'Éducation nationale. Donc, c'est d'abord via l'Éducation nationale que les choses remontent.
Pour les profs, pas pour le personnel périscolaire…
Pour le personnel, ça monte directement chez nous. Ça, c'est très clair. Et à partir de là, il y a une enquête administrative qui est faite. Les personnes mises en cause sont, bien sûr, averties, sorties du dispositif, jusqu'à ce qu'une procédure judiciaire soit engagée.
Mais vous alertez la justice ? Vous faites un signalement à la justice systématiquement ?
Pas systématiquement. À partir du moment où vous avez un faisceau d'éléments qui remontent, vous analysez la situation. S'il y a matière, parce qu'on a quand même des services juridiques, à partir du moment où nous avons un certain nombre d'éléments qui fondent les dangers qui sont remontés, il y a une action qui est faite sur le plan judiciaire.
Vous dites que la personne mise en cause est avertie. Emmanuel Grégoire, le maire de Paris, ici même à votre place, a dit : "Je suspends au premier signalement, je préfère faire une injustice que laisser un enfant en danger." Est-ce que vous suspendez ?
Bien sûr, on en a déjà eu l'occasion. C'est-à-dire que, la première chose, c'est bien sûr que la personne est déjà convoquée, suspendue du dispositif, le temps que l'ensemble des éléments puissent être fournis. Ça, c'est une mesure administrative et aussi politique. Parce qu'en termes d'impact, bien sûr : d'abord on protège celles et ceux qui sont les victimes et ensuite, nous allons créer des conditions pour que nous veillions à une poursuite de l'enquête.
Où en êtes-vous du désarmement de la police municipale à Saint-Denis ?
Pour l'instant, le désarmement de la police municipale, en tout cas pour ce qui est du LBD, est désormais confirmé. Donc, il ne s'agit plus d'un sujet.
Et pour ce qui est des armes, ils ont toujours leurs armes ?
Ils ont toujours leurs armes. Et donc, la question qui nous est posée, c'est plutôt la question de la définition de la doctrine, qui est en cours.
Vous aviez dit que vous les désarmeriez, vous ne les avez pas désarmés…
Nous n'avons jamais indiqué que nous allions désarmer intégralement la police municipale. Ça n'a jamais été discuté. Nous avons dit que nous rentrerions dans un processus de désarmement de la police municipale, ce qui est deux choses différentes.
Et beaucoup de gens sont partis de votre police ?
Nous avons à peu près une vingtaine de policiers municipaux qui ont fait valoir leur volonté de partir. Mais nous avons aussi une direction de la tranquillité publique qui arrive très prochainement, et plusieurs équipes qui arrivent aussi très prochainement.
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