Il connaît ses classiques. Édouard Philippe a dû relire Jean de la Fontaine, pour qui « rien ne sert de courir, il faut partir à point » . Lancé vers la conquête de l’Élysée depuis septembre 2024, le maire du Havre est parfois critiqué par ceux qui lui reprochent d’avancer trop lentement, de ne pas prendre de risque, d’être trop prudent.
L’ancien Premier ministre cultive une parole plus rare que certains rivaux. Il ne prend que très occasionnellement position sur les sujets d’actualité, façon pour lui de rester au-dessus de la mêlée. Au sein de son propre camp, certains le pressent d’accélérer afin de ne pas être pris de court notamment par Gabriel Attal , bien décidé lui aussi à succéder à Emmanuel Macron.
Ce jeudi matin sur France Inter, Édouard Philippe a philosophé : « Je suis comme je suis » . Avant de se redire « extrêmement déterminé » à être candidat en 2027. Deux jours plus tôt, sur France 2, le ministre de la Justice Gérald Darmanin pressait le patron d’Horizons de s’affirmer une bonne fois pour toutes comme le candidat fédérateur de la droite et du centre. « Il faut qu’Édouard Philippe nous montre son envie d’être président de la République » , a-t-il exhorté, en soulignant que le maire du Havre était, selon lui, « le mieux placé ».
« J’aime les campagnes électorales et j’ai envie de gagner cette élection présidentielle » , lui répond Édouard Philippe , qui assume « d’écouter avec beaucoup d’attention » ce que lui disent ses « amis » . « Je ne me serais pas engagé dans cette aventure collective si je n’étais pas fondamentalement déterminé. Il y a plusieurs façons de montrer qu’on est déterminé » , assure-t-il.
Mais le candidat Horizons, dont la popularité faiblit au point de se retrouver au coude-à-coude avec Jean-Luc Mélenchon dans un sondage , en a surtout profité pour adresser un tacle à ceux qui critiquent son calendrier et son choix de la relative discrétion. « La campagne va être longue, il y aura beaucoup de rebondissements, a-t-il exprimé, toujours sur France Inter. Personne ne me dictera mon rythme, ni mes amis, ni mes adversaires. »
Si certains instruisent contre lui un procès en discrétion, Édouard Philippe pense que c’est en partie parce qu’il déroge aux règles de « l’hypercommunication » . Il promet ainsi de « continuer à parcourir le pays sans caméra » , quitte à se priver de relais médiatiques importants. « Ça fait trois ans que je parcours le pays, préfectures, sous-préfectures. Vous parlez mieux aux Français et vous les écoutez beaucoup mieux » .
Sur le fond, il souhaite faire voter une nouvelle réforme des retraites. On se souvient de la colère qui s’était exprimée dans les rues, avec un mouvement social de grande ampleur partout en France, lors de la précédente réforme du même genre, en 2023. « Si nous voulons préserver notre modèle social et préserver notre modèle de financement des retraites, compte tenu de notre démographie, nous allons devoir travailler plus longtemps » , défend le maire du Havre, favorable à la mise en place d’une part de « capitalisation obligatoire ».
Quant à l’ouverture d’une enquête par le Parquet national financier (PNF) pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme et prise illégale d’intérêts, il se dit « innocent » et jure n’avoir « pas enfreint la loi ». « Aucune décision de justice non définitive ne m’empêchera d’être candidat à l’élection présidentielle », sous entendu pas même une mise en examen. L’ex-Premier ministre tiendra son premier meeting de campagne à Paris le 5 juillet.
