Faites vos prédictions pour tenter de remporter un maillot officiel !
Emmanuel Duplessy (Génération-s) a déposé cette semaine une proposition de loi visant à restreindre la publicité pour les paris sportifs
Député écologiste du Loiret, Emmanuel Duplessy fédère une quarantaine d’autres parlementaires autour de sa proposition , y compris quelques-uns à droite.
Vous demandez l’interdiction de toute publicité pour les paris sportifs durant le quart d’heure précédant – et suivant – un match. Est-ce si important d’être à la minute près ?
C’est lors de ces pics d’audience que le public familial est le plus nombreux devant les écrans, là où nous devrions notamment limiter l’exposition précoce et répétée des ados comme des enfants. Car si officiellement ceux-là n’ont pas l’âge de jouer, nous savons qu’ils sont nombreux à contourner la loi, sans parler de l’impact à plus long terme sur l’envie de parier. Une étude montre que des enfants âgés de 8 à 10 ans sont déjà capables de citer des marques de paris sportifs et d’associer des équipes à ces opérateurs.
En France, le secteur semble très encadré, les opérateurs jurent qu’un durcissement de la législation serait un formidable cadeau fait au milieu tentaculaire du pari clandestin…
Un argumentaire qui tient d’autant moins que ce sont eux qui encouragent ce désir de jouer dont profite déjà en partie le pari illégal. L’augmentation exponentielle des paris légaux est le premier problème, avec des publicités s’affranchissant pour certaines des règles fixées par l’Autorité nationale des jeux . Lorsque, par exemple, celles-ci font miroiter de façon assez malsaine des gains très importants, tout en laissant imaginer qu’il n’existe aucun risque à multiplier les paris. Selon l’association France Addictions, 63 % du produit des paris sportifs sont générés par des joueurs en situation d’addiction ou de perte de contrôle.
Pour autant le désir parfois irrationnel de devenir riche à millions n’est-il pas encore plus fort avec la loterie traditionnelle ?
Mes propositions concernent l’ensemble des jeux d’argent, sauf que la dynamique du pari sportif est incomparable. Connaissez-vous en France un autre secteur d’activité ayant triplé son chiffre d’affaires en trois ans ? Soyons clairs, je ne parle pas d’interdiction et j’entends que cela puisse être une activité récréative. Mais cette omniprésence m’inquiète et c’est pour cette raison que le projet de loi vise aussi à interdire ce marketing intensif dans les stades et les compétitions.
Dans votre viseur, influenceurs, sportifs et autres célébrités enrôlés pour en faire la promotion ?
Outre les spots publicitaires, nous avons en effet mis en évidence le relais puissant que monnayent ces gens-là sur les réseaux sociaux. Voyez au passage comme Kylian Mbappé et d’autres joueurs de l’équipe de France regrettent que la Fédération française de football permette que leur image soit associée à la promotion des paris sportifs.
Par le biais de la fiscalité et du sponsoring, les opérateurs rappellent également qu’ils contribuent de manière assez substantielle à l’économie du sport professionnel français…
Ces apports financiers restent aujourd’hui relativement limités, mais prenons justement garde à ne pas rendre le sport de plus en plus dépendant de cette industrie et de son argent. L’État devant toujours, in fine, compenser les coûts sociaux et sanitaires du jeu, mieux vaudrait qu’il finance plus directement encore l’économie du sport.
