Objectif : retourner les tiroirs. Auditionné au Sénat ce mardi 9 juin sur les conséquences de l’affaire Lyhanna, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a expliqué sa démarche sur le réexamen de 70 000 plaintes qui impliquent des enfants . Une mission confiée la veille aux procureurs, dans l’urgence, lors d’une réunion place Vendôme.
Le but, selon le garde des Sceaux, est de s’assurer qu’il n’y ait pas d’autres dysfonctionnements en cours. « Il s’agit de procédures qui sont ouvertes en ce moment par les parquets et dont j’ai demandé, non pas qu’on les traite - elles le sont -, mais que l’on vérifie que des actes d’enquête minimums soient faits. On me dit que c’est fait, mais on va quand même revérifier (...) puisque dans l’affaire Lyhanna, ce n’était pas fait », a expliqué le garde des Sceaux, en réponses aux critiques et interrogations des sénateurs.
Concrètement, Gérald Darmanin ne demande pas « de refaire toutes les procédures » ni de « tout arrêter immédiatement » dans les autres dossiers, mais de regarder « si une autre plainte, comme celle de Toulouse, n’est pas traitée ». Un travail colossal. « Que l’on ait bien pris le soin de faire des perquisitions pour récupérer les téléphones, qu’on ait bien demandé la mise en garde à vue de la personne accusée, etc » , a-t-il ajouté, face au feu roulant des questions.
De fait, la pression continue de monter pour le gouvernement depuis la découverte du corps de la collégienne et les suspicions de « failles » concernant le parcours judiciaire du suspect. Après le courroux exprimé dans plusieurs villes de France par plus de 60 000 manifestants lundi soir contre les dysfonctionnements dans cette affaire, des plaintes vont être déposées contre l’État et contre le garde des Sceaux Gérald Darmanin.
Principal suspect dans l’enlèvement et la mort de Lyhanna à Fleurance, dans le Gers, Jérôme Barella avait, avant les faits présumés, fait l’objet de plusieurs plaintes et signalements pour viols sur mineures. Certaines avaient été classées sans suite, mais l’une d’elles, déposée en août 2025, n’a pas été suivie d’actes d’enquêtes suffisamment rapides. Et l’homme n’a été ni entendu ni placé en garde à vue.
C’est la mère d’une enfant de 10 ans, auteure de cette plainte pour viol sur mineure, qui veut aujourd’hui poursuivre l’État pour faute lourde, reprochant à la justice sa lenteur, a annoncé son avocat Pierre Debuisson sur RTL. Contre le ministre, c’est la Cour de justice de la République qui sera saisie.
Bien qu’il ait rapidement reconnu des « dysfonctionnements accablants » , Gérald Darmanin exclut pour sa part de démissionner, préférant multiplier les interventions médiatiques et autres propositions pour éloigner sa responsabilité politique. Au point de crisper le monde judiciaire. Le Conseil supérieur de la magistrature déplore ce mardi le « discrédit jeté sur des milliers de magistrats » après l’ « instrumentalisation » du drame en question.
