Cette demande, soutenue par la famille du professeur assassiné en 2020, ne convainc pas certains professeurs, qui dénoncent notamment "le paradoxe de l'héroïsation de la profession par une institution de plus en plus maltraitante".
Ils font part d'un "certain malaise à l'égard de l'héroïsation" de leur collègue. Dans une tribune publiée mardi 26 mai dans Le Monde , un collectif des professeurs d'histoire-géographie se montre réticent concernant une éventuelle panthéonisation de Samuel Paty, assassiné devant son collège le 16 octobre 2020 par un terroriste islamiste pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet. Un tel hommage "sous-entend que l'on confère à cette mort quelque chose d'admirable, de l'ordre de la beauté du sacrifice et de sa sacralisation" , écrivent-ils.
"C'est un travail, de plus en plus difficile et nécessairement collectif. Nous ne sommes ni hussards ni hussardes, ni magiciennes ni magiciens" , ajoutent ces enseignants. Ils évoquent par ailleurs "le paradoxe de l'héroïsation de [la] profession par une institution de plus en plus maltraitante envers les enseignantes et les enseignants, les privant petit à petit de leur liberté pédagogique" .
Cette prise de parole survient quelques semaines après une autre tribune parue dans le quotidien, signée par Joëlle Alazard, présidente de l'Association des professeurs d'histoire et de géographie (APHG), qui soutient pour sa part la panthéonisation. Elle "ne serait pas une provocation ou une revanche, mais une réponse" , écrit-elle. Interrogée fin mars sur France Inter, elle souhaitait que la France fasse ainsi honneur à un enseignant qui "n'a pas renoncé et [qui] , jusqu'à la fin, malgré des menaces, malgré les pressions, a continué à faire cours, a continué à transmettre".
Joëlle Alazard fait également partie du comité de soutien Samuel-Paty créé en janvier, quelques jours avant le procès en appel des complices de l'attentat. Dans Libération , l'association demandait alors à Emmanuel Macron, seul décisionnaire pour une entrée au Panthéon, de donner son feu vert à l'initiative, afin de "transmettre l'histoire d'un homme sans l'instrumentaliser" , et "pour dire que la République ne se résigne pas, qu'elle honore ses serviteurs et qu'elle défend, sans faiblesse, la liberté qui la constitue" .
La famille du professeur appuie également cette démarche. Membre du comité de soutien, Gaëlle Paty, sœur du professeur, a expliqué à France Inter que cette demande était pour "tous ces enseignants sur le terrain, qui ont une mission fondamentale pour qu'on puisse faire nation" . Une pétition en ce sens a par ailleurs été lancée fin mars sur le site Change.org . Elle a obtenu à ce jour près de 59 000 signatures. "Le Panthéon accueille déjà ceux qui sont morts pour leurs idées et pour la République : [le député Alphonse] Baudin sur les barricades, [le président de la République assassiné] Sadi Carnot, les résistants [Missak] Manouchian et Marc Bloch [exécutés par les nazis]", est-il écrit.
Parmi les signataires figurent notamment trois anciens Premiers ministres : Bernard Cazeneuve, Manuel Valls et Edouard Philippe. "Samuel Paty doit pouvoir être au Panthéon" , a estimé samedi sur France 5 le candidat Horizons à l'élection présidentielle 2027. Il se dit "tout à fait prêt" à aider Gaëlle Paty "dans ses démarches" .
Du côté de l'Assemblée nationale, une trentaine de députés, principalement de la droite et du centre, ont déposé le 18 mai une proposition de résolution "invitant le gouvernement à soutenir l'entrée au Panthéon de Samuel Paty" . Cette panthéonisation avait été évoquée dans le monde politique dès le lendemain de l'assassinat du professeur. "Il faut poser un acte symbolique fort. Ce professeur n'est pas une simple victime du terrorisme mais un martyr de la République" , affirmait au Parisien Damien Abad, alors président des députés Les Républicains (LR) à l'Assemblée.
L'actuel ministre de l'Education nationale se montre, lui, réservé. Edouard Geffray n'y est pas favorable "à titre personnel" , comme il l'a déclaré début avril sur RTL . "Le Panthéon est plutôt dédié à ceux qui, sciemment, par leur création, leur engagement, ont marqué l'histoire de la nation" , a-t-il expliqué. Samuel Paty, est "un très grand symbole pour nous tous" , mais "malheureusement, ça s'est fait à son corps défendant" .
Sa collègue Sabrina Roubache, chargée de l'Enseignement professionnel, a de son côté expliqué à l'Assemblée nationale que "l'admission au Panthéon doit être précédée d'une réflexion sérieuse" , soulignant que "cela pose la question de la forme la plus juste pour honorer (l)a mémoire" de la victime. "Il est certain que Samuel Paty ne doit jamais être oublié (...) mais cette décision dépend du président de la République. Sachez que je serai à vos côtés pour défendre ce projet auprès de lui" , a-t-elle répondu au député LR Jean-Louis Thiériot, qui interrogeait le gouvernement à ce sujet.
Emmanuel Macron ne s'est, pour l'heure, pas prononcé sur la question. Mais Mickaëlle Paty, l'autre sœur de l'enseignant assassiné, a appelé, le 14 mai sur RTL , le chef de l'Etat à "se positionner sur le sujet avant cet été".
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