Le Vendéen, candidat déclaré à la présidentielle, a marqué des points lors du renouvellement des cadres du parti, mais reste un candidat fragile dans la course à l’Élysée
B runo Retailleau ne boudait pas son plaisir au terme du scrutin interne à son parti Les Républicains (LR) du début de semaine. La moitié des 78 940 adhérents se sont déplacés pour désigner leurs présidents départementaux. Un renouvellement (à 40 %), qui lui est globalement favorable. « Cela témoigne de la vitalité du mouvement, qui se met en ordre de marche pour l’élection présidentielle », se félicitait l’intéressé. Le Vendéen, issu des rangs villiéristes, en a fait son objectif cardinal. Se drapant dans le rôle de...
B runo Retailleau ne boudait pas son plaisir au terme du scrutin interne à son parti Les Républicains (LR) du début de semaine. La moitié des 78 940 adhérents se sont déplacés pour désigner leurs présidents départementaux. Un renouvellement (à 40 %), qui lui est globalement favorable. « Cela témoigne de la vitalité du mouvement, qui se met en ordre de marche pour l’élection présidentielle », se félicitait l’intéressé. Le Vendéen, issu des rangs villiéristes, en a fait son objectif cardinal. Se drapant dans le rôle de l’implacable procureur de la macronie. Lui qui a pourtant siégé dans les gouvernements Barnier, Bayrou et Lecornu 1. C’était avant qu’il ne « creuse son sillon ». Le patron incontestable, pas incontesté, des Républicains c’est lui.
Mais les chiffres sont des êtres innocents qui finissent par tout avouer sous la torture. La participation à ce scrutin interne est observée par le prisme du verre à moitié vide par ses contempteurs. Quelques grosses fédérations lui échappent (Bouches-du-Rhône, Nord) laissant de l’espace aux « piranhas ». C’est ainsi qu’il nomme les ténors : Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand , Jean-François Copé... Des cailloux dans sa chaussure.
Lors d’un point presse début juin, il les avait dans le viseur : « Mes troupes m’ont confirmé en avril comme leur candidat légitime, à 74 %. Je ne me laisserai pas prendre en otage par quelques individus. » Trop de « chefs à plumes » dans un parti biberonné au culte du chef ? Voilà l’équation que Bruno Retailleau devra régler avant de rêver à un destin. Avant lui, Chirac et Sarkozy étaient parvenus, sans forcer, à mettre le parti en rang par deux derrière eux. Depuis, les héritiers du gaullisme jouent et rejouent une comédie de boulevard sur fond de rivalités, de portes qui claquent, résumé par l’épisode Éric Ciotti barricadé au siège de LR…
La (re)prise en main de Bruno Retailleau sur l’appareil est manifeste mais pourrait laisser des traces : « Attention à ce que les cadres du parti ne soient pas trop déconnectés du terrain. J’ai reçu un appel de l’un d’eux, il ne me connaissait pas, il écorchait mon nom… » souffle Florence Lassarade, sénatrice de Gironde et présidente de LR Gironde jusqu’à ce début de semaine.
« Il y avait un slogan dans notre famille : ensemble tout devient possible… Tout seul, rien n’est possible », grince Christophe Duprat. Premier président de Bordeaux Métropole, et candidat malheureux à la tête de la fédération de Gironde. Battu par un parfait inconnu, Marc Morin, sans mandat, mais proche de Bruno Retailleau. Son péché mortel : s’être allié avec Thomas Cazenave (Renaissance) pour faire basculer Bordeaux et remporter l’intercommunalité. « Je pensais qu’un parti avait vocation à gagner des élections. Nous aurions donc dû laisser les écologistes gagner ? » Après trente-trois ans d’engagement, il va quitter LR : « Après une campagne biaisée. Je n’ai pas bénéficié des mêmes avantages que mon concurrent : fichiers, listes électorales, phoning, SMS… Il suffisait de me dire qu’on ne voulait pas de moi. Je n’y aurai pas été. Hélas, je ne suis pas seul dans ce cas. » Une purge ? « Ça y ressemble. »
Bruno Retailleau met le parti au service de son ambition. Au prix de fâcheries avec une partie de sa base. Sans pour autant avoir muselé les piranhas. On prête à Valérie Pécresse ou Jean-François Copé, avec qui il s’écharpe consciencieusement, l’intention de rejoindre Édouard Philippe. Xavier Bertrand reste lui aussi dans son couloir. Quant à Laurent Wauquiez, le patron des députés LR, il continue à défendre l’idée d’une primaire. Estimant à ce stade que « la machine à perdre est enclenchée ». Bruno Retailleau, avec qui les relations sont glaciales, appréciera.
Lui tente d’exister en tenant sa ligne de « radicalité raisonnable ». Cherchant le coup d’éclat, quitte à prendre la roue du Rassemblement national : castration chimique des pédocriminels, fermeture des frontières avec l’Espagne après sa campagne de régularisation. Une stratégie qui n’a que peu d’effets sur les sondages. Ce sont eux, c’est à peu près la seule certitude de cette campagne, qui joueront les arbitres.
Bruno Retailleau vivra son baptême du feu le 20 juin pour son premier meeting. Qui risque d’être parasité par l’inventaire des absents. « Un chef incapable de rassembler son parti peut-il rassembler le pays ? Je crains que la réponse soit dans la question », résume un haut gradé républicain.
